Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

31 mai 2006

Ecrire

Se lancer. Reprendre. Raturer. Effacer. Chercher le bon angle. Le trouver. En changer. En changer encore. Ecrire quelques lignes. Se relire et se dire que, non, ça n'est pas encore ça. Ca n'est pas mûr. Pas encore. Effacer et renoncer. J'y reviendrais.

Il est dur à écrire, ce billet. D'autant que je ne suis pas sûr d'être arrivé au terme de mon exploration intérieure. Je ne sais pas encore ce que j'en pense, finalement. La semaine dernière, un peu déçu, peut-être d'en avoir trop attendu, je me disais qu'il y avait trop de Sofia dans cette Marie-Antoinette. Une semaine déjà. Il faut que j'y arrive. Comprendre ce que j'en pense au fond, au delà de toutes ces impressions contradictoires et de ces explications trop partielles. Mettre des mots dessus. Comprendre et écrire, enfin.


[crédit photo : Sony Pictures Entertainment / Kirsten Dunst dans Marie-Antoinette de Sofia Coppola]

30 mai 2006

Là, je suis sec

Je ne dis pas ça parce que, d'un coup, la luminosité a baissé, signe généralement avant coureur d'une averse à venir, mais plutôt parce que je n'ai vraiment, mais alors vraiment pas d'idée de billet, légère ou facétieuse.

Je pourrais bien vous raconter que, bon gré mal gré, les choses rentrent dans l'ordre. Mais, outre le fait que ce n'est vraiment pas passionnant, j'ai bien la ferme intention, malgré les apparences, de ne pas transformer ce blog en un pathétique "nombril avec des mots autour à la place du piercing".

Alors, tant pis, je n'écrirai rien. Sauf peut-être que je déteste mon précédent billet. C'est un peu court, mais ce sera tout : là je suis sec et je vais filer. Avant de me faire tremper.

Je reviens quand...

[je serais vous, je le lirais pas ce billet]

... j'ai une idée de billet.
... j'ai fini les TTU à terminer pour hier.
... j'en ai envie.
... ça se sera calmé.
... il fera enfin un temps de mai (oui, parce que, bon, on est quand même le 30 mai, quoi... et puis, même un temps de mai en juin ça m'irait, mais le temps de mars ou d'octobre, ça commence à me courir).
... la coupe du Monde sera terminée (non, parce qu'en plus du temps de m... y va aussi falloir se farcir ça... j'ai pas dis que j'aimais pas regarder un match de temps à autre mais là on va subir en continu).
... je ne me réveillerai plus deux heures avant mon réveil (tiens, c'est peut-être pour ça que je suis aussi mal luné).
...
...
...
... je serai d'humeur et que ce sera fini.

Allez, portez vous bien.

[billet idiot, mode ras le bol, qui ne relève pas le niveau de ce blog, mais c'est pas grave, ça fait du bien de l'écrire et tant pis si ça vous fait ch... de lire ça, zétiez pas obligés non plus et vous pouvez pas dire que j'vous avais pas prévenus - bon, et moi, faut que je prenne des vraies vacances, ce serait une idée qu'elle est bonne]

29 mai 2006

A brûle pourpoint

Moi, j'aime bien le charme très XVIIème de cette expression. Mon côté Cyrano, certainement. Et un petit goût pour une certaine pertinence (ou une certaine impertinence, ça n'est jamais qu'une question de perspective...).

Je parie que vous ne vous êtes jamais demandé d'où venait cette expression. Ou bien que ça vous est complètement indifférent. Ou encore, que ben, franchement, si un jour vous y avez pensé, ça n'a pas duré très longtemps. A moins que vous ne dormiez pas depuis des mois en vous demandant : "mais pourquoi diable dit-on... ?"

Hé bien, hé bien... "à brûle pourpoint" dérive de "tirer à brûle pourpoint" qui correspond peu ou prou à "tirer à bout portant" (dont le sens est clair, si vous ne voyez pas, ôtez donc de votre vue le canon de mousquet qui l'obstrue), le pourpoint étant la partie du vêtement d'homme qui couvrait le torse jusqu'au dessus de la ceinture, généralement rembouré et piqué (ou rembourée et piquée suivant que vous parliez du vêtement ou seulement de la partie). Vous remarquerez au passage que si l'on peut faire feu à bout portant sur une femme, il n'est pas permis de tirer à brûle pourpoint sur une dame (ben oui, le XVIIème était parfois un peu brutal et gaillard voire franchement trivial, mais finalement assez galant).

