Dire au revoir à l'été
Je suis rentré à pied, d'un pas alerte. Ca ressemblait à un soir d'été. La lumière d'un ciel bleu profond. Le crépuscule qui dure encore, tiède, presque chaud. Je me suis souvenu que nous étions encore en août.
Alors, j'ai ralenti, profité encore d'un été qui n'avait pas eu lieu.

[crédit photo : the bitter*girls - faute d'avoir trouvé chez Prumtiersen (Immemory) un de ces instantanés dont il a le secret, et parce que les feux d'artifice, ça ne peut qu'être un souvenir d'été, un peu comme ceux-là...]
45 secondes, autour de 17:23
45s, le temps d'une notulette (tout petit billet, à peine une note jetée sur un post-it).
45s, le temps de respirer dans une journée où tout va vite mais sans anicroche.
45s, le temps de mettre de l'eau à chauffer, de commencer à l'entendre frémir.
Et replonger, un mug de thé à la main.
Où il est question de mes vacances
[même si je ne veux pas en parler]
Lundi matin pluvieux, plus proche de soleil froid d'octobre que de l'invitation à petit-terrasser que je n'aurais pas eu le loisir de goûter cette année.
Lundi matin pluvieux qui sent le cartable réalourdi de son lot de crayons fraîchement taillés à l'heure de la rentrée.
Etrange impression de renouer une cravate et d'hésiter en sortant : parapluie, ou pas ?
Et puis ces rites de rentrée. Avoir passé de merveilleuses vacances, arpenté des contrées de légende, farnienté sur des plages fabuleuses, bénéficié d'une météo hors du commun et, selon d'assistance, profité de créatures de rêve ou joui d'un programme culturel idéal (festivals, musées, concerts, livres, etc.). Et, si ce n'est pas exactement le cas, les raconter de telle manière que l'auditoire puisse y croire.
Alors, à midi, il m'a bien fallu en parler. De mes vacances.
On m'a demandé "où ?", j'ai marmonné "les Causses" en fermant un peu le "è" pour tirer sur le "é", si certains voulaient entendre "l'Ecosse"...
On m'a demandé "quoi ?", j'ai seulement dit "marcher", si certains voulaient s'arrêter à cette occupation banale...
Bref, vous l'aurez compris, je n'ai pas très envie d'en parler. De mes vacances.
Non pas qu'elles aient été mauvaises, loin s'en faut, très loin s'en faut. Mais plutôt "étranges", de ces vacances surprenantes où, à vous arrêter enfin, vous découvrez milles choses que vous aviez oubliées : marcher dehors, tranquillement, pendant 8 jours, sans montre, sans portable, sans rien que les paysages qui défilent doucement, à la vitesse d'un homme qui marche. Marcher en retrouvant le rythme de la nature, levé avec le soleil, couché avec lui. Marcher tranquillement parce que la tranquilité d'un pas, et d'un autre, et d'un autre encore, elle permet souvent de s'apaiser et de laisser émerger les vraies questions.
Je n'ai pas très envie d'en parler parce que je ne crois pas être assez adroit avec les mots pour parler justement de chacun de ces 200 000 pas, droit vers le Nord, de St Guilhem-le-désert à Ispagnac.
Alors, quand on m'a demandé "quoi ?" j'ai dit simplement "marcher". Et lorsqu'on m'a demandé "où ?", j'ai marmonné "les Causses" en fermant un peu le "è" pour tirer vers le "é". Je ne savais pas en parler. De mes vacances.
Enfin, à vous, je n'en dirais pas beaucoup plus. Sauf ce dîner, surréaliste, sur le Causse noir. Assis là, en rond, petite vingtaine que nous étions, en haut d'un puech, alors que l'orage grondait un peu plus loin. A savourer un bol de riz en de lançant dans un improbable concours de tintinophiles prolongé par un championnat d'astéricophilie. "Et comment s'appelle le répétiteur de Bianca Castafiore dans les Bijoux ?" "Et comment s'appelle le roi de Syldavie ?" "Et quel est le nom de la femme d'Agecanonix ?". Et je ne sais plus, qui du jeune agrégé de droit ou du conseiller technique à Matignon a gagné, sur une question subsidiaire ("quels sont les noms des deux chefs dans Astérix chez les Belges ?")...
