Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

30 novembre 2006

On a retrouvé le ballon rouge

Fermez les yeux... Le ballon rouge, vous y êtes ? Ca y est ? Exactement, le film d'Albert Lamorisse, sorti en 1956, Palme d'or à Cannes la même année et récipiendaire d'un Oscar l'année suivante. L'histoire de ce petit garçon qui rencontre un beau ballon rouge. Un ballon qui le suit à la trace dans le Belleville des années 50, comme un chien sans laisse ; à l'école, dans l'autobus, dans la rue ! Le ballon rouge.

Et bien, on a retrouvé le ballon rouge à Tokyo.


[crédit : the bitter*girls]

27 novembre 2006

Ubuntu méridien

synchropolitain : subst. masc. Prendre une ligne de métro pour un trajet inédit, se placer au hasard sur le quai, monter dans la rame par la deuxième porte du troisième wagon et se retrouver juste en face de la correspondance arrivé à destination. Ne pas confondre avec métronisation (action de se placer toujours au bon endroit en attendant le métro, pour minimiser (i) le temps de transport et (ii) la fristration induite par le départ de la rame sous votre nez alors que vous auriez complètement pu la prendre si (i) vous n'étiez pas monté bêtement dans du mauvais côté de la rame, (ii) les gens* faisaient preuve du minimum de courtoisie qui consiste à stationner sur la droite dans les escalators et (iii) vous n'aviez pas stupidement trébuché en marchant sur votre lacet (du coup, il a cassé, non seulement vous êtes en retard mais en plus, vous avez l'air fin avec votre chaussure qui ne ferme plus)/vous n'aviez pas accroché votre revers de veste dans un endroit improbable et peu recommandable pour un revers de veste/vous n'aviez pas raté la dernière marche de l'escalier avant de vous rétablir tant bien que mal mais à présent, vous avez la cheville en vrac et une rame de (plus de) retard (rayez la ou les mentions inutiles) - bref, si vous êtiez un peu plus vif, un peu moins énervé et surtout largement moins à l'arrach' (oui, parce que, pour ce qui est des "gens", faudra vous faire à l'idée qu'ils ne changeront pas, hein ?!))**.

* les "gens", espèce indéfinie appartenant au genre humain fournissant un bouc émissaire utile dans un certain nombre de situation et un coupable idéal pour quantité de batanas.
** Je crois que là, j'ai refermé toutes les parenthèses... enfin, là seulement.

24 novembre 2006

Le ciel est triste

Parfois, le ciel est triste.
Très triste.
Très.
Et gris.
Très gris.
Trop triste et tout gris.



[crédit : Gustave Caillebotte, La Place de l'Europe, temps de pluie, 1877]

21 novembre 2006

Comment être pédant - 1

[guide (et exercices) à l'usage des jeunes générations qui, de toute manière, ne peuvent pas s'offrir de l'être sans effort]

Oui, être pédant, non seulement ça se travaille mais de surcroît, ça s'apprend. Parfaitement, je dis. J'inaugure donc ici une série (rassurez-vous chers lecteurs, l'expérience acquise par ici m'enseigne que mes séries ne sont jamais très longues) sur l'art, la manière et les petits exercices pratiques qui permettent de passer pour un authentique pédant avant de le devenir vraiment (avec un peu d'effort et de persévérance). Fort de mon expérience certaine et souvent pathétique, regonflé par un de ces dîners qui vous font dire que vraiment, la maîtrise de la poésie slave des années 1906-1910 est un indispensable de la culture de l'honnête homme (trop honnête pour l'être vraiment), et intéressé seulement par le bien de l'humanité en général et de vous en particulier, je me lance donc dans cette aventure périlleuse.

La leçon d'aujourd'hui sera brève et concise.

"Lorsqu'on n'est pas un vrai pédant, il convient de se faire rare"

Les convives* qui parlent peu sont soit très intelligents soit totalement stupides. Pour peu que vous n'ayez pas le regard vitreux de l'idiot congénital**, votre silence peut faire illusion.

