Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

31 décembre 2005

L'heure du bilan

2005 s'étirait paresseusement sous un grand manteau blanc (qui a disparu dans la nuit). 2006 pointe son nez, une question d'heures. C'est peut-être le moment de faire les comptes... Monsieur Jean laisse à d'autres le soin de dresser une rétrospective exhaustive et intelligente de cette année, entre TCE et riots in Paris's suburbs...

2005 aura été, euh, une année un peu bizarre. Parfois drôle, un peu grise,
romaine, instructive, quelquefois surprenante voire déroutante, parisienne, très salles obscures, intelligente (ben si... parfois) et cultivée (un peu plus rarement), mi-bloggeuse... bon, en même temps, vous avez 86 billets pour vous faire une idée.

Et je repompe éhontément les voeux qu'on m'a adressés pour vous "souhaite[r], vraiment, vraiment, vraiment, une année 2006... meilleure que 2005. Et ce souhait a le mérite d'être reconductible chaque année ; pas besoin de se creuser la tête pour les voeux !"

30 décembre 2005

Mes teutoniques aventures téléphoniques

Mon filleul est certainement le plus grand épistolier que je connaisse (mais ne le lui dîtes pas...) : il m'a écrit deux jolies lettres aussi drôles et orgininales que bien tournées* pour l'Avent et pour Noël (et aussi pour me donner des nouvelles). Et moi, parrain indigne, je ne lui ai pas encore répondu (j'ai bien un brouillon qui date du 24 au soir, mais ça ne fait pas encore une lettre).

Alors, recevant un e-mail (courrier électronique, je précise pour Valéry G. d'E.** qui serait capable de s'offusquer de mes néologismes) des parents de mon filleul avec mention d'un n. de téléphone où les joindre, je ne fais ni une, ni deux et je me lance.

Sur leur conseil, je commence avec un n. en 08xxxxxxxx qui m'emmène sur le serveur téléphonique d'une banque des îles Caïman me proposant, d'une voix féminine à l'accent indéfinissable (et pas très suave), un certain nombre de transactions aussi juteuses que douteuses (non, monsieur Jean d'investira pas son argent dans une compagnie aérienne spécialisée dans le transport de fret entre Medelin et la Floride).

Un peu échaudé par cette première tentative, je me rabats sur l'option plus classique : + 4933xxxxxxxx. Cette fois, aucune proposition lucrative à la limite de la légalité. Simplement une sonnerie qui sonne, sonne et sonne encore et qu'on imagine résonner obstinément dans une appartement (une maison ?) désespéremment vide. En même temps, dans ce genre de situation, on se demande tout de même si les parents occupés à courir derrière leurs adorables bambins en surveillant du coin de l'oeil la cuisson délicate d'un alter-roti crypto-trotskiste (spécialité locale) ne sont pas justement en train de se précipiter vers le téléphone... Du coup, on laisse sonner une fois de plus. Une fois de trop, puisque cette fois-ci, je tombe sur une ravissante Allemande (pour autant qu'on puisse en juger à la voix), qui me raconte un tas de choses qui me font regretter de n'avoir pas été plus assidu en cours de teuton quand j'étais plus jeune. Bref, je n'ai rien compris, j'ai raccroché et je me suis dis que, tant pis, j’essaierai plus tard.

Ce qui est certain, c'est que je vais aller voir mon filleul, ce sera encore plus simple !


* Je suspecte très fortement sa Maman d'éveiller ses talents épistolaires en lui prêtant main forte... ce qui ne gâche ni n'enlève rien !

** On doit au général De Gaulle cette féroce répartie à propos d'un de ses ministres des finances qui proposait le lancement d'un emprunt (à son nom, comme il était de coutume rue de Rivoli) : "d'E., un beau nom d'emprunt !"

29 décembre 2005

On Air

The current session includes quite a lot of Nu Jazz and some UK and US independent rock and features Emilie Simon (special thx to Tonfa - qui ne fait pas que pourrir mon blog !).












un électro-intimisme délicat et assez savoureux, oscillant sans complexe du français à l'anglais ; une composition soignée d'autant plus remarquable qu'il s'agit d'un travail essentiellement solitaire.


... but when you are not a girl, nobody buys you flowers...

28 décembre 2005

Le courage d'un homme libre

Dans le Monde, aujourd'hui, Lionel Daudet ne "voulait pas faire le solo de trop", par Patricia Jolly :

La veille de Noël, le 24 décembre, Lionel Daudet a pris une décision inattendue : celle d'"un homme libre", celle de renoncer, à l'âge de 36 ans, à l'alpinisme en solitaire qui faisait sa gloire.

Guide et coureur de cimes de renom, originaire du "plat pays" de Saumur (Maine-et-Loire), il est installé depuis 1998 à L'Argentière-la-Bessée (Hautes-Alpes), dans le massif de l'Oisans. C'est en février 2002 que le grand public avait fait sa connaissance : il avait alors dû interrompre son projet de trilogie des "directissimes" (faces nord du Cervin, de l'Eiger et des Grandes Jorasses) à cause de gelures qui lui avaient valu l'amputation de huit orteils, après neuf jours recroquevillé dans son duvet.

Les médias avaient largement relayé la mésaventure de ce grimpeur, qui voulait ses ascensions accompagnées d'une "progression humaine intérieure". Il s'attaquait à ce qu'Anderl Heckmair qualifiait en 1951 de "trois derniers problèmes des Alpes". Ils avaient été résolus depuis longtemps, mais Lionel Daudet les abordait à sa manière, en style alpin, et avec "la touche du coeur", soit en s'interdisant toute assistance technique et mécanique, ralliant à skis, à vélo ou à pied la base des sommets visés.

Cet hiver, à nouveau, il était parti tenter le même défi, dans ces voies les plus ardues des Alpes, chaufferettes glissées au fond des coques rigides de ses lourdes chaussures d'alpinisme, pour ménager ses terminaisons nerveuses sensibilisées à l'extrême après l'amputation. Mais la balance des risques et des richesses que lui apportait sa passion a fini, selon lui, par "pencher du mauvais côté".

