Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

31 octobre 2005

L'heure de se cultiver

A l'heure où l'automne semble s'être bien installé (après un mémorable petit-déjeuner dehors en fin de matinée, la pluie est tombée sans discontinuer aujourd'hui, la météo semble être revenue à un cours plus normal), on redécouvre les plaisirs oubliés de saison (outre les feulles mortes) : un feu de cheminée, lire en écoutant la pluie ou, autre plaisir rare, trainer dans la bibliothèque familiale en quête d'une perle encore inédite.

Et cette après-midi (je dirais à présent, un après-midi de travail mais une douce après-midi ensoleillée), je suis tombé sur une authentique perle : le Vocabulaire de la dissertation de M. le professeur Henri Bénac, agrégé des Lettres, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure - dédicace à Tonfa & E - et professeur au lycée Marcellin-Berthelot, à l'usage des classes de première et de philosophie (si l'on en croit la couverture, car si l'on s'en réfère à la page de garde, cet excellent petit manuel est aussi destiné aux élèves de la classe de seconde). Il s'agit d'un abrégé de 1949, édition augmentée d'un appendice et d'un index qui en 186 pages présente l'ensemble du vocabulaire nécessaire à la rédaction d'une dissertation digne de ce nom. Cet ouvrage* est une véritable mine d'information qui m'a notamment permis d'apprendre ce qu'était une édition elzévirienne.

Mais j'y ai surtout trouvé l'occasion d'une mise au point sur le ton et la substance de certains de mes billets. Ainsi, on peut y lire :

Ironie (en grec, action d'interroger en feignant l'ignorance) : §1 (Ant.) Ironie socratique : question posée en feignant l'ignorance de façon à amener son interlocuteur à énoncer une proposition absurde qu'il devra rectifier. §2 (au sens moderne) Figure de réthorique qui consiste à donner pour vraie et sérieuse une proposition manifestement fausse de façon que l'auditeur, en saisissantle désaccord entre la proposition qu'on énonce et la vérité, soit amené à comprendre qu'il y a chez ceux qui prétendent vraie la proposition, soit de la sottise, ce qui provoque sa raillerie, soit de la mauvaise foi, ce qui provoque son idingnation ; sur les différences avec l'humour, cf. ce mot ; ex. Montesquieu [à propos de l'esclavage des nègres] : " On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un maître très sage, ait mis une âme, surtout une bonne âme, dans un corps tout noir. "

Comme il ne vous aura pas échappé, cher lecteur, que monsieur Jean pratique parfois l'ironie (dans son acception moderne avec, certes, beaucoup moins de brio que M. de Montesquieu), il me revient de préciser que mon propos n'est pas de faire naître chez mon lecteur la raillerie ni l'indignation. Je renvoie donc volontiers à l'entrée "humour" de cet excellent opuscule pour préciser mes intentions :

Humour (anglais humour, fait sur le français humeur au sens vieilli d'enjouement) : L'humour consiste à dire d'un air sérieux des choses que l'on met sous une forme absurde ou ridicule. Il diffère de l'ironie en ce sens qu'il est un état d'esprit et non une figure de réthorique, qu'il suppose toujours l'impassibilité et admet souvent une absurdité gratuite qui ne cherche pas à persuader de la fausseté de telle ou telle idée précise mais à créer un doute sur l'apparence logique du monde : ex. les oeuvres de l'Américain Mark Twain (1835-1910).

Voilà qui, vous en conviendrez, éclaire de façon claire et précise l'objet de mon propos : je me prends parfois à "créer un doute sur l'apparence de logique du monde". Malheureusement, il manque à ma culture classique la maîtrise des "oeuvres de l'Américain Mark Twain (1835-1910)" pour être absolument certain que parmi les billets publiés ici, certains peuvent être considérés comme relevant de la catégorie "humour" (d'autres relèvent plus nettement de la catégorie "humeur" entendue dans un sens plus contemporain). Et le désormais célèbre Vocabulaire de la dissertation**, de M. Henri Bénac***, est ici pris en défaut... après plus amples recherches, il apparaît que le célèbre romancier américain n'a pas sa place dans le petit vade-mecum pour la dissertation à l'usage de l'élève des classes de seconde, première et philosophie. Je vous laisse, cher lecteur, le soin de vous cultiver plus avant.

Bonne recherche donc, et à bientôt pour de nouvelles aventures culturelles.