"Puisqu'il faut bien parler, ne pensez pas, citez"

Si vous restez là comme un con*** à ne jamais rien dire, même sans regard vitreux pour vous trahir, vous ne ferez pas éternellement illusion. Plutôt que de révéler le néant de votre pensée, ne pensez pas, citez. Ainsi, si vous voulez parler de la difficulté d'exister après mai-68, cherchez bien, il doit y avoir un film d'art et d'essai français° qui a exploré le sujet. Introduisez donc votre propos par la citation finale du film. De manière analogue, si le sujet de la conversation°° tourne autour de l'avenir de la société en général et de cette année préélectorale en particulier, vous pourrez avantageusement faire référence à la lente décadence de la Rome antique ou à la relecture de Marx (en remplaçant éventuellement religion par télévision, ça fait post moderne et c'est saisissant°°°). Néanmoins, s'agissant de citation, évitez soigneusement les classiques trop éculés (si, par malheur, vous êtes trop jeune pour savoir même ce qu'est un classique - au lycée, vos professeurs de français vous ont donné Renaud et Dutronc à étudier, ça n'a pas aidé). Ainsi, abstenez vous d'un "Science sans conscience..." (surtout si c'est pour attribuer le propos à Montaigne, oui, parce que c'est aussi le risque quand on cite...).

La prochaine fois nous traiterons notamment de l'usage des mots obsolètes ou inusités.

* Non, convive ne désigne pas la femme du con vif par opposition à la veuve du con mort.
** Non, congénital ne désigne pas les parties intimes du con - ce n'est pas non plus un pléonasme.
*** Oui, un con désigne souvent un idiot, c'est un terme trivial que ma maman n'aime pas me voir employer, d'une manière générale, elle n'aime pas con qu'on dise des gros mots, elle trouve ça vulgaire et inélégant. Elle n'a pas com-plètement tort, remarquez.
° Oui, je le con-cède, ça, c'est un pléonasme.
°° Oui, j'arrête.
°°° Si, c'est fou comme ça marche...
Cet État, cette société produisent la [télévision], une conscience du monde à l’envers. La [télévision], c’est la théorie générale de ce monde, son compendium encyclopédique, sa logique sous une forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, le fondement général de sa consolation et de sa justification. Elle est la réalisation fantastique de l’être humain, parce que l’être humain ne possède pas de réalité vraie. La lutte contre la [télévision] est donc immédiatement la lutte contre ce monde dont la [télévision] est l’arôme spirituel. La misère [télévisiuelle] est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La [télévision] est le soupir de la créature tourmentée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit de situations dépourvues d’esprit. Elle est l’opium du peuple. L’abolition de la [télévision] en tant que bonheur illusoire du peuple, c’est l’exigence de son bonheur véritable.
Karl Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel

19 novembre 2006

Aussi la nomma-t-on Babel

Dieu les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. Aussi la nomma-t-on Babel, car c'est là que Dieu confondit le langage de tous les habitants de la terre et c'est de là qu'Il les dispersa sur toute la face de la terre. Gn, 11, 8-9.

Babel [fr] d'Alejandro González Iñárritu est simplement un chef d'oeuvre. Récits d'un monde si petit, peuplé de gens plus proches qu'ils ne peuvent eux-même l'imaginer et pourtant incapables de se comprendre. Histoires qui se tissent, se nouent, se serrent. Trop. Entre hasard et conséquences. Description, entre la fable du conteur et le fait du journaliste, de toutes les incommunicabilités. La plus abrupte (mutisme et surdité), la plus absurde (média) la plus inhumaine (relations internationales), la plus intime (drame de couple, mal-être de l'adolescence), etc. Toutes. Babel, la sommes de tous les malentendus, de toutes les incompréhensions. De l'impuissance en général, de l'impuissance à communiquer en particulier. De la condition humaine et de sa commune singularité.

Parabole sur la parole et l'humanité. Dure, dérangeante. Lumineuse.