Et là, ce lundi soir pluvieux, en repensant à ce dîner, je me dis que mes vacances... que mes vacances n'étaient peut-être pas "merveilleuses" dans les canons communs mais que personne à table n'en avait goutées d'aussi improbables, dépaysantes et, finalement, reposantes tout autant qu'enrichissantes. Parce que ces 200 000 pas, droit vers le Nord, en plus de m'avoir emmené jusqu'au fond de moi-même, ils m'ont aussi permis de tenter de me souvenir, un soir, sur un puech battu par un vent d'orage, d'Igor Wagner, de Muskar XII, de Gueuselambix et son éternel rival Vanendfaillevesix et de... ah, mais comment s'appelle-t-elle, à la fin... Pfff... je crois qu'une petite période de révision ne serait pas superflue (ben oui, Mlle B., moi aussi ! allez, courage !).
[Argh, la question de traitre : elle n'a pas de nom, en fait...]
Passed away?
Well... quite. But anyway, you'd better lookup in the sky rather than trying to find something intersting here and by the way, why am I...?
[crédit photo : the bitter*girls, of course]
En vacances
Pendant les vacances, le pied, c'est le petit dèj. au soleil en caleçon sur la terrasse, au bord du jardin, un mug de thé et des croissants. Les pieds nus du matin d'avant une bonne douche et Libé à feuilleter.
En même temps, je vous l'accorde, c'est vraiment trop un concept - surtout qu'en ce moment, soleil, terrasse, caleçon et pieds nus... bref, heureusement que j'ai trouvé des mugs Paul Smith. Enfin, ce n'est pas le sujet. En lisant Libé, hier, je tombe sur un portrait (enfin, trois portraits) et... et tracastrophe. Flûte me suis-je dit (voire... merde, aurais-je lancé si ma maman n'avait pas été à portée de voix - dans le jardin, juste à côté de la terrasse - pfff... vous suivez pas ! - ou, plus certainement, susceptible de passer par ici histoire de prendre des nouvelles d'un fils ainé indigne trop occupé à ne rien faire pour en donner - des nouvelles, décidément, vous suivez pas, hein ! euh... bonjour maman...), le Baleinié, "dictionnaire des tourments quotidiens", existe déjà.
Bon, il y avait les batana du Doc Thib (dont je percute à l'instant la généalogie) et maintenant le Baleinié complet... vous n'imaginez pas la quantité de would be billets disparus en l'espace de quelques paragraphes qu'en plus je n'ai pas lu au soleil, en caleçon, pieds nus, sur la terrasse en buvant un thé avec des croissants chauds. Heureusement que j'ai trouvé mes mugs Paul Smith. Et puis, si, en fait, j'ai quand même une idée, un concept pour une série de billets ; si le dictionnaire des tourments quotidiens est déjà publié, le dictionnaire des petits et des grands bonheurs reste à écrire. Allez, une première entrée :
petit-terrasser : vb. prendre son petit déjeuner dehors au soleil, sans être bien réveillé, éventuellement pieds nus et en caleçon*, avec des croissants chauds en feuilletant Libé (enfin, Libé, c'est surtout pour le concept, parce que lire Libé, c'est parfois s'exposer à de graves xxx - je ne trouve pas le mot qui décrirait la déconvenue du bloggueur qui voit s'échapper une bonne idée de billet, avis... les commentaires sont ouverts, enfin, de toutes manières, c'est pour le tome 3 du Baleinié.).

[edit] * Et là, je sens qu'une lectrice (par exemple celle qui m'expliquait ce à** midi qu'elle avait un bon bouquin, un homme dans sa vie et un boulot prenant donc elle était débordée et heureusement, en août, les copines sont parties parce que sinon, c'est carrément plus gérable - quod erat demonstratum) va me faire remarquer que ma définition du petit-terrassage est sexiste ou incomplète...
** Oui, parce qu'on dit "à midi", pas "ce midi"... enfin, il paraît. [au passage, je me demande comment on fait une note de bas de page - ndbp pour les intimes et les pressés - dans une ndbp - cf. ci-dessus - ? Ca m'a pas l'air très propre, tout ça... j'ai l'impression qu'il y a du laisser-allez sur ce blog depuis quelques temps : mise en page inhomogène (c'est sorti comme ça... j'aurais aussi pu dire hétérogène, je sais), non respect des usages typographiques élémentaires, etc. bref, si seulement cette lectrice éditrice n'avait pas "un bon bouquin, un homme dans sa vie et un boulot prenant"...]