*
Ouvrage dont ce n'est pas ici, contrairement aux apparences, la première mention sur internet, le livre étant disponible, non seulement sur chapitre.com, mais aussi amazon, ou alapage et quelques autres encore.

** Opuscule dont je me flatte, faute d'avoir été le premier à le mentionner sur internet, d'avoir été le premier à en présenter quelques extraits en ligne sur un blog.

*** Dont on rapellera qu'il était donc, à la date de la publication,
agrégé des Lettres, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure et professeur au lycée Marcellin-Berthelot ; par la suite, ce brillant agrégé a poursuivi une carrière relativement réussie, si l'on en juge par sa bibliographie : outre la postérité du Vocabulaire de la dissertation (devenu par la suite Vocabulaire de la dissertation et des études littéraires, puis simplement Vocabulaire des études littéraires, mais sans cesse réédité), on note un Guide des idées littéraires, un Dictionnaire des synonymes (le "Bénac"), des textes établis, annotés et/ou présentés ainsi que quelques collaborations en orthographe et en conjugaison (dont un Dictionnaire d'orthographe et des difficultés du français et une autre avec Odette et Edouard Bled - du petit livre rouge éponyme).

Petit-déjeuner au soleil

Off, loin de Paris, pour quelques jours (à partir de deux, on peut utiliser le pluriel).

Et ce matin, le rêve... un petit-déjeuner au saut du lit, dehors, au soleil. Un 31 octobre. Juste pour ça, ça valait le coup de descendre quelques jours en Bourgogne pour ce petit week-end familial.

29 octobre 2005

Premières feuilles

Dernière après-midi d'été... en français, le genre d'"après-midi" est indifféremment masculin ou féminin. Aujourd'hui, il me semble que l'après-midi se conjuguait au féminin : chaud, doux, langoureux... encore un peu de la chaleur de l'été, un soir qui se couche, certes plus tôt qu'en juillet, mais tout aussi paresseusement qu'en aout ou début septembre. Et comme une atmosphère... plus tout à fait summertime, mais pas encore vraiment la saison des pavés humides, des gens pressés, des courses. Le business as usual des parisiens comme suspendu, pour quelques heures encore.

Et pourtant, pourtant, ce soir, les premières feuilles de l'automne. Oh, certes, pas tout à fait les premières, mais les premières que l'on remarque, par hasard, en retrouvant un bruit familier... le pied qui joue involontairement avec les feuilles sur le trottoir. Un petit bruit oublié, depuis presqu'un an. Et moi, de retrouver le plaisir de marcher dans les feuilles. Plaisir enfantin et tellement ephémère... dont on profite quelques jours, avant que la pluie de transforme les feuilles en une vraie patinoire ou, plus sûrement (dans tous les sens du terme), que les balayeurs ne nettoyent les trottoires.

En parlant des balayeurs, je veux dire, les vrais, ceux-qui balayaient les feuilles de mon enfance (comme dans l'histoire de ce balayeur qui trouve un gant et qui le met sur son balaie... si, j'en suis sûr, dans la collection Père castor chez Flammarion), je crois qu'ils ont disparu... Comme les sous-pulls horribles qui grattaient, les cagoules marron, orange, bleu ou vert tellement années 80. Comme les plaques d'immatriculation en noir et blanc, avec deux lettres seulement pour le département de la Seine. Heureusement, il reste encore les petits lapins sur les portières du métro, pour me rappeler que j'ai vraiment été enfant.

Salles obscures

Les deux dernières en date... cette fois-ci, je crois que je vais faire un petit effort pour sortir deux vraies (toutes) petites chroniques.

La (l'une des) seule(s) question(s) qui vaille(ent), après un film, un roman, une expo... ou, disons, plus génériquement, en face d'une oeuvre d'art, ce serait : qu'y a-t-il d'universel dans cette oeuvre ? qu'y a-t-il qui me parle de l'homme, de mon, de notre humanité ?

Et le propre d'une véritable oeuvre d'art, c'est peut-être de nous laisser perplexe, avec la certitude que nous venons de voir quelque chose d'universel, sans toutefois bien comprendre encore où se trouve l'universel dans le particulier.

C'est ce qui me vient à l'esprit en pensant aux deux films que je viens de voir ces derniers jours. a la fois étonnement universels et tout à fait particuliers.