Quand à la date du glissement vers un usage plus oratoire... Bref, c'était la minute culturelle, il est temps de retourner à vos moutons (et moi à la recherche de zéros dans mes n-nappes avec M. Newton et consorts - et, vous saviez que consorts désignent au sens propres les personnes qui, dans un procès ont une situation identique... bon, parce que le XVIIème c'est aussi le siècle de la chicane - et non, chicane, ce n'est pas seulement une sorte de virage en S assez serré comme on en trouve, notamment à Monaco, ancienne colonie gênoise et principauté gouvernée par les Grimaldi depuis qu'en 1297 François Grimaldi dit "Malizia" - le rusé - s'empara de la forteresse travesti en moine franciscain... l'histoire ne dit pas le sort qui fut réservé au gouverneur mais, selon toute vraisemblance, quelque fourbe que fut Malizia, il n'a pas du brûler le pourpoint du gouverneur avec une arme à feu dont l'usage au XIIIème reste encore marginal et rudimentaire, je pencherais plutôt pour... non, c'est un peu trop gore...).

Second ou troisième degré ?

It cannot be overemphasized, however, how crucially success depends on having a good first guess for the solution, especially for multidimensional problems. This crucial beginning usually depends on analysis rather than numerics. Carefully crafted initial estimates rewards you not only with reduced computational effort, but also with understanding and increased self-esteem.

in Numerical Recipes in C, ch. 9, p. 348.

Hum... je suis perplexe.

Rêves

Rêves de Gers, de jardins, de maison calme, de bibliothèque, de livres, d'odeurs, de promenades, de doux réveils, le nez taquiné par un rayon de soleil, de petits déjeuners sur une terrasse, face aux collines, d'arches romanes, de bastides, de... Rêves de lumières, de Sud-Ouest.


I will never surrender my dreams!

[crédit photo : Pierre-Paul Feyte, lumières du Gers, 2004]

Waiting for dawn - Morning blues

28 mai 2006

Mens sana in corpore sano

Ces dernières semaines ont peut-être été plus mens que corpore...

Et puis voilà, ce week-end, la proximité des bois, ma vieille carne qui me demande chaque matin quand on y retourne, qui piaffait le week-end dernier à Hyde Park et qui me fait sentir que ce ne serait pas du luxe de reprendre un peu de service. Et surtout cette maxime qui me revient plus souvent qu'à l'ordinaire. Mens sana in corpore sano.

Alors nous sommes partis courir, tous les deux. Hier après-midi, ce matin... Les premières foulées. Les jambes qui se remettent en route. Et les souvenirs qui remontent. A son âge, elle ne repart plus au premier coup d'éperon comme lorsqu'elle était jeune et insouciante. Mais elle ne demande qu'à être dégrossie, réassouplie. L'insouciant poulain n'est peut-être pas si loin, après tout...

[Notes pour moi-même : dire à mes petits frères que, tout de même, on rouille un peu avec l'âge, histoire de les prévenir... et puis, trouver le moyen de courir et nager sans se ruiner les jambes - m'est avis que ça va être dur.]

27 mai 2006

D'une incroyable actualité et d'une magnifique poésie...

C'était de causer et de rire avec eux, c'étaient les complaisances d'une bienveillance mutuelle, la lecture en commun des livres bien écrits, les plaisanteries, les égards réciproques ; quelquefois un désaccord sans rancune, comme on en a avec soi-même, dissentiments rarissimes qui sont le sel d'une entente habituelle ; c'était d'instruire et d'être instruit tour à tour ; le regret impatient des absents, l'accueil joyeux fait à ceux qui arrivent. Ces témoignages et d'autres de même sorte, qui s'échappent des coeurs aimants et aimés, par le visage, la langue, les yeux, par mille gestes gracieux sont comme un foyer où les âmes se fondent et de plusieurs n'en font qu'une seule.

Augustin, Confessions, Livre quatrième, chapitre VIII.

LT qui me lit ce soir cette définition de ce week-end, exacte jusque dans ses détails, écrite il y a plus de quinze siècles.

26 mai 2006

Juste un instant

Comme surgit de nulle part. Le soleil dans l'axe de la rue de Sèvres. Le Lutétia au premier plan et plus loin dans la brume, la silhouette du Bon Marché.

Paris, 1948.

Le Paris de mes grand-tantes. Celui qu'elles ont arpenté le coeur serré dans les années sombres de l'Occupation. Pensant à ce qui arriverait si jamais... et se jurant de sauter du dernier étage du Lutétia, par dessus la rembarde ou par la fenêtre, si par malheur. Celui qu'elle voit encore aujourd'hui, lorsque nous nous promenons ensemble, doucement, au rythme de ses quatre-vingt douze ans. En parlant d'autres promenades, lorsque la grand-mère de sa mère (mon arrière-grand-mère) montrait à ses petites-filles les fenêtres de la pièce du 18, rue des Cordeliers (aujourd'hui, rue de l'Ecole de Médecine) où Marie-Anne-Charlotte de Corday d’Armont poignarda Marat.