[bonus du jour - d'hier, en fait...]
Tracastrophes
Marie-Joëlle Gros, Libé, jeudi 10 août 2006.
Portrait - Drôles d'oiseaux (4/6). Les auteurs du «Baleinié», dictionnaire des tourments quotidiens. Christine Murillo, Jean-Claude Leguay et Grégoire Oestermann reprennent sur scène ce succès de librairie.
Le Baleinié» en 7 dates
1975 Rencontre au Conservatoire national d'art dramatique.
Saint-Sylvestre 1985 Idée d'un dictionnaire des tracas de la vie.
1992 Le Dos de la baleine change de propriétaire. Panne sèche.
Août 1997 Retour de flamme à Pont-à-Mousson.
7 novembre 2003 Publication du Baleinié, dictionnaire des tracas.
8 décembre 2005 Création de Xu, sur la scène de Sénart.
Janvier 2007 Reprise de Xu au Théâtre du Rond-Point.
Elle a noté sur un bout de papier un tracas de plus : «Avoir rendez-vous dans un café avec quelqu'un qu'on n'a jamais vu.» Ce n'est pas insurmontable, juste contrariant sur l'instant. Des tracas comme celui-là, quand on y réfléchit, il y en a des tas dans la vie. Et, comme Christine Murillo, comédienne de théâtre, est du genre à aimer les gens, elle travaille à leur mieux-être. Pas seule, mais en compagnie de Jean-Claude Leguay et Grégoire Oestermann, comédiens également, persuadés que «subir est une chose, mais savoir qu'on est nombreux à partager la même infortune a quelque chose de réconfortant».
Ces chasseurs d' «emmerdements maximums» en ont capturé 288, qu'ils ont soigneusement rangés par ordre alphabétique dans deux volumes publiés sous le titre le Baleinié, dictionnaire des tracas (1). Un ouvrage «d'utilité publique» qui répond à l'adage : «Souffrir avec précision c'est mieux savoir vivre mal.»
Le Baleinié est un recueil de vexations (insolation pendant un enterrement), de plaisirs gâchés (écouter l' adagio de la Cinquième de Mahler en dégustant un tourteau), de malentendus (repas avec des personnes qui vous veulent du bien et qui n'aiment pas les Noirs), de sidérations (grosse peur de mourir parce qu'on vient de réussir un concours d'entrée), de douleurs (sortir souriant mais effondré de chez le coiffeur)... On aurait tort de croire qu'il est facile de ligoter ainsi les souffrances du quotidien. «Ça ressemble à un rodéo, explique Grégoire Oestermann. Quand on parvient à faire un lacet autour de l'animal, c'est une grande victoire sur l'adversité.» Une fois le tracas captif, «on peut le regarder avec une pointe d'arrogance, un petit ricanement hautain», assure le comédien.
Tout a commencé trente ans plus tôt, au Conservatoire national supérieur d'art dramatique. Une vaste bande de copains, qui vit la nuit et travaille le jour. Rassemblement tous les soirs au Dos de la baleine, un bistro d'après représentation. «On était les plus nyctalopes», résume Grégoire Oestermann. L'amitié s'épanouit, copieusement arrosée et scellée par un goût commun pour les jeux de langue.
Celle de Christine Murillo, l'aînée (née en 1951), s'est enracinée dans une culture classique, au sein d'une famille d'artistes. Deux fois moliérisée (dont en 2005 pour Dis à ma fille que je pars en voyage ), elle fut sociétaire de la Comédie-Française pendant dix ans. Jean-Claude Leguay (né en 1954), dit «Loulou» en souvenir du blouson noir qu'il portait dans sa cité de Nanterre, admirait l'argot de son père, un Breton de Paris à la «tchatche de bonimenteur». Longtemps réduit aux borborygmes et aux mimiques, Grégoire Oestermann (né en 1956 d'un père chimiste et d'une mère infirmière) évoque une adolescence muette. Sorte de «lakimase» («Chute d'une larme sur un courrier vous obligeant à le refaire les yeux secs»). Ils ont rarement été partenaires sur scène. Et n'ont surtout jamais couché ensemble. D'ailleurs, il n'y a pas de lettre Q dans le Baleinié. Mais un «Bernardchatellier» («Ami qui n'est pas là parce qu'il est mort»), le quatrième larron, à l'absence douloureuse.
