Comment être pédant - 1
[guide (et exercices) à l'usage des jeunes générations qui, de toute manière, ne peuvent pas s'offrir de l'être sans effort]
Oui, être pédant, non seulement ça se travaille mais de surcroît, ça s'apprend. Parfaitement, je dis. J'inaugure donc ici une série (rassurez-vous chers lecteurs, l'expérience acquise par ici m'enseigne que mes séries ne sont jamais très longues) sur l'art, la manière et les petits exercices pratiques qui permettent de passer pour un authentique pédant avant de le devenir vraiment (avec un peu d'effort et de persévérance). Fort de mon expérience certaine et souvent pathétique, regonflé par un de ces dîners qui vous font dire que vraiment, la maîtrise de la poésie slave des années 1906-1910 est un indispensable de la culture de l'honnête homme (trop honnête pour l'être vraiment), et intéressé seulement par le bien de l'humanité en général et de vous en particulier, je me lance donc dans cette aventure périlleuse.
La leçon d'aujourd'hui sera brève et concise.
"Lorsqu'on n'est pas un vrai pédant, il convient de se faire rare"
Les convives* qui parlent peu sont soit très intelligents soit totalement stupides. Pour peu que vous n'ayez pas le regard vitreux de l'idiot congénital**, votre silence peut faire illusion.
"Puisqu'il faut bien parler, ne pensez pas, citez"
Si vous restez là comme un con*** à ne jamais rien dire, même sans regard vitreux pour vous trahir, vous ne ferez pas éternellement illusion. Plutôt que de révéler le néant de votre pensée, ne pensez pas, citez. Ainsi, si vous voulez parler de la difficulté d'exister après mai-68, cherchez bien, il doit y avoir un film d'art et d'essai français° qui a exploré le sujet. Introduisez donc votre propos par la citation finale du film. De manière analogue, si le sujet de la conversation°° tourne autour de l'avenir de la société en général et de cette année préélectorale en particulier, vous pourrez avantageusement faire référence à la lente décadence de la Rome antique ou à la relecture de Marx (en remplaçant éventuellement religion par télévision, ça fait post moderne et c'est saisissant°°°). Néanmoins, s'agissant de citation, évitez soigneusement les classiques trop éculés (si, par malheur, vous êtes trop jeune pour savoir même ce qu'est un classique - au lycée, vos professeurs de français vous ont donné Renaud et Dutronc à étudier, ça n'a pas aidé). Ainsi, abstenez vous d'un "Science sans conscience..." (surtout si c'est pour attribuer le propos à Montaigne, oui, parce que c'est aussi le risque quand on cite...).
La prochaine fois nous traiterons notamment de l'usage des mots obsolètes ou inusités.
* Non, convive ne désigne pas la femme du con vif par opposition à la veuve du con mort.
** Non, congénital ne désigne pas les parties intimes du con - ce n'est pas non plus un pléonasme.
*** Oui, un con désigne souvent un idiot, c'est un terme trivial que ma maman n'aime pas me voir employer, d'une manière générale, elle n'aime pascon qu'on dise des gros mots, elle trouve ça vulgaire et inélégant. Elle n'a pas com-plètement tort, remarquez.
° Oui, je le con-cède, ça, c'est un pléonasme.
°° Oui, j'arrête.
°°° Si, c'est fou comme ça marche...
Cet État, cette société produisent la [télévision], une conscience du monde à l’envers. La [télévision], c’est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous une forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, le fondement général de sa consolation et de sa justification. Elle est la réalisation fantastique de l’être humain, parce que l’être humain ne possède pas de réalité vraie. La lutte contre la [télévision] est donc immédiatement la lutte contre ce monde dont la [télévision] est l’arôme spirituel. La misère [télévisiuelle] est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La [télévision] est le soupir de la créature tourmentée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit de situations dépourvues d’esprit. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la [télévision] en tant que bonheur illusoire du peuple, c’est l’exigence de son bonheur véritable.
Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel
Oui, être pédant, non seulement ça se travaille mais de surcroît, ça s'apprend. Parfaitement, je dis. J'inaugure donc ici une série (rassurez-vous chers lecteurs, l'expérience acquise par ici m'enseigne que mes séries ne sont jamais très longues) sur l'art, la manière et les petits exercices pratiques qui permettent de passer pour un authentique pédant avant de le devenir vraiment (avec un peu d'effort et de persévérance). Fort de mon expérience certaine et souvent pathétique, regonflé par un de ces dîners qui vous font dire que vraiment, la maîtrise de la poésie slave des années 1906-1910 est un indispensable de la culture de l'honnête homme (trop honnête pour l'être vraiment), et intéressé seulement par le bien de l'humanité en général et de vous en particulier, je me lance donc dans cette aventure périlleuse.
