Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

18 mars 2006

A peine reposé*

Birmingham, novembre 1973 - mai 1979.

Promenade dans l'Angleterre des 70s au détour d'une galerie de portraits imbriqués. Des histoires d'adolescents qui, comme toutes les histoires d'adolescents, oscillent entre un définitif utopique et l'éphémère de trajectoires à peine engagées.

On retrouve beaucoup des choses qui font de l'Angleterre de la fin des années 70 ce pays tout à fait à part et absolument inclassable. Un pays en piteux état, en bordel, en vrac. Dangerously reeling on the edge of nowhere. La fin d'un monde. On retrouve les grèves tendues à l'extrême et les charges violentes des forces de l'ordre. La montée du racisme ordinaire. L'insouciance déjà presque fanée des années 60. L'irruption du punk. Fractures sociale, culturelle, politique, musicale, économique.

L'impression de fracture se retrouve jusque dans le construction du roman (en parties hachées, autonomes, alternant sans retenue les procédés narratifs), une écriture parfois fatiguante (la dernière partie "Sous bock vert" est un long soliloque de 50 pages en une page) mais qui crée une véritable ambiance.

L'histoire ne se raconte pas, ne se résume pas (et puis, la quatrième de couverture est faite pour çà !). Mais la grande réussite de Jonathan Coe, c'est de nous faire éprouver (presque physiquement), par l'intermédiaire de cette dizaine d'ados, l'atmosphère du changement d'époque, des pattes d’éph’ aux années punk, du travaillisme old school à Margaret Thatcher.

Pour moi, c'est déroutant ce récit. Un peu ce que qu'on doit éprouver, aujourd'hui à 20 ans, lorsqu'on entend parler de Tien An Men et de la Chute du mur de Berlin : sentiment d'une histoire trop proche, actualité des adolescents de mon enfance qui sera toujours pour moi de l'histoire écrite (et comprise) au passé.

Du coup, j'attaque Le cercle fermé avec un très gros a priori positif.

Dans un registre (très) différent, terminé aussi cette semaine Freakonomics**.

J'ai pas été vraiment convaincu : j'en avais trop entendu parler et, finalement,
j'en connaissais déjà la substance (bon, c'est vrai, je suis économiste...).

Si l'on peut saluer un certain talent didactique, ce n'est (à mon avis) ni le bouquin de vulgarisation le plus réussi ni le bouquin d'éco le plus original. Même s'il est encore trop tôt pour en juger tout à fait objectivement (puisqu'en l'occurence, je n'ai pas terminé le bouquin en question), je préfère (et recommande) The Undercover Economist (bientôt chroniqué ici - oui, j'arrête le teasing, trop des billets pré-annoncés : le piège des à-valoir).

* Le livre, pas le lecteur (qui va bien, merci...).

** Vient d'être traduit et publié en français chez Denoël ; la traduction française est assez catastrophique... (incentive - incitation - traduit par stimulation, c'est... bon, enfin, comme d'habitude.)