Au cours d'un nouvel an d'il y a vingt ans, la tablée se gondole aux récits de tracas partagés. Et tombe d'accord : «Il n'y a pas de mots pour dire ça.» Ils se quittent sur la promesse d'y remédier, en élaborant un dictionnaire enfin libérateur. Il y aura dedans des pages roses centrales, comprenant des locutions latines et des modes de conjugaisons bien à eux, comme le «futur opportuniste», qui consiste par exemple à glisser dans une conversation la date de son anniversaire qui approche.
Des années plus tard, le premier tome du Baleinié sort en librairie, sans les locutions latines, mais ponctué de mots étranges, sans lien avec une quelconque racine connue. Exemple : «létidatopistagine» («Personne élégante dont on ne sait pas quoi faire sur la plage»). En conséquence, parler couramment le baleinié n'est pas aisé. Cette langue présente pourtant l'avantage d'envelopper en un seul mot une situation complexe à résumer en français ordinaire. Le trio se fout complètement de cette difficulté. «Vous trouvez que "chikungunya", c'est tellement plus simple ?» demande Christine Murillo. Parfois, le lecteur s'y retrouve quand même. Exemple : «biclac» («Coup de vieux pris par quelqu'un qui ne vous reconnaît pas non plus»).
Quand Christine Murillo parle, ses bras s'ouvrent, ses mains s'envolent. Elle s'estime «de nature molle avec des accès de trépidation», sa corpulence dégage en réalité une énergie d'athlète. Aucun signe extérieur de coquetterie, sauf peut-être ce souci de ne pas être trop «psonque» («Moche sur la photo»). A ses côtés, Jean-Claude «Loulou» Leguay a le visage familier de ceux que l'on voit souvent sur l'écran, mais rarement au premier plan. C'est un anxieux, hypocondriaque sur les bords, entré au cours d'art dramatique grâce à sa trompette, instrument auquel il aime rendre hommage. Il a travaillé avec Antoine Vitez, Ged Marlon, Jérôme Deschamps, mais avoue une tendance à «se xeloper» («Se sentir sans charme, sans saveur et sans conversation»). C'est dire s'il manque de lucidité. Le plus sombre, à première vue, c'est Grégoire Oestermann. Un côté vieille France, un chic certain dans la dégaine relâchée. «Trente ans de théâtre subventionné» derrière lui, un second rôle dans le film d'Agnès Jaoui en copain souffre-douleur de Jean-Pierre Bacri, prestation qui lui vaut, depuis, quantité de propositions au cinéma. Personnalité légèrement décalée, l'Oestermann se reconnaît à son «igourie» («Don inné pour chercher d'abord dans la mauvaise poche»).
Dix-sept années auront donc été nécessaires à cet équipage pour accoucher du premier tome du Baleinié... Il faut dire que leurs fructueuses «séances de travail dînatoire» ont stoppé net en 1992 en raison d'une incompatibilité d'humeur avec le nouveau proprio du Dos de la baleine. S'en est suivie une panne, un long sommeil. Ils avaient eu beau «moulaphiater» («Réfléchir en suçant son feutre par le mauvais bout»), l'inspiration s'était fait la malle.
Le miracle se produit en août 1997, au festival d'écriture contemporaine la Mousson d'été. Les comédiens improvisent des saynètes avec leurs mots bizarres, le public se marre. Pierre Lescure joue le go-between auprès de Louis Gardel, éditeur au Seuil. Le Baleinié 2 naît quasi spontanément, dans la foulée du premier.
Puis ils en ont fait un spectacle, Xu («Objet bien rangé, mais où ?»), qui met en scène leur mode d'emploi pour inventer du vocabulaire, à base d'engueulades nombreuses. En qualité d'êtres lettrés, eux parlent de «disputes au sens classique». Car, pour mériter sa place dans le dictionnaire, un tracas doit être universel, jamais personnel. C'est pourquoi «être le sosie de son pire ennemi», que Loulou voudrait introduire dans le troisième tome, à venir, est sujet à discussions. «C'est l'intérêt de travailler à trois, note Grégoire Oestermann. Quand l'un prend le pouvoir, les deux autres s'acharnent à le faire abdiquer.» Ils ont mis eux-mêmes leur spectacle en scène, joué d'abord sur la scène nationale de Sénart, puis au Rond-Point, où ils retourneront en janvier.
