Une migraine infernale
Promis, après j'arrête...
Ce matin, dans les pages Idées des Echos (les seules que je lise dans Les Echos, si !) : A la source de la dette publique, par Jean-Marc Vittori :
La France a mal à la dette. C'est nouveau, c'est intéressant, ça va pourtant passer au rythme d'une mode médiatique avant de revenir sous la forme d'une migraine infernale.
[...]
Pas de doute, Thierry Breton avait raison quand il déclarait le 21 juin dernier : "Il faut avoir le courage de dire tout simplement mais gravement que la France vit au-dessus de ses moyens." Cette phrase avait suscité une grande émotion, tant nous n'avons pas l'habitude de regarder en face ce problème de la dette. Le sujet a alors envahi les journaux. Mais brièvement : c'était le début de l'été, et il y avait d'autres sujets plus importants à aborder. Après avoir évoqué des horreurs, on aborda la préparation des choses sérieuses - le budget 2006. Avec une inventivité comptable du gouvernement au moins égale à celle des années précédentes, députés et sénateurs votèrent sans sourciller un budget en déficit [...]. Or le déficit, c'est par définition l'accroissement de la dette.
La suite de l'histoire s'inscrit dans la fable de La Fontaine : "La cigale, ayant chanté tout l'été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue", c'est-à-dire, comme par hasard, après le vote du budget. C'est la réalité que met en lumière le rapport Pébereau : "Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau" à mettre entre les mandibules du comptable public. Du coup, la puissance publique va "crier famine chez la fourmi sa voisine, la priant de lui prêter quelque grain pour subsister jusqu'à la saison nouvelle". Par bonheur, les marchés financiers sont plus prêteurs que la fourmi - du moins pour l'instant.
Mais pourquoi donc la France accumule-t-elle si facilement les déficits publics, qui font boule de neige ? La raison première, à en croire les politiques, est l'héritage du gouvernement précédent. [...]
Cette lecture [...] est cependant erronée. [...] Le débat est plus complexe, car il faudrait corriger ces chiffres du cycle conjoncturel (le déficit enfle plus vite quand la croissance est molle). Mais une idée simple se dégage de cette complexité. La France laisse continûment filer son déficit depuis le début des années 1980.
Or il s'est passé au même moment une autre rupture fondamentale dans l'économie française : la disparition de l'inflation. La hausse des prix passe de 14 % en 1981 à 2 % cinq ans plus tard. La désinflation [...] bouleverse la donne budgétaire. La hausse des prix érodait la dette. Le gouvernement remboursait en monnaie dévaluée. C'est une constante de l'histoire de France, de l'inflation de Law en 1720, qui a fait disparaître les gouffres financiers du règne de Louis XIV, aux lendemains des deux guerres mondiales, en passant par l'annulation des deux tiers de la dette publique en 1797.
L'inflation avait une autre vertu essentielle : elle rendait la réalité plus difficile à saisir. [...] Aujourd'hui, le voile n'est plus là. [...]
Pendant l'essentiel du XXe siècle, l'inflation a amorti l'incapacité de la France à faire des choix majeurs en douceur. Une fois celle-ci disparue, c'est le déficit et donc la dette publique qui ont encaissé le choc. Le problème, c'est qu'il faudra se serrer durement la ceinture pour rembourser la fourmi. Ou faire faillite. Voilà pourquoi le mal de dette tournera immanquablement en migraine infernale.
Ca, c'est une (vraie) chronique économique... On peut être d'accord, ou pas, ou pas complètement, mais pour l'essentiel, ce n'est pas archi-faux. Et pour ce qui est de la "migraine infernale", je crois que c'est le terme idoine.
Ce matin, dans les pages Idées des Echos (les seules que je lise dans Les Echos, si !) : A la source de la dette publique, par Jean-Marc Vittori :
La France a mal à la dette. C'est nouveau, c'est intéressant, ça va pourtant passer au rythme d'une mode médiatique avant de revenir sous la forme d'une migraine infernale.
[...]
Pas de doute, Thierry Breton avait raison quand il déclarait le 21 juin dernier : "Il faut avoir le courage de dire tout simplement mais gravement que la France vit au-dessus de ses moyens." Cette phrase avait suscité une grande émotion, tant nous n'avons pas l'habitude de regarder en face ce problème de la dette. Le sujet a alors envahi les journaux. Mais brièvement : c'était le début de l'été, et il y avait d'autres sujets plus importants à aborder. Après avoir évoqué des horreurs, on aborda la préparation des choses sérieuses - le budget 2006. Avec une inventivité comptable du gouvernement au moins égale à celle des années précédentes, députés et sénateurs votèrent sans sourciller un budget en déficit [...]. Or le déficit, c'est par définition l'accroissement de la dette.
La suite de l'histoire s'inscrit dans la fable de La Fontaine : "La cigale, ayant chanté tout l'été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue", c'est-à-dire, comme par hasard, après le vote du budget. C'est la réalité que met en lumière le rapport Pébereau : "Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau" à mettre entre les mandibules du comptable public. Du coup, la puissance publique va "crier famine chez la fourmi sa voisine, la priant de lui prêter quelque grain pour subsister jusqu'à la saison nouvelle". Par bonheur, les marchés financiers sont plus prêteurs que la fourmi - du moins pour l'instant.
Mais pourquoi donc la France accumule-t-elle si facilement les déficits publics, qui font boule de neige ? La raison première, à en croire les politiques, est l'héritage du gouvernement précédent. [...]
Cette lecture [...] est cependant erronée. [...] Le débat est plus complexe, car il faudrait corriger ces chiffres du cycle conjoncturel (le déficit enfle plus vite quand la croissance est molle). Mais une idée simple se dégage de cette complexité. La France laisse continûment filer son déficit depuis le début des années 1980.
Or il s'est passé au même moment une autre rupture fondamentale dans l'économie française : la disparition de l'inflation. La hausse des prix passe de 14 % en 1981 à 2 % cinq ans plus tard. La désinflation [...] bouleverse la donne budgétaire. La hausse des prix érodait la dette. Le gouvernement remboursait en monnaie dévaluée. C'est une constante de l'histoire de France, de l'inflation de Law en 1720, qui a fait disparaître les gouffres financiers du règne de Louis XIV, aux lendemains des deux guerres mondiales, en passant par l'annulation des deux tiers de la dette publique en 1797.
L'inflation avait une autre vertu essentielle : elle rendait la réalité plus difficile à saisir. [...] Aujourd'hui, le voile n'est plus là. [...]
Pendant l'essentiel du XXe siècle, l'inflation a amorti l'incapacité de la France à faire des choix majeurs en douceur. Une fois celle-ci disparue, c'est le déficit et donc la dette publique qui ont encaissé le choc. Le problème, c'est qu'il faudra se serrer durement la ceinture pour rembourser la fourmi. Ou faire faillite. Voilà pourquoi le mal de dette tournera immanquablement en migraine infernale.
Ca, c'est une (vraie) chronique économique... On peut être d'accord, ou pas, ou pas complètement, mais pour l'essentiel, ce n'est pas archi-faux. Et pour ce qui est de la "migraine infernale", je crois que c'est le terme idoine.

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