[Quant aux critiques (Inrock's, Chronic'art, Fluctuat.net, Le Monde ou les Cahiers du Cinéma) qui hurlent leur détestation, je veux croire que c'est un exemple de plus de l'incommunicabilité/incompréhension plutôt qu'une preuve de plus d'un snobisme anesthésiant.]

dîner en ville en deça du 45ème parallèle

[De retour des bords de la Mare Nostrum]

Il y a toutes sortes de dîners. Dîners entre intimes où les mots en disent moins qu'un regard, un sourire ou un voile de tristesse qui passe sur un visage familier, comme une risée sur la mer étale. Dîners de famille avec ses connivences et ses allusions indéchiffrables au non-initié (mais la seule présence d'un non-initié ne dénature-t-elle pas le charme unique du dîner de famille ? du moins elle le transforme). Dîners de potes, prétexte gastronomique (ou pas) à une improbable discussion faite des nouvelles des uns (les potes présents) et des autres (les potes absents), des souvenirs de uns (les potes qui s'en rappellent) et des autres (ceux qui étaient trop pétés pour se souvenir de quoi que ce soit), des projets des uns (ceux qui en ont) et des autres (ceux qui aimeraient en avoir) et de toutes autres choses qui permettraient, au gré des dichotomies et des recouvrements, de faire de chacun des convives un élément unique mais rarement isolé de la bande de potes en question. Dîner de travail dont il ne sortira rien (à l'heure du dîner, il est trop tard pour travailler) ou beaucoup (les grandes avancées arrivent souvent à l'improviste, alors qu'on ne les espère plus).

Et puis, il y a les dîners en ville.

Institution parisienne et séculaire qui consiste à rassembler quelques jeunes auteurs à la mode (jeunes auteurs qui peuvent être aussi bien de jeunes, jeunes auteurs ou de jeunes auteurs un peu plus agés - à la réflexion, la recette originale ne précise en fait que "auteur à la mode", sans précision d'age , ni de mode), si possible un éditeur ou un chroniqueur ou toute autre grenouille à même de donner des précisions météorologiques* sur l'état du milieu (ne pas confondre avec l'Empire du milieu qui peut néanmoins fournir un sujet de conversation utile en cas de blanc, relancer la conversation d'un "Au cours de mon dernier voyage en Chine..." - milieu donc, puisque tout dîner en ville se doit de représenter un milieu, sans précision d'age, de mode, ni d'aucune sorte d'ailleurs) et, pour compléter, une ronde de convives (ronde ovale lorsque le nombre est supérieur à 4, ce qui est généralement recommandé pour entrer dans la catégorie "dîner en ville" au regard des critères standards et généraux) soit toutes sortes de gens, si possible brillants et en vue (ces deux critères étant en revanche laissés à l'appréciation des intéressés, normalement confirmée par la puissance invitante qui se déjugerait en invitant des convives médiocres et insipides) nécessaires à l'initiation d'une alchimie complexe.**

La liste des convives est à la réussite du dîner ce que les oeufs, le lait et la farine sont à de bonnes crêpes***. Cependant la liste des convives ne fait rien de plus pour la réussite du dîner que les oeufs, le lait et la farine pour de bonnes crêpes : le dosage est primorial mais encore faut-il se conformer à la recette (ou improviser une variation sur la recette, ce qui est plus ambitieux mais aussi plus risqué) et un peu d'adresse (verser d'un habile coup de main, retourner d'un mouvement leste du poignet). La recette, donc. Ce qu'il faut pour détendre les papilles (c'est toujours meilleur si c'est bon) et délier les langues (le jus d'orange n'est à cet égard pas la meilleure indication). Et une chronique complexe à dérouler, avec un rythme variable et des silences délicatement aménagés. Le plat est généralement le bon moment pour lancer un invité : récit de voyage au Tibet (plus original que la Chine, en fait, tellement banal, la Cité interdite, la muraille et les grues su n+1ième périphérique), expérience préfectorale propice à la désillusion et à un certain cynisme un peu las et tout à fait désabusé, doctorat sur un sujet improbable mais passionnant (du moins l'espère-t-on pour le malheureux doctorant qui trime depuis 5 ans et demi sur son sujet de thèse), etc. Le succès du monologue qui s'en suit tient en général à une savant compromis entre trois paramètres incontournables mais ajustables à l'envie : l'intérêt objectif du sujet, le talent oratoire de l'énonciateur et l'originalité générale du propos****. Normalement, avant le fromage, c'est vraiment parti. Vos convives (ou commensaux, si vous n'êtes vous même que l'un des convives et que vous avez un peu de goût pour les mots inusités) finalement échauffés se lachent enfin. Les petites phrases se cisellent, les allusions allusionnent et les jugements à l'emporte-pièce s'emportent dans un staccato trop rapide pour qu'une défense opportunément absente (ou absorbée par la dégustation d'une crêpe d'un tiramisu aux fruits rouges) puisse interjeter en appel. Au plaidoyer argumenté on préfère la formule rapide, la saillie sanglante, le sous-entendu entendu. Mais le jugement sera aussi définitif qu'un arrêt en Cour de Cass. Parfois, deux convives rompent quelques lances dans un assaut à fleurets mouchetés (ou pas) au dessus de cadavres de bouteilles dont le nombre est souvent un bon indicateur de l'âpreté d'une bataille le plus souvent indécise. Puis on signera un armistice sur le dos d'un absent choisi au terme d'une procédure contradictoire parfois longue visant à ne facher aucun des ego en présence, ni leurs parents ou alliés. Armistice scellée au salon par un calumet de la paix avantageusement remplacé par un havane et un cognac (ou un armagnac voire une chartreuse). Bref, recette subtile et précise d'un dîner en ville dont je sais à présent que la localisation précise (48°51'N, 2°21'E) n'est pas un ingrédient impératif. On peut aussi dîner en ville en deça du 45ème parallèle.

