Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

16 octobre 2006

Ma maman disait que si je n'étais pas sage, je me réincarnerais en petit sociologue...

[J'épuise mes brouillons et après je crois que...]

En bref, l'horreur absolue. Non, parce que vraiment, les sociologues, parfois, ils sont très très forts pour raconter n'importe quoi. Prenez Nicolas Herpin, par exemple, qui vient de sortir Le pouvoir des grands aux éditions La Découverte, qu'on entend sur les ondes à cette occasion et qui donnait un entretien au Monde récemment.

Qui expose une série de faits incontestables ("les hommes de petite taille - ceux qui aujourd'hui mesurent moins de 1,70 mètre - sont moins souvent en couple que les hommes moyens (entre 1,70 et 1,80 mètre) et grands (au-dessus de 1,80 mètre)", "les hommes de haute taille ont plus d'enfants, qu'ils vivent moins souvent seuls et ont un plus grand nombre de partenaires stables", "plus on est grand, mieux on est payé - en 1996, des études ont montré qu'à diplôme et région d'habitation équivalents, à chaque fois que la taille augmente de 2,54 centimètres, le salaire est supérieur de 2,2 % en Grande-Bretagne et de 1,8 % aux Etats-Unis") et laisse conclure par le journaliste que "les hommes de petite taille sont victimes de discrimination". Comme ça, simplement comme ça, parce qu'ils sont petits.

Sans dire que le consensus académique, aux Etats-Unis, par exemple, (où le phénomène est connu et étudié depuis longtemps) tend à conclure qu'on ne discrimine pas les petits. En revanche, on observe, quand on veut bien réfléchir trente secondes et aller au fond des choses :
- qu'une petite taille à l'âge adulte va souvent de paire avec une petite taille à l'adolescence ;
- que les écarts de salaires aujourd'hui en fonction de la taille à l'adolescence sont encore plus importants et significatifs.

Oui, mais personne n'ira sérieusement prétendre qu'un patron vous payera moins parce que vous étiez plus petit il y a quinze ou vingt ans. Tandis que... tandis qu'il est probable que, si vous étiez petit à dix ou douze ans, vous n'aviez peut-être pas vachement confiance en vous et que ça, ça a pu jouer sur la suite de l'histoire, jusqu'à aujourd'hui. D'ailleurs, j'imagine qu'on peut être grand et n'avoir pas vachement confiance en soi enfin, que, en bref, plus que la taille du bonhomme, c'est la taille de l'ego qui compte*.

Mais excusez-moi, monsieur le sociologue, la discrimination est un sujet suffisamment sérieux pour qu'on évite ce genre de blague... à moins que vous ne pensiez sérieusement qu'il pleut parce que votre grand voisin (qui est tout puissant, c'est entendu), est sorti avec son parapluie (alors qu'en homme avisé, il a simplement écouté la météo).

Et moins qui suis plutôt grand et économiste, lorsque ma maman me menaçait de me réincarner en petit sociologue**, c'est pas la taille qui me faisait flipper.

* Enfin, d'estime de soi. D'ailleurs, comme N. Herpin le cite lui même (avant de faire remarquer que ce n'est pas la taille à l'age adulte mais à l'adolescence qui compte) la taille est aussi corrélée à la suicidalité.

** Evidemment, faut-il préciser que ma maman ne m'a jamais menacé d'une éventuelle réincarnation en petit sociologue... la pauvre d'ailleurs, n'a jamais rêvé non plus que je sois un économiste qui se mange les liteaux de porte.

"Les grands ont plus souvent des qualités de leadership que les petits"
Entretien avec Nicolas Herpin, sociologue à l'observatoire sociologique du changement

Vous publiez un travail sur Le Pouvoir des grands (Ed. La Découverte) dans lequel vous affirmez que les hommes de petite taille sont victimes de discrimination. S'agit-il de découvertes récentes ?