Ce qui les tracasse beaucoup en ce moment, c'est de savoir de quelle couleur sera le troisième volume de leur dictionnaire. Le premier était vert, le deuxième orange. Il aura, comme ses aînés, ce format étroit qui se glisse dans une poche. Offrir un Baleinié, c'est s'éviter de «seillon-pinquer» («Devoir expliquer ce qu'il y avait de drôle dans l'histoire drôle»).
(1) Editions du Seuil, 13 euros chaque.
[en vacances... au programme, euh... des trucs, j'vous dirais p'têtre quand je reviens, si vous zêtes sages]
On Air
Back to old good times good old times... et oui, le temps où on trouvait par ici des quasi chroniques musciales (enfin, juste des idées pour aménager ou décorer les volumes sonores...).
Pour moi, The Divine Comedy, c'était surtout la Divina Commedia de Dante, Inferno, Purgatorio et Paradiso. Un tryptique qui a évidemment inspiré le Heaven de Krzysztof Kieslowski (réalisé par Tom Tykwer). Etrangemment, on retrouve le même sens esthétique dans le dernier album de The Divine Comedy, qui est aussi un groupe pop nord-irlandais assez inclassable, finalement.
Victory for the Comic Muse renferme une atmosphère boisée, travaillée - texture de velours, parfois exhubérante (vous savez, ces vestes improbables, pourpres, tirant sur le violet) mais jamais trop lourde (hé, certains sont à l'abri des fautes de goût). Equilibre, raffinement. Des mélodies, de vraies envolées lyriques et des histoires...
'Cause even though the skies above are cold and grey
I'm sure tomorrow we will see the light of day.
[et pas de mention spécial, c'est tout l'album qu'on savoure...]
Vers l'Orient compliqué
[brouillon, peut-être]
Vers l'Orient compliqué, [j'allais] avec des idées simples écrivit nagère le général De Gaulle (in Mémoires de Guerre - L'appel 1940-1942). On a, je pense, trop fait dire à cette phrase au verbe puissant. Le genre de phrase qui fournit de trop bels incipits, trop faciles pour être vraiment honnêtes.
Et moi, regardant l'Orient compliqué, je crois n'avoir jamais eu d'idées simples, manichéennes. D'ailleurs, comment avoir des idées simples ?
Enfin, juste en écho à quelques commentaires, on et off, j'aurais voulu préciser :
- que le mail que je me suis permis de mettre en ligne est à prendre pour ce qu'il est, un mail de là-bas ;
- que l'histoire nous enseigne la prudence dans nos jugements et montre, a posteriori que le courage et la clairvoyance sont des vertus aussi précieuses que rares ;
- et surtout que l'Orient compliqué suscite spontanément des émotions simples, voire primaires tandis qu'il appelle une réflexion complexe ou, faute d'une réflexion à la hauteur (que vous ne trouverez pas ici...), une réserve prudente (qui n'est pas de l'indifférence, non plus) ;
- enfin, que, le plus souvent, les situations de guerre sont des situations étranges où le coeur hurle, où il faut pourtant que la raison raisonne et où il convient de se garder des solutions simples, des jugements rapides et des considérations évidentes ou brillantes...
Et je me rappelle une longue discussion avec une ethno-linguiste française vivant dans les pays baltes, le 1er janvier 2001 dans le train couchette qui nous ramenait de Rome. C'était dans cette époque déjà preque oubliée, entre la chute du Mur et les Twin Towers, entre le 11/9 et 9/11. Nous avions débattu de l'histoire, de la guerre et de la violence. De Hegel, Marx, Aron, Fukoyama et Huntington. J'avais essayé d'expliquer, qu'il me semblait que nous n'étions pas très différents des Romains du Ier siècle avant J.-C., des marchands de la Hanse ou des sujets de Babylone, au fond, dans ce qui nous fait hommes, que nous restions marqués par la violence et que, même si nous ne voyions pas comment ou entre qui, la guerre n'était pas une relique d'un passé révolu. Tant qu'il y aura des hommes... et ce n'est pas la faute d'un Autre, mais la nôtre. Tant qu'il y aura des hommes... et pourtant, je veux croire que ce n'est pas une fatalité, un horizon indépassable. Et, même si c'est une voie étroite entre le réalisme cynique et l'émotion simplificatrice..., c'est le voeu que je forme, mon espérance. Un amer dans les turbulences du monde :
Misericordia et veritas obviaverunt sibi,
iustitia et pax osculatae sunt.