Traverser les siècles à grands pas. Garder le souvenir d'un instant. Et savourer nos rendez-vous du samedi, à midi, métro Vaneau ou rue du Bac. Chère, très chère grand-tante.

[crédit photo : Willy Ronis]

25 mai 2006

Trains de vie

Je rentre juste de Cannes (et, oui, j'avoue, le billet précédent est un tout petit peu antidaté, disons que c'est ce que j'ai pensé écrire en sortant du palais des festivals pour aller dîner). Impressions de vivre mille vies improbablement rassemblées dans la mienne.

Glyndebourne, vendredi dernier. Je me glisse dans une de ces soirées upper (upper) society totalement british. Un Cosi fan tutte d'anthologie agrémenté de fraises au champagne.

Londres, samedi après midi. Visite de Westminster et de la City sous la pluie sous la houlette d'un professeur d'histoire navale, anglais, avec quelques français, un italien et trois slovaques. Apprendre à lire la géographie londonienne. Revivre la Tamise encombrée des centaines de mats qui ont fait la grandeur de l'Empire de Sa gracieuse Majesté.

Paris, Hôtel de Ville, mardi, 13h. Profiter de l'expo Willy Ronis. Se promener dans le Paris de mes grand-parents, place Vendôme, 1947, carrefour Sévres-Babylone, 1948. Redécouvrir un coup d'oeil si particulier.

Quelque part à Paris, mardi après-midi. Poser proprement un hamiltonien et résoudre l'équilibre stationnaire.

Cannes, palais des festivals, hier soir. Je monte les marches au milieu des réalisateurs, producteurs et acteurs qui font le cinéma d'aujourd'hui avant d'assister à la première mondiale de Marie-Antoinette de Sofia Coppola à quelques mètres de l'équipe du film (Sofia tendue, lèvres un peu pincées à son arrivée, Kirsten plus décontractée).

Au large de Cannes, île de St Honorat, ce matin. Messe de l'Ascension chez les moines de Lérins. Luxe, calme et volupté (ils font un vin blanc avec un arrondi abricot assez agréable).

TGV entre Avignon et Paris, cet après-midi. Longue conversation avec une réalisatrice et scénariste. Parler de son premier court métrage et de ses projets de film, d'histoire de l'art et d'architecture, de musique et d'enseignement, du difficile métier de parent et de la joie d'avoir des enfants.

Paris, ce soir. Rencontrer un couple de Canadiens. Dérouiller mon anglais. Les convaincre de lire le Petit Prince de Saint-Ex.

Et demain soir, après une journée de travail, je repars pour deux jours chez des amis...

Ma vie comme un gare de triage où s'opèrent les croisements les plus invraisemblables. Ma vie, la mienne. Ne pas trop chercher à comprendre et savourer, ma vie.

24 mai 2006

Les lumières se sont rallumées

Sofia s'est tournée vers moi. Et je me suis dit :
"Il y a beaucoup de Sofia dans cette Marie-Antoinette. Trop, peut-être..."

Ca s'annonce bien...

Je me réveille comme une fleur...

Il n'y a que des petits ronds jaunes, là (non, je ne joue pas au jackpot, mais j'ai quand même gagné : soleil, 20°C, petit vent - juste de quoi faire flotter les drapeaux sur la croisette)...

En allumant la radio (histoire de savoir ce qui se passe dans le vrai monde), la première chose que j'entends, c'est que l'évènement de la journée, c'est la projection du Marie-Antoinette de Sofia Coppola en compétition à Cannes.

Il y a des jours où l'on se sent d'humeur... Tiptididi, comme dirait l'une. Ou bien, trop fort, comme dirait l'autre. C'est quand même fou, tout ça !

23 mai 2006

Dans le blanc des cartes

Terra incognita.

J'ai toujours trouvé ça magique de parcourir les lourds volumes des annales de la société de géographie qui étaient cachés tout en haut des étagères de la bibliothèque de la chambre rose chez ma grand mère (chez ma grand mère, les chambres ont toutes une couleur, sauf celle de ma grand mère - la mienne, c'était la chambre bleue) et qui sont à présent dans la bibliothèque chez mes parents (ma grand mère est allée retrouver son mari et sa fille est grand mère, pour la deuxième fois...). Les annales qui compilent des comptes rendus d'expéditions lancées à des fins scientifiques au cours du XIXème siècle (cartographie, botanique, etc. - tellement moins vain que certaines de nos expéditions contemporaines). Des expéditions qui, années après années, réduisaient le blanc des cartes, reculaient les frontières de la Terra incognita.