L'enfant (réal. Jean-Pierre et Luc Dardenne)

Rien n'est glamour chez les frères Dardenne, pas même la manière de filmer. Un décor de terrils et de friches industrielles, plus évoqués, suggérés et, finalement, devinés que vraiment montrés. Des personnages toujours trop vrais, englués dans le réel. Une histoire glauque et jamais poétique (oui, je crois qu'on peut le dire... a contrario, certaines histoires sont glauques mais poétiques, e.g. I am Sam ou ***). Et pourtant, il en reste quelque chose de tout à fait indéfinissable et, je crois, universel.

Oliver Twist (réal. Roman Polansky)

Où l'Angleterre victorienne de Charles Dickens (England rules) sert de décor à la comédie humaine éternelle. Je n'ai pas lu Dickens (je n'ai lu aucun de mes classiques... et hereusement que mes amis s'emploient à combler cette terrible lacune, merci, même s'il reste beaucoup à faire), mais je crois que Polansky n'a pas démérité : le film est à la hauteur du chef d'oeuvre. Sans le trahir : il ne s'essaie pas à la reconstitution historique, ne tombe pas dans le mélo, n'en fais pas trop, etc. Finalement, Polansky a trouvé le ton juste pour une adaptation : raconter l'histoire et ne faire qu'évoquer ce que l'auteur a voulu, à dessein, laisser en arrière plan de son récit.

28 octobre 2005

Une dédicace spéciale à quelques amies concernées...

You cannot have a baby in one month by getting nine women pregnant.

Bon, oui, d'accord... mais je n'ai pas pu résister !

Salles obscures

Décidément, semaine prolifique... contrepoint de journées un peu remplies, dont il n'y a pourtant pas grand'chose à raconter (lecture, coup de fils avec mes coauteurs actuels et futurs, lecture, tripatouillage de données, lecture, préparation de cours, lecture, monitoring de stagiaire, lecture, retripatouillage de données - refus devant l'obstacle, lecture, rédaction de note, lecture et barbecue de neurones, etc.).

Caché (réal. Michael Haneke)

C'est une histoire très psychologique et plutôt bien jouée dont on se prend à espérer que... et bien, comment dire, euh... que le réalisateur n'ai juste pas oublié que les histoires ont, généralement une fin, ce qui fait une bonne partie de leur intéret.

Rétrospectivement, cette (légère) lacune était assez prévisible : le film, a priori prometteur, commence à partir dans le décor assez vite. C'est un peu comme un puzzle dont on détaille chacune de pièces (l'animateur d'émission littéraire, sa femme éditrice, le pré-ado qui flippe que ses parents se séparent, le fils qui ne sait pas quoi dire à sa mère - une scène dure, pathétique et tellement crédible - le malaise psychanalitique de deux êtres blessés, la violence de la culpabilité, les relations amicales sur le fil du rasoir qui flirtent avec le point de non-retour, la vie dans une maison de la citée de fleurs, les murs de livres, les dîners d'amis, etc.) pour finalement s'apercevoir qu'elles n'ont pas grand'chose en commun. Dommage.

Ah, si, un autre bémol : la diction. Parfois, c'est presque touchant cette manière de dire son texte (notamment Denis Polyades, qu'au demeurant, j'aime bien ou encore Daniel Auteil, idem, qui, lui, dit parfois son texte à une Juliette Binoche, idem, qui, elle, ne le sait pas vraiment et improvise sans vraiment convaincre).

Bon, soit j'ai pas compris et c'est bien dommage, soit j'ai compris et c'est aussi bien dommage.

27 octobre 2005

Random thought

Avez-vous jamais pensé...

que chacun des atomes qui nous entourent, qui nous constituent a été produit dans le coeur d'une étoile il y a des milliards d'années. Poussières d'étoile.

26 octobre 2005

Salles obscures

Les noces funèbres de Tim Burton (Tim Burton's Corpse Bride, réal. Tim Burton)

Une autre plongée dans l'univers onirique de Tim Burton. Même en dessin, on reconnait les traits caractéritiques des personnages (visages sans rides, lisses, figurés plus que montrés) et le cours d'une histoire dont on ne sait pas séparer la tendresse de la tristesse, d'un récit où alternent sans cesse (voire en même temps) l'humour et les passages noirs et durs des contes. Beau, fascinant, dérangeant. Inclassable, du Tim Burton en quelque sorte.

25 octobre 2005

Pensée...

Une nouvelle série... aucune raison à ce post, juste le plaisir de partager une pensée un peu profonde rencontrée par aujourd'hui.
Ce soir, le magnifique aphorisme d'Augustin

Ama et fact quo vis / Aime et fais ce que tu veux

On Air

Dans les bacs et dans le casque en ce moment...

