Mlle B. est maudite (enfin, c'est ce qu'elle pense)
Et rien n'est plus faux, même si, parfois, les apparences sont contre elle.
Ça fait quelques temps qu'on que je lui offre des livres de cuisine (ça n'a rien à voir avec le fait que je l'ai adoptée comme cuisinière en chef dans mon nouveau chez moi1, hein ? merci les mauvaises langues de faire encore quelques tours dans les bouches malodorantes qui vous servent de tanière, vipères). Donc, je lui offre des livres de cuisine alors qu'au fond d'elle-même, elle rêve de concerts de Bénabar (ou autre, mais Bénabar, quand même, ce serait mieux qu'un bowling à la c...) ou de gants avec un revers rouge pourpre (oui, mais là, elle a trouvé toute seule, d'ailleurs, elle m'en a parlé tout un week-end) ou de toutes autres fringues luxueuses "class'" ou d'une après midi de soldes près de chez elle2 avec ma carte bleue. Mais les livres de cuisine, ma carte bleue, indubitablement, elle préfère (mes papilles aussi, il n'y a que la balance de la salle de bain pour trouver à y redire).
Or donc, la voilà qui ressort un livre que j'ai eu l'extrême bonté, obligeance, indélicatesse (rayez la mention inutile) de lui offrir à l'occasion de... enfin, un jour où il était de bon ton de lui faire un cadeau. Bref, épluchant l'index des recettes sucrées (oui, les recettes sucrées, c'est un truc qu'elle aime bien), elle tombe sur un moelleux au chocolat (étrangement, parmi les recettes sucrées, elle à un faible coupable pour les recettes au chocolat, enfin, je crois que c'est un symptôme normal de féminité, donc, pas d'inquiétude...). Page 117 à en croire le dit index. Direction page 117 où elle tombe nez à nez avec une terrine de courgette. Et là, Mlle B. se dit qu'elle est maudite, que même le bien nommé No stress cuisine lui fout une pression de malade pour un régime qui (à mon humble avis) n'est pas complètement primordial non plus (oui, parce que Mlle B. enfin, voilà - [accent corse] et tu ne dis pas de mal de ma soeur, sinon...[/accent corse]).
Mlle B. si tu me lis, on te répète : tout va bien... arrête de penser que, enfin, tu vois, quoi. Non, parce que la balance de la salle de bain s'inquiète un peu pour moi, mais toi, franchement, ça va.
1. voir aussi ndbp suivante.
2. voir aussi ndbp3 précédente.
3. note de bas de page, au cas où vous n'auriez pas compris les deux ndbp précédentes4.
4. oui, c'est pas très catholique orthodoxe, cette séries de ndbp récursive en plus, Tonfa va m'expliquer que ça risque de compromettre la bonne compilation ces appels répétés et inutiles5 (même si moi, je prends un maximum de garanties pour que mon lectorat comprenne un propos confus mais intéressant (rayez la mention inutile)).
5. oui, là, c'est pour le goût du risque ou du vice (ou les deux), mais certainement pas pour éclaircir un propos abscons mais passionnant (rayez la mention inutile) à l'aide d'un appareil critique et d'un travail d'annotation digne d'une thèse de littérature comparée ou de lexicographie (cher lecteur ou lectrice qui donnerait dans la lexicographie comparée, no offense, c'est juste à titre d'illustration (enfin, je me disais aussi que, malheureusement, dans ta thèse, il n'y en a pas beaucoup des illustrations, mais dans le contexte lexical de cet appareil critique, le substantif féminin (mais, vois-tu, le genre, ici, m'importe peu) illustration prend un sens conceptuel proche du figuré, tu comprends ? (ça, ça veut dire moi parler toi avec mots à toi)).
[disclaimer : pardon, pardon, c'est que des bêtises, faut pas m'en vouloir et non, je ne parle pas vraiment de toi, ma chère soeur, d'accord ?]
L'aversion au risque expliquée aux enfants
et aussi aux parents.