* Par définition, une précision météorologique est une information cruciale mais par nature inexacte.

** Cher lecteur, tu as à présent le droit de reprendre ta respiration après cette phrase trop longue que la paresse (ma meilleure qualité) m'interdit de réécrire... en plus d'abord, c'est vachement clair (paresseux mais pédagogue).

*** On a les idées qu'on peut, hein ? et puis les ingrédients du tiramisu aux fruits rouges ne me sont pas revenus...

**** Pour en savoir plus sur cette typologie utile à des fins de classement, y compris vertical, voir notamment De la phrase à la phraséologie, essais sur l'interdépendance entre l'énonciateur et l'énoncé (et réciproquement) - actes du colloque tenu en avril 2003 à l'ISPLA - Institut supérieur de pédagogie et de lexicographie appliquée. Parce qu'en bon pédagogue, je suis aussi capable de me farcir ce genre de conneries (ou de faire semblant, comme tout le monde !).

14 novembre 2006

Ce soir

Ce soir, j'aimerais avoir le vin triste.
Ce soir, j'aimerais pleurer ces larmes d'ivrogne qui creusent les joues comme tache un Bourgogne renversé sur une nappe blanche.
Ce soir me parle comme une chanson de Brel, tragiquement ordinaire, extraordinairement triste.
Ce soir, foutez-moi la paix.
Ce soir, personne ne comprendra.
Ce soir, c'est mon anniversaire.

[edit, 15 novembre : S'il vous plaît, ne cherchez pas à comprendre, enfin, pas trop longtemps. S'il vous plaît, n'allez pas croire que... ou que sais je encore. S'il vous plaît, dîtes vous simplement que parfois, ça fait du bien de crier, que ce qui sort n'est plus dedans... S'il vous plaît. Et puis, soyez sûr, certain que le 14, c'était hier. Et merci pour vos attentions délicates, dans le fond, cette affaire d'anniversaire, c'est entre moi et moi, alors, ne nous pourrissons pas la vie, hein ?]

Pourquoi Magellan

Je dois une explication. Je vous dois une explication. Mais au fond, c'est surtout pour moi, je me dois une explication. Pourquoi Magellan ?

[billet en cours - brouillon en ligne, malgré tout]

09 novembre 2006

The almost-right & the truly-right

A question might look like it is simple, but there is a subtlety to it. There are often two answers. There is the "almost-right answer" and the "truly-right answer" which is a subtle wrinkle on that first answer.


C'est ce que j'aime dans mon métier (même si je ne suis pas certain que ce soit vraiment un métier - en fait, je crois que j'aime tellement la toolbox qui me sert à réfléchir que je n'en reviens toujours pas d'être payé pour m'en servir), chercher la "truly-right answer" qui se cache souvent derrière la "almost-right answer". Un peu pour tout d'ailleurs. Par exemple...