Mon blanc des cartes... Ma Terra incognita est plus historique et culturelle que géographique, la portée de mes découvertes, plus personnelle que générale ou universelle.

Quant à mes expéditions, elles sont assez variées.

Au long cours, j'entreprends des campagnes lointaines (poètes, romanciers, peintres, compositeurs, réalisateurs, siècles ou villes). Des expéditions qui durent des mois, voire des années. Des lieux sur lesquels on revient, pour préciser un tracé ou amender un relevé. Des explorations qui fixent le fond (de carte) de mes goûts.

Pour maintenir le rythme de mes conquêtes, il y a toute une série d'excursions plus rapides : quelques semaines, menées tambour battant. Souvent musicales, d'ailleurs, ces expéditions. De ces expéditions, je rapporte surtout des souvenirs qui, de proche en proche forment toute la palette de mes goûts. Eclectiques et improbables (enfin, c'est du moins mon avis et si vous me trouvez présomptueux... je n'y trouverais rien à redire, cette fois). Ce que j'aime et qui me fait osciller du motet pré-baroque au nu jazz scandinave en passant par Vermeer, Zweig et Sofia Coppola. Et tellement d'autres encore...

Et puis, il y a les raids éclairs, précipités. Une impulsion subite, une opportunité unique, une fenêtre de tir qui ne se représentera pas. L'expo Paris dans l'oeil de Willy Ronis, à midi, c'était un peu ça. Et je ne regrette pas. Ce fut rapide, trop bref, juste suffisant pour en profiter, à la mesure d'une pause déjeuner...

C'était aujourd'hui ou jamais (demain, je suis à Cannes et l'expo se termine samedi). Pourtant, l'affiche (voir ci-dessous) barrée d'un "derniers jours" aurait du me secouer depuis quelques semaines déjà... non, il aura fallu une autre photo, ailleurs, une photo de George Hoyningen-Huene, exposée à New-York, allez comprendre...


L'affiche de l'expo (effectivement emblématique de Paris) a une histoire assez amusante :

En 1957, au cours d'une de ses balades dans Paris, Willy Ronis monte au sommet de la colonne de Juillet. Après avoir pris quelques photos, il aperçoit un couple contemplant les toits de Paris, qui lui tourne le dos. Il prend vite une photo, en catimini, puis redescend. Plus tard, la photo sera beaucoup publiée, dans des magazines, des livres, en cartes postales, en posters, en puzzles. Willy Ronis, qui a l'habitude de recevoir des lettres de gens qui se reconnaissent sur ses photos, s'étonne que personne ne se manifeste. Il s'agit certainement d'un couple d'étrangers en visite à Paris, qui ignore totalement l'existence de cette photo.

Mais en 1988, le hasard va les réunir.

"Je faisais une exposition au Comptoir de la photographie, une très jolie petite galerie rue du Faubourg-Saint-Antoine, sur le thème des amoureux, à l'occasion de la Saint-Valentin", raconte Willy Ronis. "Il y avait mes photos au mur et mes livres sur le comptoir.

Un monsieur s'approche de moi avec mon livre sous le bras, et il me demande de le lui dédicacer. Puis soudain il me confie : "Vous savez, Monsieur, vos amoureux de Paris, ils ne sont pas bien loin, à quatre cents mètres d'ici, de l'autre côté de la colonne. Je les connais depuis toujours, ils tiennent un bistrot et quand ils prennent leurs vacances, c'est moi qui les remplace au comptoir." C'est tout juste si je ne suis pas tombé par terre ! Je suis allé les voir, ils s'appelaient Riton et Marinette, et j'ai vu qu'ils avaient le poster encadré dans le café, qui se trouvait à l'angle de la rue du Faubourg-Saint-Antoine et de la rue des Tournelles.

Ils m'ont accueilli cordialement. Ils n'étaient montés qu'une seule fois sur la colonne, ils s'en souvenaient parfaitement. Ils venaient de l'Aveyron et, à l'époque, ils n'avaient pas encore le bistrot. Ils ne l'ont eu que deux ou trois ans plus tard, alors qu'ils étaient mariés. Et le plus étonnant, c'est que sur la photo, dans la direction où ils regardent, on voit le coin de l'immeuble où se trouve le bistrot !"

(in Virginie Chardin, Paris et la photographie. Cent histoires extraordinaires, de 1839 à nos jours, Parigramme, 2003)


Au fil d'une expo finalement assez riche, on trouve quelques magnifiques clichés. L'occasion d'une promenade dans le Paris du milieu des années 30, le Paris des années 45-60 et quelques photographies plus récentes que j'ai cru sorties de mes souvenirs d'enfants (les grands magasins du boulevard Haussmann à Noël, notamment).