L'immense avantages des repas en famille (qui sont un mauvais moment à passer luxe rare quand on est un héros ordinaire & contemporain vachement pas très équilibré), c'est qu'on peut raconter des choses passionnantes comme expliquer à sa maman l'aversion au risque (oui, ça fait un sacré thème de discussion n'est ce pas la version pour le risque). Évidemment, lorsque l'explication est complètement parasitée par un PhD student en computer science qui raconte des trucs de calcul distribué et de compilation just on time que personne de comprend et qu'on se demande si lui-même, il comprend ce qu'il dit (en fait, si, il comprend, mais penser qu'il comprend pas, c'est vachement rassurant, ça fait croire qu'on est pas aussi idiot qu'on pourrait penser, remarquez, chers lecteurs, que lorsqu'on se prend une branlée historique essuie une défaite cinglante en jouant à Set avec sa petite soeur, ça confirme assez vite qu'on est franchement complètement décrépi du cerveau et, même à mon âge, ça fout un coup au moral - en plus, à mon âge, le moral, c'est primordial... au vôtre aussi, d'ailleurs, mais, je dis ça, je dis rien, hein ?), bref, Tonfa, ta gueule, comment tu veux que maman comprenne quelque chose à mes explications si tu... merci.
Donc l'aversion au risque, c'est plus simple à expliquer quand on ne parle pas de la concavité de l'utilité. Par exemple, tu vois, si je te donne 100€ (et comme ça tu me pardonneras d'avoir complètement pas eu le courage de chercher des cadeaux pour Noël, il y avait tellement de monde dans les magasins et j'avais tellement pas d'idées, voilà, c'est dit, désolé, je ferais mieux pour ton anniversaire si je n'oublie pas cette année aussi) de manière certaine, je suis sûr que tu préfères ça à je te donne en moyenne 100€ mais si j'ai de la chance tu n'as pas de chance, je ne te donne rien. Voilà. Et ça, ça veut dire que tu es averse au risque. Je te compense pour la variance et, euh, ben, la compensation, c'est un peu la prime de risque, tu vois ? Ça dépend de ton aversion et du risque et si je voulais te perdre tout à fait, je te reparlerais de la dérivée seconde de ton utilité qui donc est concave et non, maman, ce n'est pas une insulte. C'est clair ?
Maintenant, pour être très concret (oui, je sais, quand j'essaie d'être pédagogue en général, c'est pire) suppose que ce soit un jeu genre "Qui veut gagner des bonbons ?" oups... désolé, oui, bon, si t'as pas la télé et un certain sens de l'hygiène bucco-dentaire, tu vas pas comprendre... bon, alors disons que c'est un jeu où tu peux faire... bon, ben, non, supposons que tu joues à "Quitte ou double*", c'est plus adapté, en plus, c'est plus de ton époque et un poste à galène suffit à suivre quotidiennement cette émission d'anthologie, enfin, apparemment, elle n'est plus broadcastée (et tiens tu vois que quand on invente des verbes aujourd'hui c'est toujours des verbes du premier groupe, la preuve... comment ? on dit diffuser, bon, d'accord mais ça change rien, tu vois, c'est toujours un verbe du premier groupe) depuis juin 2006 (remarque personne n'a dit que c'est vraiment dommage). Bon, et voilà, on arrive à une question dure, imaginons qu'à présent, la probabilité de ta survie dans le jeu est un processus de Poisson, enfin, en première approximation... et là, tu te demandes ce qu'il faut faire, ben, ça dépend de... et... merde, Tonfa, ta gueule, j'arrive pas à expliquer si tu racontes que des conneries (et d'abord, écris un ploug, sérieux).
Cher lecteur, tu trouves ça très clair ? Rien que de très normal, ça s'appelle un dîner en famille, ça ne ressemble pas à grand chose, c'est proprement inracontable mais ça fait du bien...
* Crée par Zappy Max en 1950 sous le chapiteau de Radio Circus, passé par RMC, il était encore récemment diffusé par RTL, enfin, c'est ce qu'on lit sur l'internet qui ne raconte pas toujours que des conneries (suivez mon regard)...
[disclaimer : pardon, pardon, c'est que des bêtises, faut pas m'en vouloir et non, je ne parle pas vraiment de toi, ma chère maman, d'accord ? et oui, je viens dîner, c'est bon, j'arrive...]
Ce soir, au moins...
Domenikos Theotokopoulos, né en Crète en 1541, citoyen de la Sérénissime République, apprenti à Venise et étudiant à Rome, émigré à Madrid, arrivé à Tolède où il meurt, en avril 1615. Plus connu sous le sobriquet du Greco. Artiste oublié, redécouvert tardivement au début du XXème siècle.