La BO de Garden State ; la redécouverte de Savage Garden (toute une époque, souvenez-vous, Truly, Madly, Deeply) ; pas mal de Nu Jazz/Down Tempo et les BO de Wong Kar-wai (In the Mood for Love, 2046).

Et puis les oeuvres chorales de Poulenc, pour des raisons euh... familiales.

24 octobre 2005

Salles obscures

Ce week-end (je rattrape...)

La maison de Nina (réal. Richard Dembo)

Un film assez beau sur les orphelins juifs et les enfants rescapés des camps. Entre Talmud et sonnerie aux morts, avec la Shoah, comme en filigrane.

Parrains (réal. Frédéric Forestier)

Le dernier film de Jacques Villeret. Bon, ben, ça n'était pas le meilleur. Et la pirouette finale en fait plutôt un vague remake d'Ocean's eleven (ça, c'est une référence !) qu'un chef d'oeuvre du genre. Pourquoi, à part les toujours mythiques "tontons flingueurs", les films français de truands font toujours très petits bras ? Cher lecteur, nous te promettons une réponse intelligente et argumentée ; dès qu'on en aura trouvé une !

Et encore, à voir avant mercredi prochain : Les noces funèbres de Tim Burton (Tim Burton), Oliver Twist (Roman Polanski) et surtout L'enfant (Jean-Perre et Luc Dardenne).

23 octobre 2005

Vivre, sans en avoir l'air

A l'issue d'un long silence de quelques semaines, me voici de retour chers lecteurs impatients qui m'avez discrètement guetté comme on attend le retour d'un ami dont ne sais plus très bien, après un très long voyage, s'il revient la semaine prochaine, ou celle d'après ou s'il est déjà revenu la semaine dernière... mais qu'on n'ose pas déranger en s'imaginant que...

Il n'y a pas grand'chose à imaginer en l'occurence.

Monsieur Jean, fort de son été parisien, s'en est allé prendre quelques couleurs entre les vignobles et les dunes. Puis, bronzé et reposé, monsieur Jean a repris le collier. Et constaté que les vacances fin septembre sont un luxe rare : le teint halé début octobre fait quelques jaloux et de nombreuses admiratrices (ah, les admiratrices de monsieur Jean, un roman...). Mais le luxe se paie, et cher : le retour fut un peu rude (ah, les retours un peu rudes de monsieur Jean...).

Bref, quelques semaines plus tard, un week-end sur les bords du lac de Genève (merci AF) avec quelques amis sympathiques, quelques bonnes journées à griller du neurone, un certain stakhanovisme et quelques soucis technologiques, il est temps de vous le prouver : fidèle à sa devise, monsieur Jean vit (heureux) sans en avoir l'air.

Et en prime, une série de petits posts restés inachevés jusqu'à ce soir...

So

Ce matin, je présentais quelques semaines de travail en séminaire (non, un autre, en français... je vois que vous suivez !). La production de mes journées à La Défense. Depuis le mois de mars, on y a réfléchi, en anglais parce que mon co-auteur est italien et que le français, c'est moyen pas son truc. Et puis aussi parce que, finalement, on réfléchit bien en anglais.

Mais dans ce séminaire, on présente en français ; alors, malgré un papier en anglais, malgré des slides (oups, transparents... en même temps, je ne sais pas comment appeler ça... plutôt une jolie présentation beamer ?) en anglais, monsieur Jean allait devoir tenir son auditoire hors d'haleine dans la langue de Molière (oui, c'est plus simple pour moi de faire du Molière que du Racine, en encore, Molière... Dumas, oui, plutôt Dumas : une auberge espagnole où tout le monde a contribué, sauf le principal interessé). Et c'est dur de tenir un auditoire hors d'haleine avec un sujet comme ça... Alors monsieur Jean a mis plein de jolies images dans sa présentation et il s'est bien appliqué ; tellement qu'il n'a pas beaucoup dormi la nuit d'avant. Et puis voilà, là il faut y aller.

Monsieur Jean se lance, premier transparent, petit mot d'explication sur le pourquoi du commment des tours de la Défense, petit signe de la main à son co-auteur qui passe au transparent suivant. Monsieur Jean inspire un grand coup, pivote sur les talons pour jeter un coup d'oeil à l'écran et... "So..." voilà, c'est parti, j'ai a peine commencé que je viens de déclencher un bel éclat de rire. Un peu confus, je me dis que ça va être dur... six mois que j'y pense en anglais mais là, là, il va vraiment falloir parler français. Well, let's go.

