Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

20 février 2006

Petit déjeuner chez Tiffany












" Chéri, me dit-elle, peux-tu atteindre le tiroir là-bas, et me donner mon sac ? Une fille bien ne lit pas ce genre de lettres sans se mettre du rouge au lèvres. "

Voilà, je viens de finir Petit déjeuner chez Tiffany. Truman Capote, c'est une écriture étrange - tellement loin de Kessel et pourtant si contemporaine. Une sorte d'atmosphère indéfinissable. New-York, les forties, les escaliers de secours des luxueux appartements d'East River... un lieu et une époque dont je n'ai pas les clefs, les codes, les impressions. New-York alors que Paris est occupé et que Londres est bombardée (by the way, c'est quoi le genre des villes ? update : voir le bonus du jour). New-York qu'on imagine indolente et un peu superficielle alors que les boys se battent en Europe et dans le Pacifique. Etrange.

" Eventuellement elle me demanda une picayune, en tira une bouffée. (Là, je me suis dit qu'il fallait vraiment que je lise Capote en anglais... je me serais fait allumer par Lemon's en spé pour une faute de traduction aussi énorme !) " Goût vulgaire mais divin, fit-elle et me jeta la lettre. Peut-être que cela pourra te servir si tu écris le roman d'un rat. Non, ne te hérisse pas et lis tout haut. J'aimerai moi même l'entendre. ""

En fait, à la réflexion, Capote et Kessel ne sont pas si dissemblables, même si New-York est à mille lieux de la France occupée, du Yemen ou de l'Afghanistan, même si Kessel s'intéresse à des personnages totalement différents, même si la narration de Capote à la première personne vous colle dans l'histoire, trop près. Une même manière de peindre des personnages par les mots plutôt que par la phrase. Je veux dire, en recréant une atmosphère, une impression plutôt qu'en décrivant avec minutie et précision. Le sens du détail qui donne tout son caractère à un portrait crayonné à la hâte. La patte d'un bon dessinateur comme d'un bon écrivain.

bonus du jour : le cabinet de curiosité dont le principe est de rassembler des monstres, des figures étranges, des objets excentriques et exotiques de la langue française – les singularités qui la rendent agréable, plaisante et redoutable à la fois... et qui nous en apprend un (tout) petit peu plus sur le genre des villes.

update : Non, Catherine Helpburn n'est pas en train de se refaire une beauté devant la vitrine de Tiffany... elle mange une patisserie et c'est la scène d'ouverture du film, d'ailleurs. Alors, oui, en bref, rien à voir entre la citation et la photo. Et alors ?