Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

11 décembre 2005

Strip Tease

ou la vie cachée de monsieur Jean...

Non, à vrai dire, le titre de ce billet est une question ouverte (le sondage du mois sur votre blog préféré) : to undress or not to undress ? faut-il faire tomber la jaquette d'un bon roman avant de le lire ?

La question est stupide, mais je viens de me la poser en attaquant Le hussard d'Arturo Perez-Reverte (qui m'attendais depuis cet été !). Pour ma part*, j'ai fait tomber la jaquette et je tiens entre les mains un livre dans son plus simple appareil. Mais les premières pages de ce premier roman enfin re-publié** sont prometteuses ; comme à chaque fois, la traduction est tellement bonne que je regrette de ne pas lire assez bien l'espagnol pour en profiter dans le texte :

- Pour l'amour de Dieu, certainement pas, s'exclama-t-il avec la distinction qui convenait. Tuer à distance n'est guère honorable, mon cher. Un pistolet n'est rien d'autre que le symbole d'une civilisation décadente. Je préfère par exemple, le fleuret ; il est plus fexible, plus...
- Elégant ?
- Oui, c'est probablement le mot exacte : élégant. Le sabre est davantage un instrument de boucherie qu'autre chose. Il ne sert qu'à tailler dans le vif.

ou

Il s'agissait de l'arme appelée improprement "modèle léger pour la cavalerie de l'an XI", un lourd outil à tuer avec un lame d'une longueur de trente-sept pouces, comme le stipulait le règlement, assez courte pour ne pas traîner par terre et assez longue pour égorger commodément un ennemi à cheval ou à pied. En fait c'était l'une des armes blanches les plus en usage dans le cavalerie légère, même si l'utilisation de ce modèle précis n'était pas obligatoire. Michel de Bourmont, par exemple, possédait un sabre de 1786, plus lourd, qui avait appartenu à un sien parent mort à Iéna et dont il savait se servir avec un remarquable dextérité. Tel était du moins l'avis de ceux qui l'avaient vu le manier dans les ruelles étroites proches du Palais royal de Madrid, quelques mois plus tôt, le sang ruisselant sur la poignée et sur le manche du dolman, jusqu'au coude.

et encore, où l'on retrouve quelques chose du verbe rude de Joseph Kessel...

[Il] s'efforçait d'être ferme, juste et raisonnable avec ses hommes, et l'on doit lui rendre cette justice qu'il y parvenait souvent. Il avait aussi la réputation de se comporter avec cruauté face à l'ennemi ; mais s'agissant d'un hussard, nul n'aurait eu l'idée que cela diminue en rien ses qualités.

Pour le reste, rien que de très commun au bilan de ces deux derniers jours (en dehors des mes tribulations informatiques). Lu d'une traite le Mauvais génie de Marianne Denicourt et Judith Perrignon, long cri d'une révolte douloureuse et sereine face au viol d'une vie par un ancien ami, amant et réalisateur en vogue ; où l'on retrouve quelque chose de la révolte d'une Justine Lévy. Plié deux essais et une conférence. (Très) bon moment de cinéma avec Une belle journée (On a Clear Day) de Gaby Dellal, une histoire et des couleurs (d'ailleurs, je pense que j'y retourne avec les parents, histoire de leur montrer ce que c'est, un bon film britannique contemporain). Et un dîner des plus improvisés et des plus sympathiques. Ah, et aussi un plan soirée*** à organiser avant Noël. Bref, vivons [...], sans en avoir l'air.

Et aussi, hier, une grande expérience cinématographique... Comme vous ne le savez pas, monsieur Jean prépare un ciné-débat pour un week-end dans très très longtemps (mais comme les responsable du colloque en question sont un peu, euh, speed, monsieur Jean doit préparer son débat avec quelques mois d'avance...). Bref, pour cause de litige à propos du film initialement retenu (un film d'auteur américain, assez représentatif de la création contemporaine), il a fallu réfléchir à un autre film. Du coup, j'ai découvert un film d'auteur français, assez représentatif de la création (française) contemporaine ; l'histoire d'un homme qui ne vit qu'un jour sur deux. C'est assez amusant (oui, j'en convient, le terme est assez mal trouvé) : plan fixe, cadrages surréalistes (ou sophistiqués ?), couleurs parfois réussies, voix off qui bute sur toutes les liaisons et un résultat pour le moins mitigé****. Enfin, on verra. Et en tous cas, une bonne soirée (heureusement, on avait en réserve une petit bijou bordelais pour détendre l'atmosphère et susciter les commentaires...

* Mais le sondage est en cours... avec une question subsidiaire : à quoi ça sert une jaquette ? non, pour de vrai ?
** A noter, la Note de l'auteur préliminaire qui évoque les relations compliquées d'un auteur à sa première maison d'édition, et les remords qui nous valent une version expurgée de quelques adverbes et adjectifs superflus. C'est toujours touchant ce genre de note...
*** Oui, vous êtes les bienvenus... il suffit de m'appeler !
**** Je n'irais pas jusqu'à dire, comme certaines critiques que [l]a réalisation, en accord avec le sujet, retransmet incroyablement bien l'ennui et le malaise du personnage principal : Antoine ne vit qu'un jour sur deux. Le réalisateur et les comédiens ne travaillant qu'un jour sur deux, ont laissé la caméra tourner : de grands panoramiques occupent la moitié du film. Aussi, en moyenne, il suffit de regarder un plan sur deux. Mais c'est tellement bien trouvé !