Et puis, même si elle n'y était pas, il y a une photo de Ronis qui m'a toujours impressionnée : équilibre fragile, grace, simplicité... Souvenez-vous. Vous l'avez vu sur les grilles du Luxembourg il y a quelques mois. C'est une petite fille qui marche sur un ponton frêle à Venise. Souvenez-vous, voyons... Mais si, elle ressemble à ça :


Je vous avais bien dit que vous la connaissiez... Elle est belle, non ?

[crédit photo : Willy Ronis]

[edit, 5:00pm : allez, j'arrête de raturer, modifier, allonger, raccouricir et remanier... juste les typos si il en reste !]

[edit, 5:30pm : aïe, c'est dur... bon, là, il faut vraiment que j'arrête de corriger, reprendre, amender et peaufiner ; ce n'est qu'un blog après tout - oui, dit une petite voix, mais c'est le tien...]

22 mai 2006

Chut...

Moi, je vais me coucher, mais avant, il faut que je vous dise (parce que je l'apprends à l'instant)...

Elle s'appelle Maria, elle mesure 54cm et pèse 3,1kg. Elle est née tout à l'heure de l'autre côté du Danube et c'est ma nièce. Chut, hein... parce que sa maman est un peu fatiguée, son papa aussi et que son grand frère aura peut-être un peu de mal à dormir ce soir.

Bienvenue, Maria. Et embrasse tes parents pour moi.

[Normalement, le modus vivendi, ici, c'est d'éviter les détails personnels... mais ce soir, j'écorne la règle, tant pis... et puis je vais faire sauter un bouchon de champagne... non, je vais me coucher, c'est ce que j'avais décidé à l'instant ! Allez, cette fois, zou, pour de bon.]

Parfois, il faut savoir se coucher...

Certains matins, on se dit qu'on n'aurait jamais dû se lever. Mais en général, c'est une réflexion qui n'avance pas à grand chose : on est debout et si tout semble aller de mal en pis, la meilleure chose à faire est rarement de fuir.

Certains soirs, on est franchement fatigué, ce qu'on entreprend est vraiment tout de guingois et il vaudrait mieux se taire. Etrangement, ces soirs-là, on se dit rarement qu'il faudrait aller se coucher. Même si, à l'évidence, c'est ce qu'on aurait de mieux à faire...

Allez, zou. Au lit !

5 listes (give or take)

[billet susceptible d'évolutions dans les heures à venir, au gré du temps que je trouverai]

5 choses que je n'ai pas faites à Londres :
- assister à la relève de la garde à Buckingham ;
- finir la soirée dans une boite total trendy ;
- demander mon chemin à un bobby ;
- présenter mes hommages à l'amiral Nelson en haut de sa colonne (non mais, tout de même...) ;
- aller admirer les Turner de la Tate (pas eu le temps, dommage...).

5 things English people are really good at :
- speaking English (indeed they are, aren't they ?) ;
- faire d'un pique-nique un repas extrêment classe ;
- s'habiller (well, quand ils s'habillent, ça a de la gueule tout de même) ;
- les mews (alors, ça, je ne m'en lasse toujours pas...) ;
- les parapluies, verts, robustes, classes, gigantesques et... nécessaires !

5 trucs complètement dignes de ce week-end :
- Così fan tutte à Glyndebourne pour la première soirée de la saison... la plus belle soirée d'opéra de toute ma vie, so far (et le plus drôle, c'est que ce n'est pas vraiment une soirée et pas seulement de l'opéra) ;
- l'épisode monsieur Jean meets Paul Smith mais je n'en dirai pas plus ;
- Charlotte martyrisant un tissu "magnifique mais tellement vivant" dans le train entre Victoria et Lewes (ben, les ourlets...) ;
- croiser Thomas un peu par hasard... finalement, c'est quand on ne prévoit rien qu'on croise ses vieux amis ;
- nous, non, parce qu'on était vraiment dingue, parfois...

5 phrases collector :
- T'as vu les pensées ? Des pensées, où ça ? [très déçu] Ah, c'est les fleurs, là... non, attends... voi... là... là, il y a des pensées. [je ne vous fais pas le mime qui va avec...]
- Euh, t'es vraiment sûre que c'est par là ?
- Euh, t'es vraiment sûr que c'est par là ?
- [sur tous les tons possibles] Quand même, ces anglais...
- Si c'est pas so british, ça, alors... [le champagne avec les fraises ; les applaudissements nourris, sincères, francs, massifs et sans rappel ; les moutons au milieu des pelouses de Glyndebourne ; les mews ; les rues de South Ken ; les trucs pour faire les oeufs pochés du petit-déj. ; le chauffeur de taxi qui vend son bouquin ("les aventures extraordinaires et palpitantes d'un chauffeur de taxi londonien ordinaire") ; le wobbly bridge ; le portrait de la Queen dans ma chambre ; etc.]