Par exemple, si je vous demande qui est le premier à avoir bouclé un tour du monde, si vous êtes un peu cultivé (ce dont je ne doute pas un instant), vous me répondrez : Fernão de Magalhães. Un portugais exilé qui, pour avoir convaincu en 1518 le roi d'Espagne, Charles Quint, du projet fou de trouver le passage conduisant de de l'océan Atlantique à l'océan Indien, lanca en 1519 une expédition entreprenant un tour du monde d'est en ouest qui reviendra trois ans plus tard, disloquée, victorieuse. Oui, Magellan. Magellan, parti avec de fausses cartes qui force avec la même détermination le destion et le détroit qui porte son nom. Magellan, cherchant son chemin dans les cailloux de la Terre de feu, lançant chacun de ses navires dans une exploration comme à taton des canaux, passes et culs de sac en quête d'un passage dont personne ne pourrait jurer qu'il existe. Oui, mais.

Mais Magellan meurt dans l'archipel des Philippines, dans la nuit du 26 au 27 avril 1521, "dans une bataille stupide avec une horde de sauvage", comme le raconte Stefan Zweig. Alors ? Un capitaine ou un second devenu amiral par la force des choses et l'aide de trop nombreuses pertes et qui commande le Victoria et ses dix-huit hommes, un Victoria qui remonte seul le Guadalquivir vers Séville le 6 septembre 1521 ; le Victoria, plus petit navire d'une flotte qui comptait cinq cotres de 500 à 600 tonnes, partie le 10 août 1519, forte de deux cent soixante cinq hommes.

Alors non. Le premier homme a avoir croisé chacune des longitudes du globe, c'est Henrique, le fidèle esclave malais de Magellan, acheté en 1511 à Malacca. Henrique...

There is the "almost-right answer" and the "truly-right answer"...

[improbable collision entre une bd, un article sur Kevin Murphy (un type assez déroutant qui est, de l'avis de beaucoup, un authentique génie) et la lecture déjà un peu ancienne du Magellan de Stefan Zweig. Aussi du fait d'un silence un peu contraint - parce que j'aime mon métier, mais parfois...]

[crédit : Wikipedia (Ferdinand Magellan [en])]

03 novembre 2006

L'idiot

Non, ce billet ne prétend pas supplanter le chef d'oeuvre de Dostoïevski. En revanche, il semble que "se sentir idiot" soit un thème finalement récurrent (et effectivement inspirant) cette semaine (et dire que je me cassais le cul creusais la tête pour trouver des trucs à écrire...). La batana du jour, donc.

occuloprécédence : n. f. Situation récurrente caractéristique d'une fatigue avancée souvent accompagnée d'une désagréable impression de déjà vue. Se stresser pour quelque chose de sérieusement stressant mais de parfaitement inexistant.

par exemple : arriver Gare de Lyon un vendredi soir à 19h36 pour un train à 20h04 sans savoir bien quelle heure il est mais certain d'avoir ce qu'il faut de marge, sortir son billet, lire l'horaire du retour (19h27), ne pas se rendre compte qu'on tient le billet retour (et, partant, ne pas lire le pourtant très indicatif et plus rassurant : Genève - Cornavin / lundi 30 octobre), jeter un coup d'oeil angoissé au tableau d'affichage, constater l'absence d'un train pour Genève - Cornavin partant à 19h27, se rendre compte qu'il est 19h37, se dire que le week-end en Suisse (la trilogie Raclette - Mont Blanc - Lac) est tombé à l'eau (pas dans le Lac mais quand même avec des fers aux pieds*...), se dire que c'est vraiment trop con, commencer à se maudire, revérifier les billets, se rendre compte - enfin - que le billet aller annonce un horaire moins angoissant (Paris - Gare de Lyon / 20h04 / vendredi 27 octobre), souffler un bon coup et se dire que ce n'est pas du luxe de prendre un viaduc complet en semaine 44, une pile bien posée sur le mercredi 1er novembre**.

* référence subtile...

** Allez, avouez que vous croiriez presque que j'ai une majeure de génie civil à mon actif.

[contribution au projet Ubuntu (enfin, son pendant Batana pour être exact - pour une liste presqu'exhaustive des contributions, là) initié par Doc Thib, inspiré par un billet du même (laché en avant première en commentaire) et par un souvenir récent que j'avais gardé pour moi alors que bon, finalement, ça fait quand même un sujet de billet potable.]