Bon finalement, ça s'est passé... mais c'est une autre histoire. Si vous vouliez tout savoir sur euh... un truc de comparaison internationale et de comptabilité nationale et (un tout petit peu) d'économie, il fallait être là.

Salles obscures

Par intermittence...

Ma vie en l'air (réal. )

Bon, en même temps, de temps à autre. Il reste que l'avion aura été un thème très utilisé cette année.

Paradize now (réal. )

Sans commentaires... très juste et juste brillant. Comment devient-on kamikaze à Jenine ? Une mort absurde reflet d'une vie absurde et apparemment sans issue.

Wallace & Gromit, the Curse of the Wererabbit (réal. Nick Park, Steve Box)

Improbable histoire du concours de légumes géants de Lady Tottington, du lapin-garou et d'un amour passion ; so british. Drôle et méticuleux. Faire attention aux empreintes digitales dans les gros plans.

Je ne suis pas là pour être aimé (réal. Stéphane Brizé)

Après Shall We Dance?, une autre histoire improbable de quinquagénaire qui découvre la danse. Une narration très psychologique bien servie par le jeu de acteurs.

Goal (réal. Danny Cannon)

Ca n'est pas du tout le sujet du film, mais quelques beaux plans de vagues sur la côte. Une belle photo. Une histoire avec ses qualités et les défauts de ses qualités.

Présentations

J'ai entendu, un jour, une jeune économiste (américaine) qui prétendait que les économistes, c'était sympa dans les dîners : ils parlent de choses amusantes parfois (genre que l'obésité chez les noirs américains aurait - assez directement - à voir avec les conditions de transports des escalves africains au XVIIème... si vous voulez savoir, je vous laisse m'inviter à dîner :) ), et puis de choses plus sérieuses aussi (genre : "alors, c'est trop cher les appartements à Paris/Londres/New-York ?" - ça dépend où on dîne ce soir là) et puis à un moment, ça peut aussi tomber dans le vraiment n'importe quoi (dans mon cas, quand je commence à raconter que les camions sur l'autoroute me fascinent). Juste une condition, ne pas dépasser un tiers de des commensaux en proportion. Ca doit être pour ça que je me sens souvent très seul dans les dîners : les amis qui m'invitent connaissent aussi la règle fatidique du tiers et on est rarement plus de six à table (ou vautrés dans les cousins du salon oriental de M&R). Mais aussi parce que finalement, personne ne sais à quoi ça sert un économiste (comme si ça servait à quelque chose... et un prof, ça sert à quoi, hein, je vous le demande ?).

Bref, les dîners, de ce point de vue la, c'est souvent une bonne occasion de se sentir seul.

En général, ça commence dès les présentations, ce qui dans mon cas donne après déclinaison de mon état-civil :
- Je suis économiste...
et qui appelle un tas de questions/réactions très courtoises mais un peu embarassantes/embarassées, genre :
- Tiens, je me demandais s'il faut acheter des actions La Poste... (oui, je sais, c'est juste pour l'exemple)
- Ah, ça doit être intéressant... (avec cet air de se demander de quoi on va bien pouvoir parler avec un type comme ça - ben, non, c'est super chiant, qu'est ce que tu crois ? je suis sous antidépressifs depuis des années, mes parents pensent que mon cas est désespéré mais n'osent pas me le dire, mes frères et soeur ne me parlent plus tellement je ne suis pas intéressant et les amis, là, qui m'ont invité, l'ont fait uniquement parcequ'ils ont peur que je me suicide... euh... et toi, tu fais quoi d'intéressant dans la vie, au juste ?)
ou plus direct :
- Ah, c'est bien, et en fait, euh... vous faites quoi ?

Et c'est fichtrement compliqué d'expliquer mon métier... alors maintenant, je ne mens plus. J'annonce, fier, d'une voix assurée :
- Je suis musicien.
- Ah (très amical et intéressé, genre de sentiment que je ne savais pas pouvoir susciter en parlant de mon métier) et vous jouez de quel instrument ?
- Euh, du pipeau ?

