How do you do ?
Il y a quelque chose d'inhumain chez les grands hommes. Leurs qualités, quelquefois leurs défauts aussi se présentent avec des dimensions si différentes des nôtres qu'on ne sait trop comment appréhender leur personnalité. On peut seulement les situer dans le temps, mais on ne dispose pas des moyens permettant de les connaître et de les comprendre pleinement.
J'aime bien rencontrer des personnalités exceptionnelles. Comprendre ce qui forge un destin. Tenter de découvrir d'où jaillit le courage, la clairvoyance. Rentrer dans l'histoire d'une vie pour en saisir l'alchimie et parce que rien ne se comprend d'un homme sans regarder l'ensemble de sa vie.
Au cours de ces dernières années, j'ai ainsi fréquenté Thomas More, Frédéric Ozanam, Winston Churchill, Jean de Lattre, Charles de Gaulle, Leclerc, Honoré d'Estienne d'Orves, Claus von Stauffenberg (et les conjurés du 20 juillet 1944), Hans et Sophie Scholl ou encore Jacques et Raissa Maritain, Raymond Aron et Karol Wojtyła (Jean-Paul II) et d'autres encore (Alexis de Tocqueville, Edmond Michelet, Robert Schumann, etc.*). Peut-être prendrais-je le temps de vous les présenter, un jour.
Mais, pour l'heure, ça doit faire quelques mois que je n'ai entrepris aucune de ces rencontres. A présent, j'aimerais bien faire la connaissance de Marc Bloch** et Gaston Fessard (s.j.), deux personnalités assez uniques, rayonnantes, d'une intelligence éblouissante et dont la fécondité, même si elle est parfois peu visible, ne se dément pas.
Marc Bloch
[Malheureusement, je n'ai pas pu trouver de photographie du père Fessard... trop méconnu, même si c'était peut-être l'interlocuteur le plus intîme de Raymond Aron et par ailleurs un immense philosophe et un grand théologien, dommage.]
Enfin, tout ça pour dire que je suis à la recherche de bonnes biographies. A bon entendeur... et merci. :)
* et aussi (mais sans qu'ils ne suscitent la même admiration) les Borgia, Armand Jean du Plessis de Richelieu, Jean-Baptiste Colbert ou encore Fouché...
** le 8 mars 1944 (62 ans hier), Marc Bloch est arrêté par la Gestapo. Il sera fusillé le 16 juin 1944. En route vers son exécution, il réconforte un jeune garçon de 17 ans : "Ils vont nous fusiller, n'aie pas peur, ils ne nous feront pas mal... Cela ira vite." A Saint-Didier-de-Formans, le camion s'arrête au bord d'un champ. Marc Bloch est fusillé le premier. En tombant, il crie : "Vive la France." C'est le même qui disait que le patriotisme, c'est aimer son pays ; le nationalisme, c'est détester les autres pays.
[update de 14h : Etienne Bloch précise : "Je tiens [...] à tordre définitivement le coup à une légende, ce qui est peu probable : George Altman a écrit dans l'avant propos de l'Etrange défaite : "Marc Bloch est tombé le premier en criant "Vive la France". Il n'en savait rien." Voilà pour la précision historique, ce qui ne modifie en rien le fond de l'affaire...]
Par ailleurs, l'ouvrage qu'il a consacré à l'analyse de la déroute de 1940, L'Étrange Défaite, a été rédigé de juillet à septembre 1940. Destiné à n'être publié que dans une France libérée de l'occupant, l'ouvrage parut en 1946 par les soins du mouvement Franc-Tireur après avoir connu quelques aventures. Philippe Arbos témoigna : "Ce serait singulièrement rétrécir la personnalité de Bloch que de ne voir en lui que l'historien et l'universitaire. L'historien et l'universitaire ne voulaient se concevoir eux- mêmes qu'en rapport avec la vie. A cet égard nul document plus précieux et plus émouvant que le livre qui devait s'appeler "Témoignage", pour lequel la publication d'un ouvrage portant le même titre a obligé d'adopter un autre nom, L'Étrange Défaite. Bloch m'en avait confié un manuscrit qui lors d'une perquisition, échappa aux yeux de la police de Vichy. Un ami clermontois, le Dr Canque, le dissimula alors dans une maisonnette de la banlieue clermontoise, la maisonnette fut occupée par un poste allemand de D.C.A. Nous étions fort inquiets sur le sort du manuscrit, lorsqu'un jour le Dr Canque le trouva gisant à terre, les Allemands l'avaient jeté à tout vent sans se préoccuper de ce qu'il pouvait être. Le Dr Canque l'enterra alors dans sa propriété d'Orcines; peu après, les troupes allemandes, se repliant du Midi, campèrent à Orcines et y creusèrent des tranchées, mais cette fois ne mirent pas au jour le précieux écrit que nous pûmes bientôt rendre à la famille de Bloch."
sources : Association Marc Bloch et phnd.org

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