02 novembre 2006

Jules, Robert, Charlotte et l'hôtesse du cinéma

Monsieur Jean n'est pas mort (enfin, à en juger par une introspection clinique récente, il semblerait que non). Ce n'est donc pas que monsieur Jean soit décédé (ou pas, nous disions donc...) mais bien plutôt qu'il n'a pas tellement eu le loisir de profiter d'une connexion adsl récemment. Pas même une petite connexion modem bas débit (56k, le supplice chinois* du web). Alors, je n'ai pas pu commettre le moindre petit billet.

En même temps, ça tombe bien. Vous avez échappé à une somme de choses très très pas intéressantes. Du tout. Une rupture (...). Un déménagement (sans lien avec la précédente mais assez en rapport avec le suivant). Un emménagement (très en lien avec le précédent, même si le sens de la causalité n'est pas habituel). Et aussi, en vrac, des films, des bd, des romans, des essais, un week-end avec quelques amis, des réveils horribles, des petits poèmes sans intéret, de minuscules coups de gueules et de pas tellement plus grandes joies intellectuelles, etc. (c'est quand même pratique, etc., comme résumé).

Donc, je vous épargne la relation par le menu de ces dernières semaines, relation qui, dans ce cas précis, n'aurait certaiment pas été aussi menue qu'il eu fallu pour éviter de vous les briser... menues (oui, je sais, ami lecteur, elle est assez nulle et, oui, aussi, je sais, amie lectrice, tu (pardon, j'ai l'impression que tout part en couilles sur ce ploug) vous n'en avez pas). Je vous épargne donc, parce que j'ai pas envie de vous perdre, vous, là, les trois derniers fidèles qui me lisez encore ou du moins montrer quelques velléités à me lire - puisque pour me lire, encore faudrait-il que j'écrivis écrivisse. Mais si je vous épargne le menu de la relation, il va falloir que je trouve quelque chose à écrire (quoique, à la réflexion, j'ai l'impression que ce n'est pas tellement nécessaire - d'avoir quelque chose à raconter pour écrire, il n'y a qu'à voir ce billet...).

Oui, enfin, bon, je vais quand même tenter un effort (remarquez la bonne volonté que je vous saurais gré de mettre à mon crédit**). Genre, vous raconter que tout à l'heure, au ciné, je me suis senti tout à fait idiot. Je vous explique (parce que, je sens que vous avez l'impression d'avoir raté un épisode (en même temps, avec tout ce que je ne vous raconte pas et mon silence paresseux - ne me dîtes pas que vous avez cru au coup de la connexion... - je comprendrais même que vous ayez l'impression qu'avoir raté une saison complète) [ah, oui, il doit en rester une à fermer]). Je vous explique donc. Mieux, je vous raconte (oui, juste pour toi, dernier des mohicans qui a survécu jusque là après que les deux autres ont déclaré forfait).

[intérieur, jour (enfin, jour, plus pour très longtemps vu que le soleil se couche plus tôt maintenant - mais toujours à l'Ouest, ça, ça n'a pas changé le week-end dernier)]