La leçon d'aujourd'hui sera brève et concise.
"Lorsqu'on n'est pas un vrai pédant, il convient de se faire rare"
Les convives* qui parlent peu sont soit très intelligents soit totalement stupides. Pour peu que vous n'ayez pas le regard vitreux de l'idiot congénital**, votre silence peut faire illusion.
"Puisqu'il faut bien parler, ne pensez pas, citez"
Si vous restez là comme un con*** à ne jamais rien dire, même sans regard vitreux pour vous trahir, vous ne ferez pas éternellement illusion. Plutôt que de révéler le néant de votre pensée, ne pensez pas, citez. Ainsi, si vous voulez parler de la difficulté d'exister après mai-68, cherchez bien, il doit y avoir un film d'art et d'essai français° qui a exploré le sujet. Introduisez donc votre propos par la citation finale du film. De manière analogue, si le sujet de la conversation°° tourne autour de l'avenir de la société en général et de cette année préélectorale en particulier, vous pourrez avantageusement faire référence à la lente décadence de la Rome antique ou à la relecture de Marx (en remplaçant éventuellement religion par télévision, ça fait post moderne et c'est saisissant°°°). Néanmoins, s'agissant de citation, évitez soigneusement les classiques trop éculés (si, par malheur, vous êtes trop jeune pour savoir même ce qu'est un classique - au lycée, vos professeurs de français vous ont donné Renaud et Dutronc à étudier, ça n'a pas aidé). Ainsi, abstenez vous d'un "Science sans conscience..." (surtout si c'est pour attribuer le propos à Montaigne, oui, parce que c'est aussi le risque quand on cite...).
La prochaine fois nous traiterons notamment de l'usage des mots obsolètes ou inusités.
* Non, convive ne désigne pas la femme du con vif par opposition à la veuve du con mort.
** Non, congénital ne désigne pas les parties intimes du con - ce n'est pas non plus un pléonasme.
*** Oui, un con désigne souvent un idiot, c'est un terme trivial que ma maman n'aime pas me voir employer, d'une manière générale, elle n'aime pas
° Oui, je le con-cède, ça, c'est un pléonasme.
°° Oui, j'arrête.
°°° Si, c'est fou comme ça marche...
Cet État, cette société produisent la [télévision], une conscience du monde à l’envers. La [télévision], c’est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous une forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, le fondement général de sa consolation et de sa justification. Elle est la réalisation fantastique de l’être humain, parce que l’être humain ne possède pas de réalité vraie. La lutte contre la [télévision] est donc immédiatement la lutte contre ce monde dont la [télévision] est l’arôme spirituel. La misère [télévisiuelle] est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La [télévision] est le soupir de la créature tourmentée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit de situations dépourvues d’esprit. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la [télévision] en tant que bonheur illusoire du peuple, c’est l’exigence de son bonheur véritable.
Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel

5 Comments:
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Anonyme, at 8:09 AM
La pédanterie ou l'art du plaisir solitaire?
Bon, parce qu'enfin,même dans un diner en ville ,quelque soit la latitude,exclure l'auditeur et/ou le lecteur contribue,me semble t-il, au plaisir narcissique de la démarche qui consiste à s'auréoler d'un savoir mystérieux,en jouissant de l'exclusion des autres...
Con vaincu ,non?
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Anonyme, at 8:52 AM
> Lili : Meuh non, vous vous sentez exclue ? Allons, si on ne peut plus raconter n'importe quoi chez soit, n'importe quoi de pas sérieux et de décalé... ben alors... zêtes un peut con-incée, non ? :)
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Monsieur Jean, at 10:37 AM
C'est bien ainsi que j'avais entendu votre propos domestique et décalé , une figure de style dont vous êtes coutumier ,vous l'adepte des couturières (oui je sais un peu tiré par les cheveux mais trouvez le lien:-))
Mon propos visait certains blogs onaniques ou l'auteur se complait à ce genre d'exercice ,
con-sternant,non?
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Anonyme, at 1:05 PM
> Lili : Content que vous ayez com-pris. Du coup, je me dis que j'ai été con (enfin, on ne dis pas "j'ai été con", mais "je suis con-fus", de même que "l'auteur, ce con, se plait à ce genre d'exercice" est pus correct que "l'auteur se complait à ce genre d'exercice"). Pour les couturières, je crois que j'ai perdu le fil.
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Monsieur Jean, at 1:56 PM
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