"J'étais très préparé, raconte-t-il, grâce à des hivernales de moindre ampleur l'année précédente." Il y avait constaté la "fabuleuse capacité de réadaptation du corps, mais surtout de l'esprit" aux conditions extrêmes. Cependant, dès l'engagement sur la face nord de l'Eiger, la première des trois "directissimes", fin décembre, il a senti que "la flamme qui (l')animait d'ordinaire, et qui est plus une forme de foi que de courage, n'était plus là". Simplement, en toute humilité, il a donc renoncé au matin de Noël.

Avec la tentative hivernale sans oxygène de Jean-Christophe Lafaille à l'assaut du Makalu (Népal, 8 481 m), son douzième sommet de 8 000 mètres et plus, sur quatorze à gravir, le projet de Lionel Daudet devait pourtant constituer l'un des deux exploits de la charnière 2005-2006 dans le monde de l'alpinisme. Lionel Daudet sait que là-haut, "sur les flancs de sa montagne", cet homme qu'il "connaît un peu" et qu'il "respecte" n'est probablement pas au courant de sa décision, et c'est aussi bien comme ça. "Je lui souhaite d'aller au bout de ce projet magnifique et exigeant, dit-il. Mais si jamais il ressentait la même chose que moi, je lui souhaite aussi d'avoir la force d'arrêter."

"Pas de plan de carrière"

Comme Jean-Christophe Lafaille, Lionel Daudet était, au moment de son renoncement, un des quelque dix alpinistes professionnels français à vivre de son art, "c'est-à-dire avec un bon smic", mais il ne regrette rien. Il parle de Véronique, sa compagne, dentiste, qui vient, elle aussi, de quitter le cabinet dans lequel elle travaillait, de ce "grand tournant de leur vie vers de nouveaux projets lointains à partager". Il s'étonne presque de la sympathie dont ses sponsors et les médias font preuve, pour l'heure. Sa liberté a longtemps été liée à la douleur de l'effort. Mais cette fois, seul dans la paroi, il a senti que "la page était tournée".

"J'ai éprouvé une espèce de mal-être, raconte-t-il. Rien n'était comme d'habitude, mais ni la délicatesse technique du projet ni la difficulté des conditions n'ont joué. Les côtés sombres sont seulement apparus plus sombres." Le reste s'est fait naturellement : "Je n'ai pas de plan de carrière, et la fragilité et la beauté de la vie m'ont touché. L'alpinisme en solo dans de grandes faces rocheuses est la forme ultime et extrême de ma pratique, et il requiert un état d'esprit très particulier, que j'avais depuis quinze ans, une harmonie entre le rocher et moi qui m'apportait une grande richesse intérieure et que je n'ai plus ressentie. Je ne voulais pas faire le solo de trop et surtout pas pour quelqu'un d'autre, car je n'avais jamais agi comme ça."

Je n'aurais rien à ajouter, ça force le respect.

Random thought

Avez-vous jamais pensé...

que nous sommes là, sur Terre, depuis des millions d'années et que tous les jours, nous découvrons encore 10 000 nouvelles espèces vivantes tous les ans, plus d'une par heure. Epoque blasée...

25 décembre 2005

Sempé

Pour Noël, j'ai reçu (entre autre) un album de Sempé, petit recueil d'instantanés totalement savoureux. Si ce blog devait avoir un manifeste, ce serait sans conteste d'être une espèce de transposition de ces albums, collection de ces tout petits moments, parfois simples, parfois graves, parfois cocasses qui appellent un sourire ou un éclat de rire.

- Mon drame, c'est que j'ai adhéré trop tard au mouvement surréaliste. (un comptable statisticien*)

ou bien

- Il faut être curieux, aller vers les autres. Le problème évidemment, c'est que ça prend du temps... (un escargot à un autre)

* non, monsieur Jean n'est pas statisticien... non, mais, oh !

24 décembre 2005

Pensée...

Noël est la seule histoire qui soit jamais arrivée.

Charles Péguy

22 décembre 2005

Jamais deux sans trois...

Un dernier billet sur la dette publique et le rapport Pébereau. Et après, je lache le morceau, vraiment.

Dans Le Monde ce soir, Sortir de la dette publique, par Jean Pisani-Ferry :

Un débat indispensable et trop longtemps retardé sur un élément essentiel des choix collectifs s'ouvre avec le rapport de Michel Pébereau sur l'endettement public.

Avec une précision clinique, il expose l'état alarmant de nos finances publiques. Il démontre que la progression continue de la dette des administrations est, à terme, insoutenable et explicite les efforts nécessaires pour en recouvrer la maîtrise. Il établit que l'addiction à l'endettement n'est pas due à la volonté de soutenir la conjoncture mais à l'habitude de tenir la taxation des générations futures pour une ressource additionnelle. Il détaille comment l'enchevêtrement des responsabilités territoriales nourrit la propension à la dépense. La pertinence de ces constats est irréfutable.

Ses recommandations restent cependant empreintes d'un étonnant classicisme. [...]

Retrouver la maîtrise des finances publiques exige donc davantage qu'un effort prolongé. Il y faut des comptes, des principes et des institutions.

1. Les comptes. [...] Il importe donc que les décisions se prennent sur la base d'une comptabilité étendue.

2. Les principes. [... U]n pacte national qui concilie discipline de moyen terme et gestion active de la conjoncture économique.

Un tel cadre n'interdit pas des décisions discrétionnaires mais oblige à les justifier au regard des objectifs que la puissance publique s'est donnés. Il favorise doublement la croissance : parce qu'il évite une dérive des finances publiques et parce qu'il permet de soutenir la conjoncture en période basse.

3. Les institutions. En France, le ministère des finances choisit les prévisions économiques sur lesquelles le budget est établi, chiffre le coût des mesures nouvelles ou des baisses d'impôt et dresse les comptes. Ce cumul de fonctions place régulièrement le ministre en conflit d'intérêts avec lui-même.