Veritas de terra orta est,
et iustitia de caelo prospexit.
[Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s'embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.
Ps. 85 (84), v. 11-12]
O vos omnes!
Qui transitis per viam, attendite & videte, si est dolor sicut meus...
[O vous tous ! qui passez par ce chemin, considérez & voyez s'il est une douleur pareille à la mienne... Leçons de Ténèbres - Troisième leçon du Mercredi Saint]
Parfois, cette petite chronique semble bien vaine. Comme ce soir, en lisant le mail d'une amie de mes parents que je me permets de vous livrer, à prendre comme un mail de là-bas :
Beyrouth, le 28 juillet 2006,
17eme jour de guerre
[...]
Le Liban meurt de payer à la place de tout le monde la non-résolution du conflit israelo-palestinien [...].
Avant hier, 25 000 [personnes regroupées] dans le village de Rmeche au sud Liban ont été averties par Israel que le village allait être rasé par des bombardements aeriens. Pris dans la nasse, il leur est impossible d’évacuer le village, Israel tirant sur tous les véhicules civils qui tentent de sortir par les routes, même drapés de draps blancs en signe de neutralité. Une voiture a été poursuivie hier par les tirs d’un helicoptère de combat israelien jusqu’à ce qu’elle soit calcinée et que la famille [...] et ses enfants [...] morts brulés vifs.
Désespérés, les gens ont appelé au secours le Vatican, l’Ambassade américaine etc. pour essayer de pouvoir être evacués.
Cette nuit l’ONU a obtenu à 2 heures du matin un cessez le feu de 72 heures pour permettre l’évacuation de ces gens. Le Hezbollah en a profité pour rompre la trève et reprendre ses tirs sur Haifa. Suffisant pour que le pilonage israelien reprenne, empêchant toute évacuation.
Un 1er convoi mené par la [...] Croix Rouge s’est aventuré avec 600 personnes [...] du Sud. Elles sont arrivés après 14 heures d’un terrible voyage et le contournement à pied d’une trentaine de ponts [coupés (100 km)], totalement epuisées à Beyrouth hier soir.
Nous en attendons autant ce soir et les milliers d’autres dans les heures a venir, du moins nous l’esperons. Cela voudra dire qu’elles sont vivantes. Je me suis jointe aux équipes d’accueil, avec tout le personnel de [...] pour nous occuper des arrivants au fur et à mesure.
Une jeune femme a accouché hier soir de sa petite fille a l’arrivee, dans un coin de la salle paroissiale (après ses 14 heures de cohue en convoi). [...] Bienvenue, chère petite fille dans ce monde marqué par la plus extreme cruauté !
Les gens n’ont plus rien, quasimment pieds nus... [...] Il y a plusieurs blessés par les éclats des tirs qui ont jalonné cette terrible route.
Des conversations avec des réfugies chiites ces derniers jours m’ont appris ceci :
Chaque femme touche par mois de la part de l’Iran – via le Hezbollah - $250 pour porter le voile, même les petites filles, $500 pour l’habaya toute noire qui la couvre entierement et chaque homme $500 pour porter la barbe islamique ! Un homme "barbu", qui a 4 femmes et 8 filles touche donc $3500 par mois pour se déguiser en iranien. Ce n’est en rien l’habitude des chiites libanais. Et je ne compte pas la barbe des fils, une fois celle-ci poussée ! Stratégie pour "iraniser" le paysage et habituer les gens à s’habiller à la mode islamiste. Et puis regarder pousser sa barbe est moins fatiguant que d’aller travailler.
Les militants du Hezbollah touche $4000 par mois de salaire dans un pays où le salaire minimum est d’environ $300 par mois. Le recrutement et l’endoctrinement en sont bien facilités... Les candidats ne manquent pas et ne manqueront pas !