Peintre de l'invisible, qui "donne l’impression d’avoir parcouru les chemins inconnus de l’esprit, dans des contrées où les hommes ne respirent pas un air ordinaire" (Somerset Maugham), on attribue parfois les formes et les couleurs si particulières qui signent sa peinture à des troubles de la vue. J'avoue que je me prends à le croire, tenant là une preuve que les handicaps des plus débilitants peuvent être transformés, si ce n'est dépassés et, parfois, transcendés.
Car, ce soir au moins, j'aimerais croire que les choses qui nous font mal peuvent trouver un sens ou qu'on peut en faire quelque chose de beau.
Ce soir, j'aimerais croire...

[crédit : El Greco, Adoration des mages, musée du Prado]
Les fils des rêves
J'étais dans le métro mais il n'y avait pas de rails. En revanche, il y avait des marches sur la voie. Et pas de conducteur. Pas de loge non plus. Mais ce n'était pas la ligne 14. Plutôt la 4, je dirais, ou la 6, entre Bel-Air et Picpus. Enfin, je n'en suis pas sûr, je prends rarement la 6 vers Picpus... Mais il y avait des marches sur la voie à la place des rails, ça j'en suis certain.
Et puis là, d'un coup, je me suis réveillé. Avant de me rendre compte que finalement, je pouvais encore dormir un peu, enfin, une bonne demi heure. Le temps de comprendre cette histoire de marches.
Mais voilà, tu as beau fermer les yeux très fort, reperdre conscience de la chambre, du lit, t'exiler loin des minuscules bruits de la vie et faire oublier à ton cerveau que tu as ouvert les yeux une fraction de seconde, il n'y a pas moyen.
T'es sorti du métro, tu ne rentreras pas avec le même ticket. Et de toute manière, la rame est repartie. Fallait pas descendre une station trop tôt.
On ne renoue jamais les fils des rêves.
Last In First Out
C'est une sorte de photo finish perpétuelle. Un instant qui durerait et durerait encore. Où la seconde suspendue aurait déformé, distendu l'espace, comme si la sortie du temps n'avait été consentie qu'au détriment des distances et des volumes.
Mes journées filent. Le véritable effort consiste à accepter de ne penser à rien. A considérer la pile comme un horizon absolu et à opter pour une stratégie Last In First Out qui devrait assurer la terminaison du processus dans un temps fini. Et renoncer à trouver un majorant du temps d'arrêt.
Oublier que derrière cette urgence, il s'en cache une autre à peine plus ancienne. Rester concentré sur ma feuille de papier, le crayon alerte. Fixer toute son attention sur l'exposition de... ou la démonstration du... Expliquer, vite, bien. Comprendre, bien, vite. Réflechir. Border un raisonnement. Ecrire encore. Et basculer vers le fil, libération qui permet tous les déséquilibres.
Une sorte de photo finish. Un suspens, un sursis, plutôt. Figé à 1/4000s pour arrêter ce qui devrait être une chute.
[photo : finale du 100m, Jeux Olympiques de 1948, Londres - de gauche à droite : Emmanuel McDonald Bailey (Royaume-Uni, 6ème), Mel Patton (Etats-Unis, 5ème), Alastair McCorquodale (Royaume-Uni, 4ème), Lloyd La Beach (Panama, 3ème), Barney Ewell (Etats-Unis, 2ème) et Harrison Dillard (Etats-Unis, 1er) / crédit : Hulton/Getty Archive via BBC]
La mort annoncée de Mme Cray-Mayer
Ce soir, dans un endroit public (mais pas trop), on pendra haut et court Ella Cray-Mayer.
Alors que l'opinion publique est encore retournée par l'arrêt de la chambre criminelle du 14 décembre 2006, affaire n°05-82.943, arrêt n°5813 (dont nous sommes gré à Maître Eolas de nous en faire une exégèse utile pour saisir un peu de quoi il en retourne avant de (ou de ne pas) rejoindre la foule des imprécateurs et autres pleureuses publiques), il semble que cette exécution capitale ne soulèvera pas la moindre indignation.