[...] Si la responsabilité des institutions politiques est et doit rester la décision, leur conserver celles de la prévision et de l'évaluation les soumet en permanence à des tentations inutiles. Instaurer une claire séparation entre ces fonctions contribuerait à rendre au ministre des finances français une crédibilité européenne largement entamée. Il y perdrait peut-être un peu de pouvoir, mais gagnerait, certainement, de l'autorité.

Je suis sur la même ligne que Pisani-Ferry (et pas seulement parce que c'est un de mes - anciens - profs) ; c'est en gros les constats auxquels j'étais arrivé (tout seul comme un grand) au terme de quelques longues migraines infernales.


Et puis, il faut que je vous dise, je suis assez fier de ce que j'ai lu dans le rapport... mais c'est une autre histoire.

21 décembre 2005

Infidélité & échangisme

ou La vie très très très intime des chaussettes de monsieur Jean

Monsieur Jean organise demain une "non Christmas Party", entendez une soirée sympathique (on l'espère) avec un peu de monde (les paris sont ouverts) dans un endroit convivial (ça, c'est sûr) mais même si c'est le 22 décembre, le père Noël ne sera pas là. Et, si tout ce passe bien (là, je parle du travail, pas de la soirée), monsieur Jean pars en vacances vendredi après-midi (samedi matin en fait, mais comme mes courses de Noël ne sont pas commencées terminées, il va me falloir affronter l'épreuve des courses du 23 décembre...).

Bref, en prévision de ces échéances prochaines, je me suis occupé à un tas de choses ce soir (en plus d'être aller dire bonjour à Gabrielle, et d'avoir assisté à la projection de Angel-A de Luc Besson, avec Jamel Debbouze - pas mauvais - et Rie Rasmussen -moins convaicante -, film décevant malgré une photo parfois magnifique - Paris en noir & blanc - et un synopsis dont il aurait été possible de tirer un beau film ; définitivement, j'ai préféré Le Tigre et la neige - La tigre e la neve - de et avec Roberto Benigni et aussi Nicoletta Braschi et Jean Reno, mais j'en parle ailleurs), dont :
- préparer une série de quiches (à paraître, les Quiches de monsieur Jean, bientôt aussi célèbres que les Cakes de Sophie, mais moi, c'est tout ce que je sais cuisiner... oui, je sais, :) ) ;
- préparer un tas d'entrées diverses et variées (bon, en même temps, vous vous en foutez, et moi aussi) ;
- et surtout, une inénarrable séquence "je range mes 90 paires de chaussettes" (enfin, deux ou trois lessives que je n'ai pas eu le courage de ranger tout à fait depuis le week-end dernier).

Et ranger 90 paires de chaussettes, c'est un épreuve digne des douze travaux d'Hercule.

D'abord, on fait rapidement un sort aux trois ou quatres paires qui possèdent un motif identifiable et indentifié.

Ensuite, on trie rapidement la pile de chaussettes grises et la pile de chaussette bleu marine (oui, ça n'est pas la partie la plus funky de mon stock de chaussettes). Là, les vraies difficultés commencent : il s'agit de constituer de subtils camaïeux pour reconstituer les couples mis à mal après avoir accompli leur office (vous me suivez toujours ?).

Puis, en jouant sur les tons, les textures et les tailles, on achève de faire d'un tas informe de chaussettes (propres) un paquet de paires de chaussettes prêtes à l'usage (que l'on contemple 10s avec la satisfaction d'avoir triomphé d'une épreuve difficile).

Enfin, ça, c'est la théorie, quand tout se passe bien. Parce qu'en pratique, il faut prévoir qu'un certain nombre de paires sont définitivement condamnées. D'abord il y a les trous. Et mystérieusement, dans une paire, si un trou doit apparaître sur une chaussettes, alors l'autre ne présentera pas la plus petite trace de faiblesse. Plus mytérieux encore, il y a des chaussettes qui disparaissent comme ça, dans la nature sans laisser de trace. Disparues dans le triangle des Bermudes des chaussettes, englouties dans l'antre de la machine à laver, sacrifiées sur l'autel de la propreté, évaporées au sèchage ? Le mystère est entier.

Finalement (et tout bien pesé), il me semble que la meilleure solution à ces veuvages et autres infidélités soit à trouver dans l'indifférence et l'échangisme : un bon vieux stock de chaussettes identiques et interchangeables. D'ailleurs, cette solution pourrait même permettre de réduire l'ensemble de la séquence "je range mes 90 paires de chaussettes" à un "je laisse en vrac mes chaussettes dans leur tiroir". Mais en même temps, quid de la satisfaction d'avoir dans son tiroir un paquet de paires pliées et ordonnées ?

Monsieur Jean, qui aime bien plier ses chaussettes (pour pouvoir contempler un petit tas bien ordonné) et ne déteste pas faire un peu de repassage (parce que c'est vraiment chiant inhumain de faire ça le matin quand on est même pas réveillé)

19 décembre 2005

49cm, 3,250kg

Bonjour Gabrielle.

PS : embrasse tes parents pour moi.

17 décembre 2005

Juste parce que j'en ai envie...

Je voulais vous parler d'un mot rencontré par hasard, à qui je n'avais jamais été présenté. Ca n'est pas si courant, de rencontrer des mots à qui l'on a jamais été présenté. Non, sincèrement...

C'est ainsi qu'hier, au hasard d'une page de journal (tout ce qu'il y a de plus électronique, les journaux en papier, c'est pour le petit déjeuner, en vacances, dehors au soleil), j'ai croisé monsieur cauteleusement. Et je ne l'ai pas renconnu tout de suite, le fourbe. En plus, il n'a pas eu le bon gout de se promener avec l'un ou l'autre de ses amis, juste histoire que je puisse le situer sans avoir à procéder à un contrôle d'indentité en règle. Du coup, j'au du faire intervenir Robert, mon gendarme préféré. Robert est resté perplexe, il connaissait bien une madame cautèle*, prudence de son prénom m'a-t-il dit avant de me préciser : rusée. Il connaissait aussi les cauteleux, euse**. Mais de cauteleusement, point. Pas plus dans les dictionnaire de la vielle dame qui parle bien. Alors j'ai deviné...

