Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

14 mars 2006

Une histoire d'amour à partager

Je ne sais pas depuis quand.

Depuis quand j'aime les livres. Longtemps. Avant de savoir lire, ou juste après. La chronique familiale n'a pas gardé de trace très précise de ces premières amours. Juste, que je les aime. Immodérement.

Ma plus grande richesse, d'ailleurs, c'est ma bilbiothèque. Accumuler avec soin de petites perles. Dont certaines sont à present aussi introuvables qu'indispensables (La Désirade de Jean-François Deniau, par exemple). Une bibliothèque, c'est toujours très personnel, un peu soi, en livres, exposé. La mienne me ressemble, c'est d'ailleurs assez frappant : en y prêtant un peu d'attention, je me rends compte qu'elle en dit beaucoup sur mon état d'esprit ou mes états d'âmes du moment (comment est-elle rangée ? comment ai je acheté mes derniers livres ? lesquels attendent encore dans le mûrissoir ? etc.).

Je crois entretenir avec les livres une forme de rapport pathologique : j'aime l'objet dans toutes ses dimensions et pas seulement son contenu. J'apprécie autant l'ordonnancement des tranches et l'espèce de sérennité qu'elles dégagent que de reprendre la lecture au beau milieu d'un livre comme on retrouve une vieille connaissance. Je goute une belle couverture ou l'équilibre d'une édition comme je prends plaisir à lire à haute voix, pour le plaisir de l'oreille. L'ensemble fait comme un paysage famillier que l'
on regarde à nouveau et qu'on découvre toujours doué du même magnétisme.

J'aime les cycles, par thème ou par auteur, le plus souvent. Lire comme on entreprend un voyage. En prenant le temps, en se donnant le temps de s'accorder au pas de l'auteur. Pour explorer une écriture, se familiariser avec le fil d'une plume ou un univers mental et apprendre à décrypter les mouvements plus intîmes derrière les lignes. Ces derniers mois, j'ai ainsi entrepris de savourer Zweig, Kessel, Capote ou encore Schmitt. Au gré de mes envies, sans vraiment savoir pourquoi (même si, dans le fond, je crois qu'on lit rarement par hasard...).

J'aime aussi les découvertes (premiers romans prometteurs, succès littéraires, expériences ou défis personnels), sans parler des essais vraiment mind provocative, qui nous obligent à réfléchir et font le terreau d'un réflexion plus personnelle.

Et j'aime par dessus tout faire partager le plaisir de quelques belles pages. D'une intrigue bien nouée. D'un verbe fort, dur et puissant. D'un point de vue surprenant et tellement juste. D'une belle lecture, plus génériquement.

Je vous ai lu in extenso le premier chapître d'Une pièce montée, en espérant faire revivre en vous cette émotion douce d'une narration si bien vue ("c'est tellement ça...."). Je me suis emballé à propos de La part de l'autre et du journal d'écriture de E.-E. Schmitt avant de vous soutenir que Quand j'étais une oeuvre d'art est certainement son roman le plus audacieux et dérangeant. Je vous ai sournoisement aiguisé l'appétit en digressant sur le roman historique pour mieux placer mon coup de Jarnac (Fouché de Zweig). Et la force du verbe de Kessel ? On en a déjà parlé ?

J'espère que je ne vous ai pas trop saoulé avec mes lectures, mais si vous saviez comme j'aime les livres, vous feriez preuve d'une indulgence magnanime.



Et pendant ce temps là, Django égrenne des accents de Marseillaise, Echoes of France...