5 détails qui tuent* :
- le revers de ma veste (et les revers de manchette de ma chemise - trop la classe) ;
- le porte-programme sur la porte, en plus du crochet pour la veste, dans les toilettes à Glyndebourne (si, il fallait y penser, ils l'ont fait... ça change la vie !) ;
- le dispositif de miroirs dans les cabines d'essayage, histoire de se voir sous tous les angles (en fait, surtout histoire de voir comment tombe le pantalon) ;
- le lit de framboises sur la table du petit-déjeuner ;
- moi en mode complètement futile (spectacle rare...).

Et pour finir, la BO du week-end :
- Così fan tutte, évidemment ;
- 2:30pm at Big Ben ;
- le plop du bouchon de champagne (le re-plop aussi) ;
- Mind the gap..., forcément ;
- la douce musique de mes deux anglaises dans l'Eurostar au retour (Oh, I'm so glad she loved it. Anyway, she was so intersted she could hardly... What a lovely idea indeed. I like it much... avec les accents toniques inimitables qui font les sons so british).

* Et un sixième au sens propre : look right, parce que, avec mes réflexes de parisien, j'ai failli mourir (au moins une fois...) en traversant (vous vous en foutez peut-être mais vous y auriez quand même perdu monsieur Jean et avouez que ça vous aurait tout de même un peu manqué - oui, rien qu'un tout petit peu, mais un peu quand même, hein ?).

18 mai 2006

3 questions à... le making of

Sur une suggestion involontaire de Mlle B (qui m'a confessé lire parfois la presse people), avec les contributions toutes aussi involontaires de victimes qui se reconnaîtront (d'ailleurs, l'une d'entre elles m'a déjà avoué que "le principe est charmant qui vous oblige à extraire dans les conversations ici où là des éléments originaux, amusants et mais n'écornant pas trop la confidentialité des propos" et une autre "je n'ai jamais dit ça mais je n'en changerais pas une virgule"). Merci à vous.

Voilà... je suis off pour quelques jours très in. Londres, Glyndebourne, etc.

Vivons heureux... devrait quitter le champ du blog people dans lequel il ne semble pas avoir réellement percé pour reprendre une forme plus usuelle. La rédaction en chef de ces épisodes était assurée par... (c'est qu'on est nombreux dans sa tête ! bon, c'est pas tout... on y va ? - oui, parceque ce serait bien qu'il travaille un peu... le dernier éteint bien la lumière en partant, hein ?)

THE END

3 questions à monsieur Jean

Vivons heureux... Monsieur Jean, nous commençons à vous connaître un peu et nous ne sommes pas sûrs de vous reconnaître vraiment. Glyndebourne, Cannes, Sofia C., etc. que ce passe-t-il ?

Monsieur Jean Commençons par mettre les choses au clair dès à présent. Malgré les rumeurs persistentes parues ici ou là dans la presse people, Sofia et moi, c'est une non-histoire, un peu comme Elena et François Pignon dans la Doublure. Qui plus est, il y a des rideaux aux fenêtres de ma chambre alors tout ce que pourrait raconter les journeaux n'est que pure spéculation. D'ailleurs, je me demande dans quelle mesure ces rumeurs ne sont pas destinées à faire oublier d'autres affaires en cours en attendant Roland-Garros et le Mondial.

Merci de ces précisions, mais en répondant à une question que nous n'avions pas posé (même si elle se pose à tout le monde) vous n'avez pas répondu à la question que nous avions posée : que vous arrive-t-il ?

Hum... oui, bon, voilà.

Ca a le mérite d'être clair... et plus explicitement ?