A une prochaine fois donc, cauteleusement (quoique, je n'ai pas tellement envie de vous revoir, franchement).

* CAUTÈLE [kotDl] n. f. v. 1265 ; lat. cautela, défiance
Littér. Prudence rusée. cf. défiance, rouerie. La cautèle paysanne. "la finesse particulière aux gens qui font leur fortune par la cautèle" (Balzac).

** CAUTELEUX, EUSE [kotlV, Vz] adj. cautileus fin XIIIe ; de cautèle
Qui agit d'une manière hypocrite et habile. cf. hypocrite, sournois. "le Bas-Normand, rusé, cauteleux, sournois et chicanier" (Maupassant). - Air cauteleux, manières cauteleuses. cf. patelin; mielleux.

15 décembre 2005

Veiller sur la langue française

Telle est la première mission de l'Académie française. Et la seule lecture du paragraphe d'introduction au discours de réception de M. René Girard - reçu ce jeudi sous la Coupole - suffit à s'en convaincre :

M. René Girard, ayant été élu par l’Académie française à la place laissée vacante par la mort du R.P. Carré, y est venu prendre séance le jeudi 15 décembre 2005, et a prononcé le discours suivant : "[je vous fais grace du discours que je me suis moi-même épargné]."

Non, ce qui retient l'attention, c'est l'emploi magnifique du mot séance : "ayant été élu [...] à la place laissée vacante [...], y est venu prendre séance", où il retrouve son sens premier - d'après la 8ème édition* du dictionnaire :

SÉANCE. n. f. Droit de prendre place dans une compagnie. [...]

Par la même occasion, je signale que l’Académie attribue, entre autres libéralités, des
aides à des familles nombreuses (et aussi aux veuves, aux personnes défavorisées ou qui se sont distinguées par l’accomplissement d’actes de dévouement). Ce mécénat à destination des familles nombreuses, que l'on doit à la générosité de M. et Mme Cognacq-Jay, ne devrait plus tarder à concerner l'un ou l'autre de mes lecteurs fidèles. Sachez donc que je m'honorerais de connaître personnellement une personne distinguée par l'Académie**. Et que j'aurais enfin quelque chose à raconter dans les dîners en ville, passé le préliminaire des présentations.

Monsieur Jean (mondain accompli et assumé)

* La 9ème est interrompue à onglette (petit onglet, lui-même petit ongle ?).
** Non, parce que, pour ce qui est de vos productions littéraires diverses, j'attends toujours ! :)

14 décembre 2005

Une migraine infernale

Promis, après j'arrête...

Ce matin, dans les pages Idées des Echos (les seules que je lise dans Les Echos, si !) : A la source de la dette publique, par Jean-Marc Vittori :

La France a mal à la dette. C'est nouveau, c'est intéressant, ça va pourtant passer au rythme d'une mode médiatique avant de revenir sous la forme d'une migraine infernale.

[...]

Pas de doute, Thierry Breton avait raison quand il déclarait le 21 juin dernier : "Il faut avoir le courage de dire tout simplement mais gravement que la France vit au-dessus de ses moyens." Cette phrase avait suscité une grande émotion, tant nous n'avons pas l'habitude de regarder en face ce problème de la dette. Le sujet a alors envahi les journaux. Mais brièvement : c'était le début de l'été, et il y avait d'autres sujets plus importants à aborder. Après avoir évoqué des horreurs, on aborda la préparation des choses sérieuses - le budget 2006. Avec une inventivité comptable du gouvernement au moins égale à celle des années précédentes, députés et sénateurs votèrent sans sourciller un budget en déficit [...]. Or le déficit, c'est par définition l'accroissement de la dette.

La suite de l'histoire s'inscrit dans la fable de La Fontaine : "La cigale, ayant chanté tout l'été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue", c'est-à-dire, comme par hasard, après le vote du budget. C'est la réalité que met en lumière le rapport Pébereau : "Pas un seul petit morceau de mouche ou de vermisseau" à mettre entre les mandibules du comptable public. Du coup, la puissance publique va "crier famine chez la fourmi sa voisine, la priant de lui prêter quelque grain pour subsister jusqu'à la saison nouvelle". Par bonheur, les marchés financiers sont plus prêteurs que la fourmi - du moins pour l'instant.

Mais pourquoi donc la France accumule-t-elle si facilement les déficits publics, qui font boule de neige ? La raison première, à en croire les politiques, est l'héritage du gouvernement précédent. [...]

Cette lecture [...] est cependant erronée. [...] Le débat est plus complexe, car il faudrait corriger ces chiffres du cycle conjoncturel (le déficit enfle plus vite quand la croissance est molle). Mais une idée simple se dégage de cette complexité. La France laisse continûment filer son déficit depuis le début des années 1980.

Or il s'est passé au même moment une autre rupture fondamentale dans l'économie française : la disparition de l'inflation. La hausse des prix passe de 14 % en 1981 à 2 % cinq ans plus tard. La désinflation [...] bouleverse la donne budgétaire. La hausse des prix érodait la dette. Le gouvernement remboursait en monnaie dévaluée. C'est une constante de l'histoire de France, de l'inflation de Law en 1720, qui a fait disparaître les gouffres financiers du règne de Louis XIV, aux lendemains des deux guerres mondiales, en passant par l'annulation des deux tiers de la dette publique en 1797.

L'inflation avait une autre vertu essentielle : elle rendait la réalité plus difficile à saisir. [...] Aujourd'hui, le voile n'est plus là. [...]