Et pourtant... Pourtant, la pauvre n'est coupable de rien. Néanmoins, les charges avancées contre elle ont été retenues. Par un jury qui dormait pendant la plaidoirie pourtant très émouvante de son avocat - ben oui, la machine à café était en panne. Bon, j'en conviens, je suis un piètre chroniqueur judiciaire.
Si j'étais un blogger blogueur enfin, un type sérieux et lu qui fait avancer le débat dans ses billets, 5ème pouvoir en formation, j'argumenterais longuement et intelligemment sur le sens d'une telle condamnation, ses ressorts obscurs et les conclusions à en tirer à 126 jours d'une échéance électorale majeure.
Si ce blog avait pour but de crier à la face du monde la révolte microscopique un peu absurde du type qui découvre tous les jours que la vie est injuste, le monde dangereux (et les statistiques officielles un mensonge), je dirais que la vie est injuste, que le monde est dangereux (et aussi que les statistiques officielles sont un vaste mensonge).
Mais comme ce ploug n'a d'autre but que de raconter (presque) n'importe quoi, je n'ajouterai rien. Rien de plus que ce soir, on pendra haut et court Ella Cray-Mayer, sans regret en fait. Et que j'écris ce billet d'une main pendant que de l'autre, ça tartouille une quiche ou un cake. Et puis qu'on en mettra une dernière ce soir et que je m'assiérai, avant qu'ils n'arrivent, un verre à la main, au fond d'un fauteuil, le coeur un peu serré, en espérant que cette pendaison soit un succès. Et qu'à l'avenir, il reste une sorte de bon souvenir, de cette soirée. Sinon, Ella aura été exécutée pour rien, en fait. Et ça, pour le coup, ce serait scandaleux.
You know what?
Si... c'est pas fou ? Ah... ça fait du bien.
Bon, le mauvais côté de la chose, c'est que je n'ai plus d'excuses...
Monsieur Jean fait son cinéma
Voilà, monsieur Jean avait sa BD, à présent il fait son cinéma. Parfaitement, son cinéma.
Vous aviez connu le monsieur Jean mondain, escortant les étoiles montantes du cinéma français à leurs avant avant premières. Vous vous souvenez de monsieur Jean montant les marches à Cannes avec Sofia et Kirsten. Enfin, vous vous souvenez... vous vous imaginez, quoi. D'ailleurs, pour certain, vous imaginez depuis trop longtemps à quoi je ressemble, au point de me fantasmer genre blond, 1,75m.
Et bien cessez d'imaginer et aller voir. Hors de prix [fr]. Monsieur Jean, presque aussi vrai que nature. Parfois même plus.
[On a failli titrer "Les vacances de monsieur Jean", mais à la réflexion, vacances, c'était pas trop dans l'actualité.]
[Et oui, bon, d'accord, c'est un peu court mais le blind blogging ça facilite pas le long billet avec presque une trace d'humour dedans, si vous n'êtes pas content, je vous donne les coordonnées du support réseau corporate (enfin, façon de parler) et/ou de mon fournisseur d'accès qui en ce moment ne fournit pas grand chose.]
Philosophie du matin
[le blind blogging, c'est quand même très étrange...]
Entendu ce matin :
Monsieur Jean (la brosse à dent dans le bec, la tête dégoulinante passée par la porte de la salle de bain) Le paradis, c'est le bordel...
Mlle B (sur le départ, déjà) Euh, le bordel comment ? le bordel bordel ou le bordel bazar ?
Ah, j'aime bien la profondeur des conversations du matin, les interrogations métaphysiques encore brumeuses mais néanmoins, euh... intéressantes.
Muselé...
Et voilà... c'était prévisible. ILS avaient réussi à me priver de connexion internet chez moi et ILS n'allaient pas s'arrêter là. Depuis vendredi, c'est fait... ILS m'ont enfermé encore un peu plus. Baîllonné. Muselé. Jusqu'ici, où je cepiait rapidement mes brouillons pour les mettre en ligne. Résistance insignifiante contre le sort funeste. Mais c'était dejà trop. ILS ont supprimé jusqu'à cette possibilité. Et me voilà condamné à tenter de publier par mail. Niveau zéro de l'écriture, empêchant la relecture, l'édition furtive (une espace mal placée, une approximation orthographique ou grammaticale à camoufler rapidement avant que mon crédit de s'épuise, une phrase à transformer - rythme bancale, idée pas claire). Publier par mail... pas tout à fait muselé donc, mais sérieusement entravé. Quant à répondre à vos commentaires. M'en voudrez pas, mais... hein... non, sincèrement, désolé. Enfin, ILS n'auront pas le dernier mot. Alors... suite au prochain épisode ?