Ecoutez, je suis déjà suffisamment dans la merde comme ça pour que vous n'en rajoutiez pas, s'il vous plait... Parce que je passe à présent pour un personnage superficiel à mille lieux du portrait que je m'évertue à tisser patiemment depuis déjà des mois, parce que ma petite soeur préférée m'a renié, parce que mes lecteurs attendent un teasing qui dépasse de beaucoup mes capacité... Non, je suis déjà suffisamment dans la merde, comme ça. Euh, vous n'allez pas l'imprimer, ça ? Non, parce que ma maman lit ce blog, parfois, et elle ne va pas apprécier que je dise des grossièrtés. Déjà qu'elle me regarde un peu bizarrement avec toute cette histoire... Hein, vous ne le publierez pas. Comment ? Il vous semble déontologiquement impossible de couper. De la censure ? Non, mais, je vous en prie, gardez le sens de la mesure. Comment, ça me va bien : garder le sens de la mesure. Non, mais ça va pas. Je vous interdis de publier cet entretien. C'est comme les photos. JE VOUS INTERDIS. Putain, mais vous faîtes chier ! Non, et puis c'est chez moi ici. Et foutez le camp... vous allez importuner Sofia... Et merde, je leur ai dit. Oui, bon, ok. Mais pour Sofia, vous ne dîtes rien à personne, hein, soyez sympa... ce serait tout de même très embêtant à quelques jours de la premières de son troisième long métrage. Ce n'est pas du tout officiel. D'ailleurs, elle et moi, on ne devrait pas monter les marches ensemble mercredi prochain. J'ai réussi à la convaincre, ce sera plus simple...

3 questions à Mlle B

Vivons heureux... Il paraît [sans jeu de mots - oh, total private celle-ci] que vous avez renié votre frère. Pourriez-vous nous expliquer votre geste ?

Mlle B C'est pourtant simple : pendant que je m'échine à apprendre mes classifications du vivant, monsieur Jean passe sa vie à frimer. D'habitude c'est déjà bien assez pénible, mais, là, il verra Marie-Antoinette avant moi, ce que j'estime insupportable (déjà que Tonfa était allé aux States avant moi - c'est pas parce que je suis le petite dernière - ndlr : Mlle B est effetivement la plus jeune et la plus petite - que c'est normal qu'ils - ndlr : Mlle B n'a que des frères, tous plus vieux et plus grands qu'elle - fassent tout avant moi...). Et, comble, il paraîtrait même qu'il aurait quelques chances de rencontrer Sofia C. et Kirsten D. qui sont respectivement ma réalisatrice préférée et l'une de mes actrices fétiches. Devant une telle injustice, en face de cette ultime trahison, il ne me reste plus que cette solution extrême à laquelle je ne me résous pas facilement mais qui est seule à la mesure du préjudice que je subis : dorénavant, monsieur Jean n'est plus mon frère.

Votre geste n'est-il pas un peu démesuré ? D'autant que monsieur Jean aurait dit que s'il s'était s'agit de vous, il se serait volontiers réjoui de votre chance...

Mais, moi aussi, s'il s'était s'agit de moi, je me serais réjoui de ma chance. Précisement, tout est là. C'est ce manque de solidarité envers celle dont il prétend qu'elle est sa petite soeur préférée (vous remarquerez au passage toute sa rouerie - il n'a qu'une soeur...) qui appelle une réponse ferme et forte. D'ailleurs, j'envisage le dépot d'une motion de censure à son encontre (m'a l'air d'être un truc à la mode... enfin, réflexion faite, ça me semble relever plus du symbole convenu que de la vengeance froide à laquelle j'aspire).

Croyez-vous qu'il soit possible que vous lui pardonniez un jour ce que vous semblez considérer comme la plus atroce de injures ?

Honnêtement, je ne sais pas. D'ailleurs ce satut de non-frère est encore très en dessous de ce qu'il mérite. Regagner mon estime ? Non, honnêtement, je ne crois pas. A moins peut-être qu'il n'épouse Sofia C. (parce que Sofia comme belle-soeur, c'est plus la classe que comme non-belle-soeur).

17 mai 2006

3 questions à Charlotte

[Euh... la pression est peut-être montée un peu vite par ici et j'ai un peu de mal à assurer un teasing à la hauteur de vos commentaires url & irl, suis pas très doué pour la com' moi !!!]

Vivons heureux... Charlotte, certains - certaine pour être absolument précis - prétendent que monsieur Jean est très occupé par une jeune réalisatrice talentueuse, avez-vous des informations ?

Charlotte Effectivement, il se murmure ici ou là que monsieur Jean est omnubilé par Sofia C., pour autant que je puisse en juger, c'est très en dessous de la réalité : à partir de vendredi, je me suis laissée dire que l'essentiel de son temps serait consacré à la préparation d'une hypothètique rencontre avec Sofia. Si vous connaissez un peu monsieur Jean, vous n'êtes pas sans mesurer l'ampleur de la préparation.

Donc, ce week-end, on le remet à l'anglais (il semblerait que depuis quelques jours, il ait recommencé à travailler en français - anyway, son anglais tenait plus à du mauvais globish d'économiste qu'à la langue châtiée qu'il convient de maîtriser dans le cocktail post projection), on le relooke (pensez donc, il n'a même pas un smoking convenable pour monter les marches, comme si on affrontait le tapis rouge comme une vulgaire réunion dans le VIIème...) et on l'acclimate avec LA soirée d'ouverture de Glyndebourne, histoire de voir comment notre spécimen réagit en (très bonne) société (parce que, soit dit en passant, sa dernière expérience tenait plus de l'expédition ethnologique que de l'inflitration réussie).