Pendant l'essentiel du XXe siècle, l'inflation a amorti l'incapacité de la France à faire des choix majeurs en douceur. Une fois celle-ci disparue, c'est le déficit et donc la dette publique qui ont encaissé le choc. Le problème, c'est qu'il faudra se serrer durement la ceinture pour rembourser la fourmi. Ou faire faillite. Voilà pourquoi le mal de dette tournera immanquablement en migraine infernale.

Ca, c'est une (vraie) chronique économique... On peut être d'accord, ou pas, ou pas complètement, mais pour l'essentiel, ce n'est pas archi-faux. Et pour ce qui est de la "migraine infernale", je crois que c'est le terme idoine.

12 décembre 2005

Merde, je l'ai encore fait

aka Ooops, I did it again : un autre billet d'économie...

Ce matin, dans les pages Débats & Opinions du Figaro (les seules que je lise dans Le Figaro), La dette publique expliquée à tous nos élus, de Dunkerque à Perpignan, par Jean-Pierre Robin :

[O]n nous rebat les oreilles que "la génération future remboursera nos dettes". C'est inexact. La dette est aujourd'hui financée par une épargne correspondante, celle de notre génération de Français d'aujourd'hui.

La dette est aujourd'hui financée par une épargne correspondante... de sorte que le seul problème sera la situation sociale qu'il vaudra bien "règler" demain héritage :

Ce que nous léguerons à nos descendants, c'est le soin de régler les choses entre eux. D'un côté les contribuables et de l'autre les souscripteurs de titres publics. On peut imaginer que les contribuables de demain rechigneront alors à rembourser les détenteurs des titres d'État. Mais ce règlement de comptes
– dans tous les sens du terme – s'effectuera au sein de la même génération future. Il est donc inexact d'affirmer que ce seront nos descendants qui "paieront nos dettes". Ce qu'ils recevront en héritage, et ce n'est pas rien, c'est une situation sociale objectivement révolutionnaire, comme notre histoire en a tant connu !

certes, mais aussi le fait que l'épargne, ayant servi à financer la dette, n'aura pas servi à financer autre chose... comme, je ne sais pas moi, des entreprises qui innoveraient, créeraient des emplois ou encore des universités et une enseignement supérieur dignes de ce nom, ou encore... autant de choses que les "générations futures" recevraient volontiers en héritage et qui les aideraient grandement à "règler" cette "situation sociale objectivement révolutionnaire".

Dans l'héritage, on trouvera, outre une situation sociale pas fameuse, une économie moins performante*. Et il y a fort à parier que les réformes nécessaires demain seront plus douloureuses encore que celles auxquelles ont renoncent aujourd'hui. Un bel exemple de courage.
Et pour en revenir aux générations futures, j'ai peur qu'elles n'héritent ni du beurre, ni de l'argent du beurre et qu'en plus les épinards ne soient complètement indigestes.

Non, là, je retombe dans le ton polémique que je voulais dénoncer. Parce que,
cette chronique, ce n'est pas une chronique économique**... En économie, on apprend aussi à voir ce qu'on ne voit pas, à regarder ce qui se passe et ce qui ne se passe pas. Pour revenir au fond, la dette publique pose un certain nombre de questions, voire de problèmes. Pour l'analyse économique, on commencera par se faire une idée avec Elmendorf et Mankiw (1999)***. Et ensuite, on n'oubliera pas que vulgariser, ce n'est pas simplifier et que pédagogie et démagogie n'ont une rime en commun.

* i.e. une économie qui, année après année, aura moins investi dans et donc accumulé un capital productif moins important.
** D'ailleurs, je ne suis pas forcément en désaccord complet, juste un peu énervé par le fait que ceci n'est pas une chronique économique.
** Douglas W. Elmendorf et N. Gregory Mankiw, 1999, "Government Debt," in John B. Taylor et Michael Woodford (eds.) Handbook of Macroeconomics, vol. 1C, ch. 25, pp. 1615-1699, Amsterdam: Elsevier Science, B.V.
En bref, à court terme, les déficits permettent de soutenir une demande défaillante mais à long terme, une dette excessive risque de conduire à une éviction de l’investissement privé, à une hausse des taux d’intérêt, à un surcroît d’inflation et, dans des cas extrêmes, à un défaut de paiement de l’État. Sans compter le fait que les solutions des problèmes les plus simples sont moins compliquées que les solutions des problèmes les plus compliqués. Merci de ne pas attendre...

11 décembre 2005

Strip Tease

ou la vie cachée de monsieur Jean...

Non, à vrai dire, le titre de ce billet est une question ouverte (le sondage du mois sur votre blog préféré) : to undress or not to undress ? faut-il faire tomber la jaquette d'un bon roman avant de le lire ?

La question est stupide, mais je viens de me la poser en attaquant Le hussard d'Arturo Perez-Reverte (qui m'attendais depuis cet été !). Pour ma part*, j'ai fait tomber la jaquette et je tiens entre les mains un livre dans son plus simple appareil. Mais les premières pages de ce premier roman enfin re-publié** sont prometteuses ; comme à chaque fois, la traduction est tellement bonne que je regrette de ne pas lire assez bien l'espagnol pour en profiter dans le texte :

- Pour l'amour de Dieu, certainement pas, s'exclama-t-il avec la distinction qui convenait. Tuer à distance n'est guère honorable, mon cher. Un pistolet n'est rien d'autre que le symbole d'une civilisation décadente. Je préfère par exemple, le fleuret ; il est plus fexible, plus...
- Elégant ?
- Oui, c'est probablement le mot exacte : élégant. Le sabre est davantage un instrument de boucherie qu'autre chose. Il ne sert qu'à tailler dans le vif.

ou

Il s'agissait de l'arme appelée improprement "modèle léger pour la cavalerie de l'an XI", un lourd outil à tuer avec un lame d'une longueur de trente-sept pouces, comme le stipulait le règlement, assez courte pour ne pas traîner par terre et assez longue pour égorger commodément un ennemi à cheval ou à pied. En fait c'était l'une des armes blanches les plus en usage dans le cavalerie légère, même si l'utilisation de ce modèle précis n'était pas obligatoire. Michel de Bourmont, par exemple, possédait un sabre de 1786, plus lourd, qui avait appartenu à un sien parent mort à Iéna et dont il savait se servir avec un remarquable dextérité. Tel était du moins l'avis de ceux qui l'avaient vu le manier dans les ruelles étroites proches du Palais royal de Madrid, quelques mois plus tôt, le sang ruisselant sur la poignée et sur le manche du dolman, jusqu'au coude.

et encore, où l'on retrouve quelques chose du verbe rude de Joseph Kessel...

