Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

29 avril 2006

Hier elle m'annonçait : lundi nous serons trois

On se court après depuis des jours, des semaines voire des mois. Elle, eux, lui. On se croise. On se laisse des messages sur nos répondeurs. On s'emaile. Sans trouver le temps de nous voir. De parler comme nous sentons bien que nous le voudrions. De nous raconter, de nous dire. De nous raconter nous et de nous dire des choses importantes.

Eux finissent par m'écrire. Lui, j'irai le voir en Touraine, je pars dans quelques minutes. Eux m'invitent pour quelques jours de vacances. Et elle m'appelle, hier. Et m'annonce : "Lundi, nous serons trois. Il ne mesure que 8 cm et il reste douillettement dans mon ventre." Et moi, je réponds quoi ?

Finalement, notre seule richesse, c'est le temps. Et le plus beau cadeau que nous puissons nous faire, entre amis, ce sont ces moments où nous arrêtons de courir pour nous asseoir.

Côte à côte, pour parler.

Je ne sais pas vraiment pourquoi, je repense à cette histoire dont je ne sais si elle est vraie. Louis IX et François d'Assise avaient souhaité se rencontrer. Au XIIIème siècle, la rencontre d'un Roi de France et d'un frère mendiant d'Ombrie, ça n'est pas évident a priori ni, a fortiori, simple à organiser. Quelques jours, voire semaines, l'un à cheval à travers la France, l'autre à pied en Toscane, en Piemont. Pour finir par se rencontrer, quelque part. Et Louis et François de s'asseoir.

Côte à côte. Et de se taire, pendant de longues minutes. Puis de repartir, chacun de son côté.

En amitié, il y a des rencontres où les mots sont inutiles. Où le silence est plus éloquent. Où seul compte le temps passé ensemble.

[C'est tellement beau que je n'ai pas envie qu'elle soit fausse cette histoire... peut-être la raison subliminale pour laquelle je n'ai pas encore lu Le Saint et le Roi de Jacques Le Goff.]