La fortune colossale de l’Iran (4ème producteur mondial de pétrole) sert à financer une politique dogmatique, dure et révolutionnaire. L’armement du Hezbollah s’accumulait depuis des années. Tsahal decouvre bunkers et souterrains du Hezbollah (creusés et construits avec du materiel Nord-Coréen et financés par l’Iran) qui expliquent ses derniers revers. Ses avancées ont été prises à revers par des combattants du Hezbollah sortant de souterrains par l’arrière.
Arrivée de combattants "djiadistes" de tout poils (afgans, palestiniens, syriens, irakiens, très aguerris au Liban et les gamins arabes des banlieues françaises enchantés d’un peu d’action et de l’occasion de "casser de l’israelien" en vrai!). Ils vont évidemment tous se faire tuer, convaincus d’aller tout droit au paradis. Cette culture de mort est diffusée par des responsables qui jouent dans le sens litteral du terme avec la vie de leurs gens.
Dans les quartiers chrétiens, on commence à sortir les armes et à organiser des tours de gardes dans les quartiers pour sauver les vies et les biens. On retrouve de nombreuses croix cassées sur les bords des routes dans les régions chrétiennes. C’est un acte hostile bien connu des communautés chrétiennes d’Orient de très mauvaise augure. On n’a jamais autant parlé de refaire des milices chretiennes d’autodéfense, en l’absence de la moindre protection de l’Etat.
Nous ne croyons pas du tout que le Hezbollah sera desarmé par la force. Si c’est le cas, nous aurons une situation a l’irakienne : des bombes partout et à n’importe quel moment. Cette milice a pu s’equiper grace à l’Iran et la complicité de la Syrie qui controle tout au Liban depuis 30 ans [...].
Il faut une solution politique globale qui passe par le réglement de la question israelo-palestinienne.
Mais depuis l’échec des accords d’Oslo [...] la spirale de violence et de haine mutuelle ne cesse de monter. Les palestiniens complètement désespérés et n’ayant absolument plus rien a perdre que leur vie la sacrifieront allègrement pour servir ce qu’ils croient être leur cause.
[...] Jamais depuis 20 ans que je suis au Moyen Orient je n’ai senti une telle haine et un tel jusqu’auboutisme de la part du monde musulman à l’encontre d’Israel.
Israel est en train de se mettre vraiment en danger et sa superiorite militaire n’y changera rien. Quel aveuglement ! Si les aggressions qu’il subit actuellement sur son territoire sont inadmissibles, la disproportion des ripostes montre qu’il ne sait couvrir les injustices de fond dont il est aussi responsable que par toujours plus de violence et de morts.
[...]
Des milliers de chrétiens risquent d’être massacrés dans les prochaines heures au sud du Liban, perspective d’un malheur insupportable.
[...]
Aidez nous !
Depuis, Cana. Ce soir, 21 jours, 830 morts et les bombardements qui reprendront dans quelques heures. Je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas qu'il y ait quelque chose à dire... Se taire. La ténèbre qui monte, gagne... et le Liban qui pleure. Monde absurde. Paix impossible. L'espérance, c'est espérer quand l'espoir n'est plus. Que reste-t-il ?
Rentré à temps
Rarement rentré si tôt... rien à dire, mais j'avais trouvé un titre qui m'amuse après le titre précédent. Et puis, c'est le mois d'août...
Temps à thé
Début août. Et des envies de thé, chaud, à tenir dans ses paumes en lisant ce rapport. Début août ou mi octobre ? Déjà qu'hier, il me venait des frissons en terrasse devant une salade tomates mozza... La saison du rosé frais serait finie et le temps des thés revenu ?
[Et je me fais la réflexion idiote que je suis italophile l'été et anglophile l'hiver. Et français toute l'année, du coup... je ne sais pas si Marc Bloch acquiescerait à cette raison (de plus) d'être français, mais...]
Ralenti
Ralenti : le plus faible régime d'un moteur (voisin de 1 000 tr/min, selon les moteurs), destiné à le maintenir en marche sans actionner l'accélérateur. Par extension, dispositif consistant en un gicleur auxiliaire de faible débit monté dans le carburateur, réglant le régime de ralenti.
Par analogie, état du mois d'août.
[crédit photo : Ducati [fr]]