Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

31 octobre 2005

L'heure de se cultiver

A l'heure où l'automne semble s'être bien installé (après un mémorable petit-déjeuner dehors en fin de matinée, la pluie est tombée sans discontinuer aujourd'hui, la météo semble être revenue à un cours plus normal), on redécouvre les plaisirs oubliés de saison (outre les feulles mortes) : un feu de cheminée, lire en écoutant la pluie ou, autre plaisir rare, trainer dans la bibliothèque familiale en quête d'une perle encore inédite.

Et cette après-midi (je dirais à présent, un après-midi de travail mais une douce après-midi ensoleillée), je suis tombé sur une authentique perle : le Vocabulaire de la dissertation de M. le professeur Henri Bénac, agrégé des Lettres, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure - dédicace à Tonfa & E - et professeur au lycée Marcellin-Berthelot, à l'usage des classes de première et de philosophie (si l'on en croit la couverture, car si l'on s'en réfère à la page de garde, cet excellent petit manuel est aussi destiné aux élèves de la classe de seconde). Il s'agit d'un abrégé de 1949, édition augmentée d'un appendice et d'un index qui en 186 pages présente l'ensemble du vocabulaire nécessaire à la rédaction d'une dissertation digne de ce nom. Cet ouvrage* est une véritable mine d'information qui m'a notamment permis d'apprendre ce qu'était une édition elzévirienne.

Mais j'y ai surtout trouvé l'occasion d'une mise au point sur le ton et la substance de certains de mes billets. Ainsi, on peut y lire :

Ironie (en grec, action d'interroger en feignant l'ignorance) : §1 (Ant.) Ironie socratique : question posée en feignant l'ignorance de façon à amener son interlocuteur à énoncer une proposition absurde qu'il devra rectifier. §2 (au sens moderne) Figure de réthorique qui consiste à donner pour vraie et sérieuse une proposition manifestement fausse de façon que l'auditeur, en saisissantle désaccord entre la proposition qu'on énonce et la vérité, soit amené à comprendre qu'il y a chez ceux qui prétendent vraie la proposition, soit de la sottise, ce qui provoque sa raillerie, soit de la mauvaise foi, ce qui provoque son idingnation ; sur les différences avec l'humour, cf. ce mot ; ex. Montesquieu [à propos de l'esclavage des nègres] : " On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un maître très sage, ait mis une âme, surtout une bonne âme, dans un corps tout noir. "

Comme il ne vous aura pas échappé, cher lecteur, que monsieur Jean pratique parfois l'ironie (dans son acception moderne avec, certes, beaucoup moins de brio que M. de Montesquieu), il me revient de préciser que mon propos n'est pas de faire naître chez mon lecteur la raillerie ni l'indignation. Je renvoie donc volontiers à l'entrée "humour" de cet excellent opuscule pour préciser mes intentions :

Humour (anglais humour, fait sur le français humeur au sens vieilli d'enjouement) : L'humour consiste à dire d'un air sérieux des choses que l'on met sous une forme absurde ou ridicule. Il diffère de l'ironie en ce sens qu'il est un état d'esprit et non une figure de réthorique, qu'il suppose toujours l'impassibilité et admet souvent une absurdité gratuite qui ne cherche pas à persuader de la fausseté de telle ou telle idée précise mais à créer un doute sur l'apparence logique du monde : ex. les oeuvres de l'Américain Mark Twain (1835-1910).

Voilà qui, vous en conviendrez, éclaire de façon claire et précise l'objet de mon propos : je me prends parfois à "créer un doute sur l'apparence de logique du monde". Malheureusement, il manque à ma culture classique la maîtrise des "oeuvres de l'Américain Mark Twain (1835-1910)" pour être absolument certain que parmi les billets publiés ici, certains peuvent être considérés comme relevant de la catégorie "humour" (d'autres relèvent plus nettement de la catégorie "humeur" entendue dans un sens plus contemporain). Et le désormais célèbre Vocabulaire de la dissertation**, de M. Henri Bénac***, est ici pris en défaut... après plus amples recherches, il apparaît que le célèbre romancier américain n'a pas sa place dans le petit vade-mecum pour la dissertation à l'usage de l'élève des classes de seconde, première et philosophie. Je vous laisse, cher lecteur, le soin de vous cultiver plus avant.

Bonne recherche donc, et à bientôt pour de nouvelles aventures culturelles.


*
Ouvrage dont ce n'est pas ici, contrairement aux apparences, la première mention sur internet, le livre étant disponible, non seulement sur chapitre.com, mais aussi amazon, ou alapage et quelques autres encore.

** Opuscule dont je me flatte, faute d'avoir été le premier à le mentionner sur internet, d'avoir été le premier à en présenter quelques extraits en ligne sur un blog.

*** Dont on rapellera qu'il était donc, à la date de la publication,
agrégé des Lettres, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure et professeur au lycée Marcellin-Berthelot ; par la suite, ce brillant agrégé a poursuivi une carrière relativement réussie, si l'on en juge par sa bibliographie : outre la postérité du Vocabulaire de la dissertation (devenu par la suite Vocabulaire de la dissertation et des études littéraires, puis simplement Vocabulaire des études littéraires, mais sans cesse réédité), on note un Guide des idées littéraires, un Dictionnaire des synonymes (le "Bénac"), des textes établis, annotés et/ou présentés ainsi que quelques collaborations en orthographe et en conjugaison (dont un Dictionnaire d'orthographe et des difficultés du français et une autre avec Odette et Edouard Bled - du petit livre rouge éponyme).