Intérieur de ciné, moquette genre rouge, au comptoir après trois minutes de queue (c'est quand même plus précis que [intérieur jour] mais en même temps, ça fait moins script) alors que la nuit commence à peine à tomber dehors (on s'en fout pour la suite du récit, mais comme j'ai écrit [intérieur jour], il faut bien que je précise - enfin, on s'en fout, mais ça compte quand même un peu... pour l'ambiance, genre, froid, sec, grand ciel bleu, premières écharpes, la fin d'après midi qui pince les joues et donne envie d'être amoureux). Comme je vais voir les grandes sorties de la semaine ce week-end avec des amis et que j'ai néanmoins une furieuse envie de ciné, je suis rentré. Avec une excuse facile - les grandes sorties. Du coup, à moi les comédies françaises que j'affectionne assez, mais en secret, parce que honnêtement, si je vous disais que je regarde volontiers une petite comédie genre Mensonges et trahisons ou... enfin, bref, une petite comédie française pas compliquée, donc, si je disais que je regarde volontiers ce genre d'oeuvre, je suis certain que mon image de bobo intello culturé en prendrait un sacré coup. Alors pour vous, comme pour moi, je me suis fabriqué mon excuse à laquelle personne, ni vous, ni moi, ne croira. Voila. Alors, j'étais un peu honteux dans cette queue, à me dire que mon excuse ne valait rien, lorsque le dos de devant à fait place à un pupitre avec derrière une hôtesse qui me regarde, genre "euh, là, c'est à toi de parler", comme ça, dans un seul regard un peu fatigué mais finalement amical, enfin, vaguement. J'esquisse un sourire, elle a bien droit à un sourire, après tout. Et puis, le sourire, ça fait toujours passer les pires excuses, même le coup des grandes sorties. Donc, je lui souris et je lui demande : "Prête-moi ta main, s'il vous plaît." C'est là que je me suis senti idiot. Je suis là, je souris, je la regarde et je lui demande "Prête-moi ta main" et là, alors que je me trouve déjà un peu idiot (je ne la connais pas, moi, cette hôtesse, alors, j'imagine que sa main, elle ne compte pas me la laisser ni pour la soirée, ni pour la vie - remarquez, moi, je ne suis pas... enfin bref, de toute manière, ça n'était pas du tout mon type de fille) et voilà, après avoir tout osé (même pas du courage ou de la témérité, juste de l'inconscience), je me ravise, je la vouvoie (comme vous) et je lui demande son avis. Non, vraiment, se sentir idiot...

Bon, sinon, le film (non, parce que Prête-moi ta main, c'est un film, n'allez pas croire non plus que je fais du gringue aux ouvreuses), il faut que je vous avoue, ça passe pas mal. Si je voulais encore tenter de donner le change, je vous dirais que ça parle de la relation fraternelle, comme Dans Paris, mais là, plutôt sous l'angle frère-soeurs que (petit) frère-(grand) frère. En même temps, sauver la face... après tout ce que je viens de vous raconter... bon, on se comprend. Et puisque tu es désormais l'ultime et l'unique lecteur de ce ploug, je te devais la vérité. La vérité vraie et nue, même si elle te semble un peu crue. Même si tu n'y crois pas. Oui, j'aime aussi les comédies, même françaises, même avec des histoires à tomber par terre, même (surtout ?) avec Charlotte Gainsbourg. Et puis, tu sais, j'avais déjà vu cette semaine The Queen et Flags of our Fathers (bien, d'un strict point de vue cinématographique, pas mal aussi, par ailleurs) et Ô Jérusalem (beaucoup moins bien, cinématographiquement parlant, intéressant, par ailleurs) que je ne chroniquerai pas (pure flemme, non, pardon, faute d'une connexion même très bas débit). Donc, Prête-moi ta main c'est une histoire que vous jugerez certainement un peu mièvre. Mais moi, j'ai bien aimé, c'était frais, drôle, léger... ça faisait du bien après... etc.

Ma coloc' et néanmoins petite soeur (oui, parce que je viens d'emménager avec ma - petite - soeur) vient de m'annoncer tout de go : "qu'est ce que tu veux, quand on a pas de Jules, on se console avec son Robert" avant de replonger le nez dans son exercice de français. Comme ça, sorti de nulle part. Je crois qu'une sentence aussi pleine de sagesse est toute indiquée pour terminer ce billet. On va donc s'arrêter là (en même temps, tout bien réfléchi, je prèfère Charlotte Gainsbourg ou même la fille du ciné au Jules de ma soeur ou à mon Robert).

* supplice chinois : vous savez, le goutte qui tombe doucement sur le haut du crâne, 20 secondes après que la précédente...

** crédit, débit, j'ai jamais été très très fort pour faire la différence tout de suite, un peu comme ma gauche et ma droite, toujours eu besoin d'y réfléchir à deux fois. Et de me rappeler que la main droite, c'est précisément celle qui a le pouce à gauche.

Et oui, comme ce billet est écrit depuis a far remote flat without any proper access to the internet, il n'y aura pas les liens imdb/allociné qui normalement accompagnent un billet correctement écrit... en plus, j'ai pas trop envie de me casser, là, ce soir.