[Il] s'efforçait d'être ferme, juste et raisonnable avec ses hommes, et l'on doit lui rendre cette justice qu'il y parvenait souvent. Il avait aussi la réputation de se comporter avec cruauté face à l'ennemi ; mais s'agissant d'un hussard, nul n'aurait eu l'idée que cela diminue en rien ses qualités.

Pour le reste, rien que de très commun au bilan de ces deux derniers jours (en dehors des mes tribulations informatiques). Lu d'une traite le Mauvais génie de Marianne Denicourt et Judith Perrignon, long cri d'une révolte douloureuse et sereine face au viol d'une vie par un ancien ami, amant et réalisateur en vogue ; où l'on retrouve quelque chose de la révolte d'une Justine Lévy. Plié deux essais et une conférence. (Très) bon moment de cinéma avec Une belle journée (On a Clear Day) de Gaby Dellal, une histoire et des couleurs (d'ailleurs, je pense que j'y retourne avec les parents, histoire de leur montrer ce que c'est, un bon film britannique contemporain). Et un dîner des plus improvisés et des plus sympathiques. Ah, et aussi un plan soirée*** à organiser avant Noël. Bref, vivons [...], sans en avoir l'air.

Et aussi, hier, une grande expérience cinématographique... Comme vous ne le savez pas, monsieur Jean prépare un ciné-débat pour un week-end dans très très longtemps (mais comme les responsable du colloque en question sont un peu, euh, speed, monsieur Jean doit préparer son débat avec quelques mois d'avance...). Bref, pour cause de litige à propos du film initialement retenu (un film d'auteur américain, assez représentatif de la création contemporaine), il a fallu réfléchir à un autre film. Du coup, j'ai découvert un film d'auteur français, assez représentatif de la création (française) contemporaine ; l'histoire d'un homme qui ne vit qu'un jour sur deux. C'est assez amusant (oui, j'en convient, le terme est assez mal trouvé) : plan fixe, cadrages surréalistes (ou sophistiqués ?), couleurs parfois réussies, voix off qui bute sur toutes les liaisons et un résultat pour le moins mitigé****. Enfin, on verra. Et en tous cas, une bonne soirée (heureusement, on avait en réserve une petit bijou bordelais pour détendre l'atmosphère et susciter les commentaires...

* Mais le sondage est en cours... avec une question subsidiaire : à quoi ça sert une jaquette ? non, pour de vrai ?
** A noter, la Note de l'auteur préliminaire qui évoque les relations compliquées d'un auteur à sa première maison d'édition, et les remords qui nous valent une version expurgée de quelques adverbes et adjectifs superflus. C'est toujours touchant ce genre de note...
*** Oui, vous êtes les bienvenus... il suffit de m'appeler !
**** Je n'irais pas jusqu'à dire, comme certaines critiques que [l]a réalisation, en accord avec le sujet, retransmet incroyablement bien l'ennui et le malaise du personnage principal : Antoine ne vit qu'un jour sur deux. Le réalisateur et les comédiens ne travaillant qu'un jour sur deux, ont laissé la caméra tourner : de grands panoramiques occupent la moitié du film. Aussi, en moyenne, il suffit de regarder un plan sur deux. Mais c'est tellement bien trouvé !

09 décembre 2005

This is a sad day...

Indeed... dans Le Monde (Fin de course pour les traditionnels bus rouges à plate-forme de Londres), ce soir :

Pour la dernière fois, vendredi 9 décembre, les "Routemasters", ces traditionnels bus rouges à impériale, ont emprunté les rues de Londres.


Je ne sais pas vous, mais moi, ça me fait tout de même quelque chose* d'imaginer que ce bus rouge, là, sur le pont de Westminster, et bien, c'est un cliché du passé. Un autre petit bout du XXème siècle qui s'en va. Le temps qui passe (et, pendant, ce temps là,
j'attends toujours Godot).

* Oui, je sais, il y a plus grave, certes...

08 décembre 2005

Petite perle du matin

Néoréacs contre néocons, par Alexandre Adler, Le Figaro

Pour paraphraser le Shakespeare de Jules César : "Si tel était le cas, ce serait une lourde faute et lourdement devrons-nous en répondre un jour."

Ou le Jule César de Sakespeare, peut-être ?

07 décembre 2005

Ben, si, finalement, j'attends toujours Godot

C'est certain, mon ordinateur s'appelle Godot. A présent, j'en suis à :

replace c135=d if n==7916

contrairement à ce qu'on pourrait croire, il avance, mais pas trop vite. C'est que recoder, c'est tellement difficile et qu'il fait ça bien, mais alors très bien, voire très très bien (et très très très lentement).

J'ai fini le European Unemployment: The Evolution of Facts and Ideas d'O. Blanchard (ça ne vous dit rien, mais c'est toujours mieux de citer ses sources). C'est assez intéressant, même si je doute que ça vous passionne*.

En revanche, je tiens à signaler un petit instantané de la vie parisienne, pour ceux à qui ça manque, ou ceux qui n'ont pas la joie de prendre le métro (ni d'entendre le totalement collector "Descente à gauche ! Please get off the train on the left ! Bajada por el lado izquierdo !" - <~mode="subliminal">T'as pas compris ? Tu descends pas à droite. D'abord, c'est pas possible. A gauche on t'a dit. Non, pas celle là, l'autre gauche ! Boulet ! Non mais je rêve...<~/mode="subliminal">).