[Suite au prochain épisode... cette manière de feuilletonniste pas certain de bien savoir ce que son héros doit vivre dans les quelques planches ou colonnes à paraître la semaine prochaine... cette manière de mettre en suspens une mise en scène - cette manière surtout de faire patienter alors qu'il n'y a encore rien d'autre que rien - bon, et alors, oui, cette note, c'est pour vous... parce que moi, contraint et forcé, me voilà réduit au silence, en attendant - remarquez, ça me fera peut-être du bien, de me taire et à vous aussi, peut-être, aussi, que je me taise...]
J'ai oublié de vous dire...
Je ne me souviens jamais comment ça s'écrit. Alzh... ahlz... alzeih...
[en direct d'une réunion dont je ne vous dirais pas grand chose de plus - et pas seulement parce que j'ai tout oublié...]
Comment être pédant - 2
[suite de la série... et cette fois, un exercice]
La situation est simple. Presque désespérée. Vos commensaux s'avachissent dans leurs fauteuils, se répandent sur un sujet ardu, étalent leur science ou leur culture. Vous êtes perdu dans la conversation, noyé sous des citations érudites (latines, le plus souvent, approximatives, encore plus fréquemment) et des références compliquées (voire franchement abstruses genre, les canons de la poésie slave et l'influence conjuguée sur cette dernière de la poétique japonaise et de la pensée perse, avec en toile de fond une rivalité mimétique par rapport à la littérature tchétchène, analysés* par les lexicographes structuralistes de l'école de Yale). Bref, l'heure est grave : vous passez un sale quart d'heure. Une seule issue s'offre à vous pour vous rétablir : une séquence name dropping.
Le secret d'une bonne séquence name dropping c'est le mariage réussi d'un peu de mystère, d'un ton assuré et très sûr de lui et de beaucoup de bluff.
Le mystère, c'est votre capacité à mettre en scène ce qu'il faut de détails et d'approximations pour construire votre décor sur la base d'éléments factuels et du produit de l'imagination de vos interlocuteurs savamment dirigée par vos soins. Le name dropping sans une petite contextualisation préalable, c'est comme un gateau pas cuit, c'est indigeste sur le moment et ça vous passe l'envie de regoûter les prodiges culinaires de la cuisinière (enfin, sans sexisme aucun, du cuisinier, plutôt, parce que, personnellement, le dernier gateau immangeable que j'ai "dégusté", c'était l'oeuvre commune et inventive de deux cuisiniers - dont un que vous connaissez bien, si vous voyez ce que je veux dire**). Bref, racontez (un peu) et surtout suggérez (beaucoup). Par exemple, dîtes "Tiens, hier j'étais à Matignon***" (ou plus élaboré "Tiens, hier, rue de Varenne" - voir aussi section suivante). Restez en là, si votre interlocuteur connaît, il n'est pas nécessaire que vous précisiez, s'il ne connaît pas, laissez le fantasmer sur ces endroits qui lui sont fermés. Evidemment, la contextualisation (et le mystère qui va de pair) ne sont pas seulement géographique... (Si vous ne voyez pas ce que je veux dire, je vous laisse imaginer !)
Le ton assuré est un ingrédient essentiel. Par exemple (oui, je procède de manière presque pédagogique en commençant par un exemple), si vous optez pour le prénom dropping, il convient que vous fassiez comprendre à vos interlocuteurs que s'ils ne savent pas qui est Machin (Dominique, dans l'exemple précédent), ce sont vraiment des gros nazes would be ou des has been mais en aucun cas des gens qui comptent. A la limite (mais vraiment l'extrème limite), précisez d'un ton agacé en fixant celui d'entre eux qui vous fait le plus l'effet d'être une carpe, mieux, une tanche sortie de l'eau et qui vous regarde bêtement d'un air interrogatif avec des yeux qui implorent "Mais c'est qui, Machin ? on parle de qui que je connais pas ?", en un mot "On parle de quoi, là ? (ne pas confondre avec le même air stupide qui préciserai "on parle de koala", ça peut être la même personne mais ça n'appelle pas la même réponse) précisez donc, éventuellement (mais pas eventually, hein ?), d'un ton sans appel mais néanmoins compatissant (c'est vachement plus humiliant) "Mais enfin, Machin Bidule, évidemment". Bon, vous avez compris. (C'est là que vous vous rendez compte que je suis un très mauvais prof, parce que, même si vous n'avez pas compris, je ne développerai pas l'idée générale, à vous de vous débrouiller avec mon exemple à deux balles).