Contrairement aux pays anglo-saxons qui ont une connaissance approfondie du phénomène, la question de la taille a été abordée pour la première fois en France en 2002-2003 après deux enquêtes de l'Insee. On y découvrait que les hommes de petite taille - ceux qui aujourd'hui mesurent moins de 1,70 mètre - étaient moins souvent en couple que les hommes moyens (entre 1,70 et 1,80 mètre) et grands (au-dessus de 1,80 mètre). Dans d'autres pays européens, des enquêtes avaient montré que les hommes de haute taille ont plus d'enfants, qu'ils vivent moins souvent seuls et ont un plus grand nombre de partenaires stables. Ce constat ne s'applique pas aux femmes.

Cela signifie-t-il que les femmes se mettent plus facilement en couple avec des hommes moyens ou grands ?

Il y a une sorte de constat universel : l'homme idéal doit dépasser de 15,2 cm sa partenaire. En France, un couple est jugé "assorti" quand l'écart entre les deux est compris entre 4 cm et 20 cm. Plusieurs analyses s'opposent. Les néo-darwiniens estiment que la taille est un élément déterminant pour la sélection du partenaire sexuel. Une grande taille serait perçue comme un témoignage de la qualité des gènes dont est porteur l'individu. Je soutiens plutôt que la taille est ressentie, de façon implicite par la femme, préoccupée par la constitution du foyer qui accueillera ses enfants, comme la garantie de la capacité du conjoint à mieux réussir sa carrière professionnelle.

Les hommes de petite taille sont-ils désavantagés dans leur vie professionnelle ?

Plus on est grand, mieux on est payé. En 1996, des études ont montré qu'à diplôme et région d'habitation équivalents, à chaque fois que la taille augmente de 2,54 centimètres, le salaire est supérieur de 2,2 % en Grande-Bretagne et de 1,8 % aux Etats-Unis. En France, nous ne disposons pas de données sur "la prime à la taille". Les grands ont plus souvent des qualités de leadership que les petits. On a mesuré que les promotions peuvent être souvent favorisées par une grande taille. Mais, si ce phénomène est très net dans le secteur privé, il est quasi inexistant dans le public.

Vous prétendez aussi que les hommes se suicident d'autant moins qu'ils ont une taille élevée (une augmentation de 5 centimètres fait décroître de 9 % le risque de suicide).

L'important n'est pas la taille qu'on a à l'âge adulte mais celle qu'on a vers 15 ou 16 ans. C'est à ce moment-là, lorsque se fait la socialisation en dehors de la famille, que les jeunes de petite taille souffrent particulièrement. Le petit est alors perçu comme jeune, moins mature et moins capable ; il peut devenir la tête de Turc d'un grand costaud. En France, les élèves masculins de petite taille redoublent plus souvent et sortent plus tôt du système éducatif. Beaucoup d'adolescents vivent mal ces formes de discrimination, mais ils ne disposent d'aucun lieu pour en parler, alors qu' elles contribuent à structurer leur personnalité.

Que suggérez-vous ?

Il n'y a pas de politique publique qui puisse résoudre ce problème extrêmement particulier. Les Américains sont prêts à y appliquer leur politique de discrimination positive. En France, ce n'est pas le cas, et c'est tant mieux. Mais les gens devraient seulement prendre conscience que ce phénomène existe et se préoccuper de ses conséquences.

Propos recueillis par Florence Amalou
Article paru dans l'édition du 13.10.06

2 Comments:

  • Ne croyez vous pas qu'on a surtout la taille de ce qu'on voit,dans le snes de ce qu'on est capable d'imaginer, d'ambitionner?
    et que tout finalement n'est qu'affaire de vision ?
    (euh..Villepin en maillot de bain sur la plage de la rochelle, c'était vous?:-))
    (et aprés..vous arrêtez?:(

    By Anonymous Anonyme, at 10:57 AM  

  • > Lili : la taille de ce qu'on voit ? celle de ce qu'on espère, je crois.

    Villepin à La Rochelle, vous êtes certaine ? et en maillot de bain ? Ah... à La Baule. Non, parce que La Rochelle, c'est plutôt un lieu de villégiature PS. [où comment ne pas répondre à la question]

    Et après, on verra.

    By Blogger Monsieur Jean, at 1:13 PM  

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