Bon...

(32 real changes made)

replace c135=d if n==8100
(263 real changes made)

[...]

Tout vient à point...

* Juste une perle au passage : "And, because the editors unwisely encouraged me to do so, I have certainly focused too much on my own research—one of the results being a Stiglitz–like bibliography. For my defense, I would argue that it is broadly representative of the twists and turns of our theories over the last thirty years." Joli morceau de règlement de compte académique.



Disclaimer : Monsieur Jean remercie Olivier Blanchard et Versacpics pour leurs contributions involontaires. Par ailleurs, toute interprétation de ce post billet dans le sens d'un diagnostic alarmant sur mon état de santé mentale ne serait pas (tout à fait) déplacée. Merci Godot !

Quomodo invocabimus Deum?

J'aurais tout aussi bien pu titrer "En attendant Godot..."* mais quelqu'un a déjà déposé le copyright. Bref. Pour paraphraser un (autre) auteur célèbre :

Quomodo invocabimus Deum? (Augustin, Confessions, Livre 1)

A mon tour de me confesser : je suis anglophile.

Pour en venir au fait, j'assistais ce matin à un séminaire intéressant (et un peu technique) sur une question technique (et pas très intéressante). La discussion** était introduite par un Français, fonctionnaire au Trésor britannique (le HM Treasury).

Rien que ça, ce n'est déjà pas mal (c'est pas en France qu'on verrai un Anglais fonctionnaire à la direction du Trésor, enfin, ça ne doit pas courir les rues***). Mais en plus, le discutant nous a avoué avoir toutes sortes de théories farfelues (mais intéressantes) sur tout un tas de sujets tout en insistant lourdement sur le fait que "c'est un sentiment personnel" et en nous priant à plusieur reprises de "ne pas [le] citer". Et ça, c'est tout ce que j'aime chez les Anglais, même quand (voire surtout lorsqu') ils sont Français, l'usage policé et implicite de la règle de Chatham House :

WHEN A MEETING, OR PART THEREOF, IS HELD UNDER THE CHATHAM HOUSE RULE, PARTICIPANTS ARE FREE TO USE THE INFORMATION RECEIVED, BUT NEITHER THE IDENTITY NOR THE AFFILIATION OF THE SPEAKER(S), NOR THAT OF ANY OTHER PARTICIPANT, MAY BE REVEALED.

Et comme je ne voudrais pas violer la règle, je ne vous en dirais pas plus.

*Juste pour justifier un billet en milieu d'après-midi, mon ordinateur mouline tranquillement (la dernière chose censée qu'il m'a dite - replace c126=d if n==8122 / (319 real changes made) - remonte à vingt minutes, fabuleux...), et je ne peux pas faire grand'chose en attendant (et puis, aussi, c'est vrai, j'ai un peu de mal à me plonger dans la lecture passionnante de European Unemployment: The Evolution of Facts and Ideas ; j'avoue et je plaide coupable).
** La discussion, dans un séminaire, c'est le moment où l'on sacrifie les auteurs du travail présenté sur l'autel de la rigueur académique (ou au nom de des intelligences supérieures présentes dans l'auditoire) - when smart guys atomize desperate hard-working authors about to commit hara-kiri.
*** Enfin, façon de parler, parce que, de toutes manières, les fonctionnaires du Trésor, ne courent pas trop dans les rues, quelque soit leur nationalité.

06 décembre 2005

Chaudes moufles

Un petit billet bizarre au titre farfelu...

Je lisais à l'instant un commentaire au sujet du partial disclosure d'un futur rapport et... (bref, ça n'est pas le sujet). Toujours est-il que je fus arrêté par l'usage assez incongru (quoique justifiable) d'un joli mot assez peu employé :
camouflet.

N'écoutant que mon coeur et mon naturel un peu curieux (c'est ma maitresse de dixième - toujours elle - qui disait que la curiosité n'est pas un vilain défaut ! décidement*, ma maitresse de dixième, c'était une maitresse pleine de ressources...), je m'en suis allé consulter la définition de camouflet inscrite au Dictionnaire (par chance, l'actuelle édition court de A à onglette).

A en croire les Immortels (et l'on aurait tort de ne pas les croire), un camouflet est une chaude moufle mais ne présente aucune utilité en hiver. En effet,


CAMOUFLET n. m. XVIIe siècle, chaumouflet. Altération de l'expression chault mouflet, au sens 1, formée de l'adjectif chault, ancienne forme de chaud, et de mouflet, "souffle", dérivé de moufle, "gros visage rebondi".
1. Très vieilli. Fumée soufflée, par plaisanterie, au nez de quelqu'un.
2. Mortification, affront ; échec cuisant. Infliger un camouflet à quelqu'un.
3. MILIT. Fourneau de mine destiné à détruire une galerie souterraine ennemie.

Et faisant d'une pierre deux coups, j'ai aussi appris que les (chaudes) moufles de mon filleul** n'avaient rien à voir avec son visage qu'il a plus angélique que rebondi (mais là, je parle sous le contrôle de ses parents...), puisque moufle dérive du latin médiéval muffula (et ça, ça ne laisse pas de glace...)

MOUFLE n. XIIIe siècle. Emprunté du latin médiéval muffula, "mitaine". Les emplois techniques s'expliquent par un glissement du sens de "mitaine" au sens de "couverture, enveloppe, protection".
I. N. f. Sorte de gant qui n'a pas de séparation pour les doigts, excepté pour le pouce. Une paire de moufles.
II. TECHN. [...] 1. 2. et 3.***

Enfin, en pensant toujours à mon filleul (et aussi à mon neveu), je suis allé compulser l'entrée mouflet pour découvrir que

MOUFLET , -ETTE n. XIXe siècle. D'origine incertaine.
Fam. Jeune enfant, petit garçon, petite fille.