Apostrophe

Mon mûrisoire à livres se vide un peu...
(note pour moi-même : un jour, il faudra que je leur explique le concept de mûrisoire à livre)

La tentation de Venise (Alain Juppé, Grasset)

Ce journal est une sorte de blog, avant l'heure... Alain Juppé m'est éminement sympathique, à plus d'un titre (et l'antipathie qu'il suscite souvent n'y est pas pour rien). L'idée de la tentation de Venise (tout laisser à Paris pour partir vivre entres les canaux, les palais et la lagune), je la comprends si bien. Oh, ce livre n'a pas grand intéret, sauf celui d'effeuiller un journal avec dix ans de recul et de méditer un peu sur la nature humaine.

Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme (Raymond Boudon, Odile Jacob)

Un petit essai, court, ramassé, intelligent sur une question fascinante : pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme ? Tour d'horizon du paysage intellectuel du début du siècle (on ne s'y fait pas encore, n'est-ce pas ?) ; intéressant. A classer dans la catégorie "oblige à penser".
(note pour moi même : à creuser - schéma explicatif/explication, théorie utile/théorie vraie)

Nos enfants gâchés (Natacha Polony, JC Lattès)

Un essai comme un cri. Cri d'horreur devant un monde qui sombre, celui des honnêtes hommes qui avaient su leur latin et lu leurs classiques. Un cri d'angoisse devant une fracture béante, fracture culturelle voire civilisationnelle qui s'ouvre sous nos yeux... Un cri qui dénonce, qui porte... mais qui ne trouve pas à remédier, qui n'ouvre pas de voie ni n'indique de direction. Un cri dans la nuit, qui vous saisit et qui retombe.

Fortune carrée (Joseph Kessel)

Du verbe. Du vrai, fort, violent, déstabilisant. Du verbe viril. Du verbe guerrier. A lire à haute voix, pour le plaisir du verbe.
"- Et où irons-nous, maître ?
"- Avec le vent.
"- Quelle voile ?
"- Celle de tempête.
" Quand tout fut prêt, Mordhom prit la barre. La fortune carrée claqua contre le mât."

bon, et puis 3/4 bouquins d'actu, rien de remarquable.

ARMA is not very structural

Jeudi matin, dans une salle de réunion, la rampe d'accès au parking souterrain pour horizon. 11h37. Instant de poésie.

C'est parfois difficile d'expliquer son métier, concrètement, je veux dire. Mais ce matin, il m'a semblé que c'était finalement simple. L'espace d'un instant, d'un très bref instant, tout était là, un peu en vrac, mais tellement là.

Au cours d'un séminaire (hum, non, ça c'est compliqué à expliquer)... bon disons que l'un de nous présentait un travail de recherche assez préliminaire. En anglais, puisque mon directeur de laboratoire a décidé de tenir le séminaire en anglais ("You know, it is so embarassing to hear those French guys in seminars or workshops, having so much trouble with their talk - well, their paper isn't that good anyway... Some training could help.")

Bref, there was a bunch of economists discussing some technical point or whether the results made sense or, even, whether the initial question made sense.

So, la discussion était lancée lorsqu'elle pris un tour à la fois surréaliste et typique. Je me souviens que, dans son coin, FB se gratouillait le coude en soupirant (en même temps, je comprends, même en anglais, ça ne l'intéressait pas). K venait de comprendre de quoi il s'agissait (en même temps, en anglais, ça ne l'aidait pas). Un mouvement imperceptible parcouru l'assitance. Deux voisins commencent un conciliabule ("je ne suis pas ceratin d'avoir bien compris la dernière équation du transparent précédent..." "moi, non plus en fait"), L'un songe, pensif, à ce papier qui lui semblait avoir un vague lien avec la recherche en question. L'autre se demande s'il n'avait pas mieux à faire ce matin...

Lorsque, finalement, GL apporta au tableau la touche de poésie qui faisait encore défaut : "But, you know, ARMA is not very structural."

C'est précisemment à cet instant que monsieur Jean se dit que, son métier, c'était un peu ça... trouver qu'ARMA ça n'est tout de même pas très structurel mais néanmoins très poétique.

Et que de toutes manières, comprendre le monde, c'est un travail surréaliste. Mais qu'en même temps, comprendre (un tout petit peu) le monde, c'est tout de même un métier sympathique.

Et là, monsieur Jean s'est dit que, finalement, la vie était parfois simple... because, you know, ARMA is not very structural.

Un peu de syntaxe

Je me suis toujours demander ce qui était correct :
"blablabla".
ou
"blablabla."

Cher lecteur puriste... à toi de jouer.