Enfin, le bluff, évidemment, parce que ce qui compte dans le name dropping c'est d'accréditer l'idée que vous en êtes (des ces gens qui comptent ou du moins peuvent compter) et les connaissez (les gens qui comptent vraiment) voire les tutoyez (là, vous comptez d'autant plus que vous aussi, on vous compte****). L'important, c'est pas que ce soit vrai (ou pas, d'ailleurs), mais que le doute s'installe. Et le doute, c'est le début d'un bon gros mensonge. Ce qui, à terme vous installera dans la sous catégorie du pédant menteur (bien plus remplie que celle du pédant érudit à qui l'on pardonnerait presque de ne pas se rendre compte qu'il est pédant... à moins que ce ne soit évident que c'est très très conscient auquel cas on a affaire à un maître pédant, sujet d'une prochaine leçon).
* C'est plus sûr de mettre un pluriel à ce stade - je ne sais plus vraiment de quoi je parle (des canons slaves - enfin, c'est pas trop mon type, les beautés froides de l'Est et autres bon baisers de Russie - de la poésie, de la poétique, des influences ou de tout ça en même temps).
** Je ne peux pas dire "Suivez mon regard" parce qu'au mieux je fixerai mes pieds et qu'en plus j'avais essayé de le faire avec autre chose que mes pieds - ce que les gens qui ont eu le privilège de le goûter n'ont pas voulu croire.
*** Bon, c'est un exemple comme ça, après ça je compte sur vous pour adapter. Parce que Matignon, ça parle pas à tout le monde, pour d'autres, on parlera plus volontiers de l'avenue Montaigne, du Meurice, de chez Van Cleef ou Chaumet ou que sais-je encore...
**** Allez, s'il te plait, dit-moi que tu as saisi ce jeu de mots idiot... merci... oui, ben, pour la peine, je te fais la leçon gratis, tiens.
[et l'exercice, alors, me direz-vous, et bien je vous invite à lâcher un prénom au hasard, mettons Nicolas (oui, parce que c'est la saint Nicolas aujourd'hui) dans un dîner, lorsque vous y parviendrez en réussissant à raconter n'importe quoi à propos de Nicolas et que tout le monde croie que vous parlez de M. Hulot ou de M. Cage ou de M. Anelka ou qui sais-je encore, vuos aurez le droit de passer à la troisième leçon : comment devenir docteur es pédanterie ?]
[message personnel : moi, j'aime bien les parenthèses, et les crochets aussi, même s'ils sont un peu plus obtus.]
Je ne fais rien
que vous instructionner. Zavez toujours eu du mal à poser vos multiplications ? Voilà une méthode simple et fascinante (oui, enfin, fascinante, on se comprend...).
[via Greg Mankiw]
Le coin du voile...
Allez, une fois n'est pas coutume, je lèverai un coin du voile. Oh, un coin seulement. Je ne vous dirai pas ce que je fais de mes journées (les soirées, c'est une autre question et parfois un sujet par ici, les nuits c'est très indiscret et les matins, c'est évident : mon oreiller et moi entretenons une relation fusionnelle, surtout lorsque mon réveil tente de nous séparer) mais comment j'aspire à les vivre. Comme disait Alfred Marshall (un type bien, et pas seulement pour avoir donné son nom à la bibliothèque de la faculté d'économie de l'université de Cambridge), with "cool head but warm heart".
Ben, voilà. C'est pas la peine de rester là à en attendre plus, c'était juste un billet pour moi (histoire de garder une petite trace de la citation du dit Alfred - qui est vraiment un type bien, mais à présent, vous en êtes très convaincus, s'pas ?).