Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

19 avril 2006

Die Sonne scheint noch

Le dernier film en allemand* que j'avais vu au cinéma**, c'était La chute, il y a un peu plus d'un an. Le récit des douze derniers jours de la vie d'Hitler, retranché dans son bunker près de la Chancellerie alors que le Reich agonisant livre dans les rues de Berlin une dernière bataille aussi inutile que meurtrière.

Ces derniers jours, c'est au travers des yeux d'une jeune allemande d'à peine 25 ans, Traudl Junge, la secrétaire particulière du Führer, qu'ils nous sont racontés. On y découvre en particulier un Hitler quotidien (incroyable Bruno Ganz), dont la normalité donne à réfléchir tout autant que sa monstruosité. On y découvre aussi cette jeune fille perdue, aspirée par le mouvement de l'Histoire et fascinée par l'aura du Fürher. Incapable jusqu'au bout du moindre recul.

Un film saisissant sur "la banalité du mal" (Hannah Harendt), construit à partir des mémoires de Traudl Junge dont je me souviens avoir lu qu'elle les avait écrites en prenant conscience qu'elle était née en 1920, un peu plus d'un an avant Sophie Scholl. En découvrant qu'elles étaient toutes les deux contemporaines, elle a compris qu'elle aurait pu se rendre compte.

Justement, ce soir, j'ai vu un autre film en allemand : les derniers jours de Sophie Scholl, récit des quatre jours qui vont de l'impression du sixième et dernier tract de la Rose blanche (Die Weiße Rose) à l'éxécution, le 22 février 1943, de Hans Scholl, de sa soeur Sophie et de Christoph Probst.

Si l'on peut parfois regretter une mise en scène plutôt frustre (et une mise en musique assez maladroite), on saluera l'interprétation de Julia Jentsch : forte, résolue, courageuse et fragile, non pas tour à tour, mais tout à la fois. Donner à voir, en transparence, la faiblesse qui fait le force d'âme de Sophie Scholl, "l'esprit ferme et le coeur tendre", comme l'exhortait son frère.

Partant pour son exécution, elle lance à son frère et à Christian : "Die Sonne scheint noch", le soleil brille encore. C'est peut-être le secret de Sophie : une fraicheur qu'on aurait tort de croire naïve.

[Je ne me sens pas de faire ici une critique construite, argumentée, de développer une analyse cinématographique originale... non, c'est, ce sont des films qui se prêtent plus à la rumination qu'à la dissertation.]

La chute (Der Untergang), 2004 de Oliver Hirschbiegel avec Bruno Ganz (Adolf Hitler) et Alexandra Maria Lara (Traudl Junge).


Sophie Scholl, les derniers jours
(Sophie Scholl - Die letzten Tage), 2005 de Marc Rothemund avec Julia Jentsch (Sophie Magdalena Scholl) et Fabian Hinrichs (Hans Scholl).

* Mon allemand est vraiment très très loin, et je commence à regretter...

** On mettra à part le magnifique Tu marcheras sur l'eau (Walk On Water) que je n'ai pas vraiment vu au cinéma et qui n'est finalement que très marginalement en allemand... d'ailleurs, merci Pé pour cette découverte.