Cette filiation incertaine me laisse perplexe : les Académiciens auraient brillamment retrouvé la généalogie**** de camouflet mais sècheraient lamentablement sur celle de mouflet... A mon avis, le "gros visage rebondi" du premier doit avoir quelque chose à voir avec le visage angélique du second. Hier, je ne perdais pas espoir d'être un jour docteur, aujourd'hui, je me demande ce qui me retient de briguer un fauteuil sous la Coupole... (qui a dit que mon orthographe était lamentable et que je glissais des anglicisme toutes les deux phrases ? oui, bon, c'est vrai, je sais ce qui me retient... :) ).

* A propos de l'emploi des majuscules, l'incontournable Lexique des règles typographiques... nous renvoie successivement à "Capitale (emploi de la)" pour préciser qu'on emploie la capitale "[a]près les points d'interrogation, d'exclamation ou de suspension, mais seulement lorsqu'ils terminent effectivement une phrase et non quand ils ne servent qu'a en détacher les éléments successifs" puis à "Ponctuation" où il déplore avec véhémence un certain "laisser-aller" contre lequel il convient de réagir (dès la première rédaction d'un texte). Dont acte. Mais là, je crois que c'est un peu comme je le sens...
** S'il n'en a pas, il va me falloir pallier rapidement cet oubli, vu les contrées lointaines et froides où il est parti...
*** Je vous fais grâce du reste...
**** Je sais, mais l'étymologie, ce n'est jamais que de la généalogie, non ?

05 décembre 2005

Pourquoi...

Même si ma maitresse de dixième* disait qu'il n'y a pas de questions idiotes, voici une petite liste de questions stupides qui m'énervent.

Pourquoi...

... c'est quand on est sur le point de finir une tache répétitive mais pas tout à fait assez pour l'avoir automatisée (genre 15 "ctrl+c ctrl+v" un peu compliqués) qu'on se rend compte qu'il y a une "petite" erreur dans la formule en question ?

... c'est toujours quand on a oublié de sauvegarder son travail depuis (au moins) deux bonnes heures qu'on obtient un bel écran bleu ?

... après qu'on a commencé à regarder des données, plus on les regarde plus c'est pire et moins on y comprend quelques chose ?

... personne ne peut me dire ce que c'est qu'un "cadre administratif moyen" et où je dois les mettre ?

... ça fait toujours bizarre d'utiliser (correctement, je crois) l'indicatif après "après que" ?

... les gens qui vous appelle en n. caché veulent que vous les rappeliez mais ne vous laisse pas leur n. ?

... j'en ai un peu marre, là (à 20h passée en train d'eng... mon ordinateur qui ne m'a rien fait mais qui ne fais rien que de ne pas comprendre ce que je lui dis) ?

Et pourquoi j'ai écris ce billet idiot ?

* Parfois, je me demande si elle peut imaginer ce que je peux bien faire de mes journées, ma maitresse de
dixième. Ma maitresse de CP aussi et puis, la plupart de mes profs. Non, je précise parce que ce n'est pas juste ma maitresse de dixième. En revanche, c'est bien elle qui nous disait : "il n'y a pas de questions idiotes, mais seulement des réponses pas (très) intelligentes"... vaste programme. Et dire que ça fait 20 ans... (si, j'ai compté sur mes doigts !).

L3M, et un jour D ?

Quand je lis ça, je me dis que je ne suis peut-être pas tout à fait perdu pour la thèse...

Le 8 décembre 1554, sur ordre du roi Henri II, la Faculté de Paris se résigne à coiffer Ambroise Paré du bonnet de docteur en chirurgie bien que cet autodidacte de 45 ans ne connaisse ni le latin ni le grec et n'ait jamais lu Galien !...

Ambroise Paré se contente de pratiquer le métier de chirurgien-barbier dans une échoppe de Paris. Mais il possède une expérience exceptionnelle acquise pendant les guerres d'Italie.


(hat tip :
Herodote.net)

01 décembre 2005

C'est bientôt Noël !

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais à l'approche de Noël, les gens dans le métro sont encombrés de paquets divers ; surtout des grands sacs en papier qui proclament à la ronde "je viens de chez Prado", "je sors de chez Hermis", "à ma Bonne Maman, j'offrirais des confitures de chez Fauchou" et que sais-je encore. C'est amusant, mais c'est à ce genre de détails que je me suis souvenu que Décembre arrivait et que Noël approchait, déjà.

Du coup, je commence à m'inquiéter : quand donc aurais-je le temps de courrir à droite et à gauche en quête du merveilleux cadeau qui ravira son destinataire ? (note : peut-être que tous mes lecteurs ne recevront pas qqch, mais soyez tous certains de mon affection, voire de mon admiration, parfois, je me dis qu'à votre place, j'aurais déjà cessé de me lire... cf.
ici, oui, je sais, les blagues les plus courtes... :) ).

A vrai dire, il y a encore plus redoutable que les courses de Noël : trouver les idées de cadeaux.

Heureusement, aujourd'hui, j'en ai trouvé une !

PS : qqn connait-il la subtile différence d'emploi entre "se souvenir" et "se rappeler" ?
PPs : oui, je n'abuserai plus de ce genre d'abreviation, mais je trouve ça assez joli : qqch.

J'aime mes amis...

...parce qu'ils sont prets à répondre à mes coups de fils surréalistes genre :

- Je te dérange ?
- Euh, je suis au boulot et on est en plein bouclage...
- Donc je te dérange.
- Non... qu'est-ce qu'il y a ?
- Non, mais c'est un truc complétement débile.
- Bon, bah, dis-moi ?
- Euh... tu aurais une idée de comment on fait une tartiflette ?

et 10 minutes plus tard :

- Euh, je voulais pas te redéranger mais...
- [...]
- Euh, pour le four, quelle température à ton avis ?

Disclaimer : Monsieur Jean remercie WMD pour sa disponibilité légendaire, pour sa recette de tartiflette (promis, quand je vous invite, je vous la refais) et pour le petit détail qui tue (le four ? thermostat 7).