Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

16 septembre 2006

Lili, take another walk out of your fake world...

[billet complètement édité]

Je vais bien, ne t'en fais pas, c'est un piège. Un film qu'on classe trop vite.

Je vais bien, ne t'en fais pas, c'est un jeu d'acteur délicat et une mise en scène toute en retenue. C'est Mélanie Laurent qui s'impose jusque dans les scènes où elle disparaît presque littéralement et Kad Merad qui joue ce qu'il y a de plus dur : un père ordinaire dans une vie banale.

Je vais bien, ne t'en fais pas, c'est un scénario travaillé. Un scénario qui a ses faiblesses, ses défauts. Ses invraisemblances parfois irritantes. Mais un film, c'est une histoire. Une histoire qu'on raconte avec ses raccourcis et les petits arrangements, les flous...

Je vais bien, ne t'en fais pas, c'est un film lent et émouvant, comme l'intro de U-Turn (AaRON).

Je vais bien, ne t'en fais pas, c'est... mais voilà, rester dans le factuel, c'est passer à côté de ce qu'il est vraiment.

Premiers plans... on plonge vite dans l'histoire de Lili, 19 ans. Une histoire banale, semblable à celle de milliers d'autres Lili.

Banlieue pavillonaire. Une vie de famille sans accrocs, enfin, comme toutes les vie de famille. Comme toutes les vies de famille dans les pavillons proprets d'une banlieue sans charme où les télévisions dupliquent à l'infini les mêmes émissions de variétés débilitantes.

Rien n'accroche vraiment et pourtant, ça écorche, cette vie insipide et insupportable. Suffisamment pour que son frère jumeau, Loïc, puisse un jour disparaître. Sans donner de nouvelle. Laissant Lili plonger dans le désespoir comme on glisse dans un gros tuyau noir, sans rien pour retenir la vie. Glisser. Sans nouvelle. Jusqu'à une première lettre...

Un lettre qui dit "Je vais bien, ne t'en fais pas".

"Je vais bien, ne t'en fais pas", c'est une phrase qui ne dit rien. Une phrase qui dit "Je ne m'en fais pas, tu vas bien."

Je vais bien, ne t'en fais pas, ça sonne comme ces phrases toutes faites, forgées pour ne pas dire que ça ne va pas. Ces phrases qui ne disent rien mais qui hurlent que "ça" fait mal. Un "ça" indéterminé, vaguement intuité. Mais un "ça" qui fait mal, jusqu'à tuer. Ces "ça" qui ne se diront pas.

Et Je vais bien, ne t'en fais pas, c'est un film sur ça. Sur ce qu'on fait de pire en pensant bien faire. Sur les silences, les non-dits. Sur les secrets qui deviennent des mensonges. Ces secrets tellement particuliers qu'on appelle de famille. Ces silences qui tuent plus sûrement que les armes. Plus sûrement que les mots.

Un film dur parfois, émouvant, oui, mais pas triste, finalement : avant de disparaître avec sa guitare dans sa housse bleue, Loïc avait composé pour sa soeur.

Lili, take another walk out of your fake world
[...]
Lili, you know there's still a place for people like us.


Avant qu'on ne lise à l'écran que c'est un film de Philippe Lioret adapté du roman d'Olvier Adam, Lili sera parti...

Lili, you know there's still a place for people like us,
[...]
You see, its not the wings that makes the angel
Just have to move the bats out of your head.


[anyway, je n'y arrive toujours pas... pas mieux qu'Ecoute-moi, de toute manière et puis, comme je le disais déjà avant l'édit, s'il a fallu u roman puis un film, c'est peut-être qu'un billet n'y suffit pas...]

10 Comments:

  • superbe cette chanson, n'est-ce pas ?
    sacré fim hein... ca a été difficile d'en parler pour moi aussi

    By Anonymous Anonyme, at 8:47 AM  

  • Même si on sortant, on a du mal à se défaire de l'ambiance de ce film...
    S'il faut saluer le jeu des acteurs qui est tout en justesse , (on est loin du pathos et du sentimentalisme )
    Meêm si il faut souligner l'écriture cinématographique toute en lenteur, retenue ...
    je trouve le scénario maladroitement carictural dans la peinture qui est faite du milieu psychiatrique et d' une certaine faiblesse sur la fin, le dénouement( qu'on taira ici)est, de mon point de vue, peu convaincant...
    Avec le recul, l'intrigue elle même me parait peu crédible...Ce mensonge là sur cette absence là ne saurait tenir...
    quoi, vous trouvez que je suis sévère dans mon jugement?:-)

    By Anonymous Anonyme, at 9:19 AM  

  • pas plus qu'une anorexie éclair, hospitalisée en 2 secondes et guérie en 3 semaines d'ailleurs

    By Anonymous Anonyme, at 1:24 PM  

  • > Joséphine 1 : la BO, oui, oui, oui ! et dur d'en parler, oui aussi.

    > Lili : Sévère ? non, question de point de vue. Question de réglage focal, aussi.

    > Joséphine 2 : Ben, comme Lili.

    Ah... scénario caricatural, intrigue un peu faible. Oui, certes. En fait, je me rends compte que je vais réécrire ce billet et dire vraiment les choses. Et tant pis pour le spoil éventuel !

    By Anonymous Anonyme, at 1:39 PM  

  • En fait c'est quadn tu ne parles pas qu'on s'en fait.

    By Anonymous Anonyme, at 3:42 PM  

  • Pas si carricatural quand on regarde bien : ni sur les rapports familiaux, ni sur l'anorexie (je l'assure), peut-être sur le psy (particulièrement odieux)... et pourquoi pas du vrai dans l'attitude de parents dépassés par leur vie et qui font le mauvais choix en voulant protéger leur fille. Un geste d'amour qui tourne mal. Trop de non-dits avant et bien sûr après... mais question de point de vue, forcément.

    By Anonymous Anonyme, at 5:28 PM  

  • C'est un film à scénario dont on se fout du scénario.
    Grâce aux acteurs, notamment.
    Grâce aussi à la grâce de P. Lioret, dont je me suis souvenu tardivement qu'il avait fait Mademoiselle...

    By Anonymous Anonyme, at 10:52 AM  

  • > Prix de Flore : "un film à scénario dont on se fout du scénario" je n'osais pas le dire, mais c'est absoluement ça - comme les histoires, qui se fout qu'elles soient exactes pourvu qu'elles soient vraies ?

    By Blogger Monsieur Jean, at 2:26 PM  

  • > Little miss : voir ci-dessus (et de fait, si ce n'est pas forcément caricatural, c'est peut-être parce que la vérité n'est pas que factuelle - et qui prétend qu'un couple d'amoureux de Chagall, c'est caricatural, hein ? faut être crétin pour penser qu'on ne vole pas quand on aime... bon, euh... le couple de Chagall, ça m'est venu comme ça, hein ?)

    By Blogger Monsieur Jean, at 2:30 PM  

  • Ah oui, des ailes ? C'est pas une mauvaise idée ça ...

    By Anonymous Anonyme, at 2:11 PM  

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