Vous même, vous étiez à Cannes ce soir, s'agissait-il de régler les derniers détails de la rencontre ?

Effectivement, vous êtes bien renseigné !!! Ah, j'y suis... vous m'avez reconnue sur Canal pendant la montée des marches ? Oui, je vous le confirme, j'étais bien à Cannes ce soir, malgré quelques soucis d'intendance. Alors, qu'avez-vous pensé de ma robe so vintage ?

Hum... comment dire ? Non, ce soir, nous n'avons pas eu le loisir de suivre l'ouverture du festival... pas plus que la finale de Coupe d'Europe, si ça peut vous rassurer (de toute manière, on est plutôt rugby, ici)... pour revenir à la question, vous étiez à Cannes pour vous occuper de la rencontre entre monsieur Jean et Sofia ou en raison de votre qualité de membre du jury ?

Fallait-il une raison précise ? Ce qui est certain, c'est que j'étais beaucoup plus motivée par la montée des marches au bras de Daniel Auteuil que par le navet que nous avons dû subir une fois enfermés dans le palais des festivals. Enfin, disons que c'était la rançon de la gloire... parce que le tapis rouge... enfin, vous demanderez à monsieur Jean dans une semaine très exactement.

Kafkaïesque

Dans mon couloir, en tournant les yeux à droite, on peut lire sur les portes : 5095, 5101, 5105, 5110, 5116... Et à gauche : 2643, 3343, 3345, 4643... Successivement. Comme un relent d'atmosphère à la Kafka. Totalement flippant quand on cherche un bureau pour la première fois, au hasard de couloirs dont les noms (Nord, Est, Ouest, Sud) n'ont rien à voir avec leur orientation. Si je tenais un jour l'esprit malade qui a accouché de cette nomenclature...

Et puis, ce matin, en arrivant, en commencant à m'habituer à l'absurde et en me disant que j'allais en faire un billet, d'un coup, j'ai compris la logique. En tout cas du côté droit - le côté obscur qui semble faire la part belle à des xx43 et xx45 et des 26xx, 33xx, 46xx, etc. résiste encore. Et à présent, j'ai peur. J'ai très peur. Et si j'étais en train de plonger dans la folie à mon tour ?

Totalement kafkaïen...


[crédit photo : Ce qui me meut / Romain Duris dans l'Auberge espagnole de Cédric Klapisch]

16 mai 2006

Du plaisir d'être (seulement) mardi

Je ne sais pas si vous avez remarqué ce matin, en vous réveillant : nous sommes mardi. Nous ne sommes que mardi. Alors que la semaine dernière à la même heure, nous étions déjà mercredi.

Ca me réjouit de n'être que mardi. Parce que j'aime bien le mardi (je ne sais pas pourquoi, mais j'aime le mardi, d'ailleurs, depuis toujours : je suis même né un mardi, c'est vous dire !). Parce que nous allons avoir une semaine de cinq jours pour faire tout ce que nous avons à faire. Enfin, remarquez, comme la semaine prochaine ne devrait pas être longue, j'ai décidé d'écourter aussi celle-ci. Je pars à Londres jeudi soir*. S'agirait pas de prendre l'habitude de travailler cinq jours d'affilée non plus !

* Stage de préparation intensive (non, parce qu'il y a du travail si monsieur Jean veut rencontrer Sofia C. : anglais, dress-code, maintien, etc.). Et puis aussi, tant qu'à jouer les arbitres de la branchitude, autant y aller franchement... ;)


Donc au programme... non, mais vous croyez quoi ? que je vais vous raconter la soirée d'ouverture du festival d'art lyrique de Glyndebourne dès aujourd'hui ? mais c'est vendredi et je n'ai même pas mon smoking. Patience... [ah, les joies du dropping, comme ça, l'air de rien... / note à moi-même : faudrait pas que je devienne complètement puant non plus...]

[edit (en relisant mon post) : à la réflexion, je l'aime bien cette photo, exactement ce qu'il fallait : des marches et des planches, c'est très "cinéma américain", vous ne trouvez pas ?]

15 mai 2006

Partial disclosure

J'avais dit que je viendrais, si... hé bien, hé bien... c'est le cas.

Je ne résiste pas à vous lâcher l'info et vous, vous n'échapperez pas au feuilleton de cette semaine : Monsieur Jean is going to meet Sofia C.

[Merci Charlotte... I'm such a happy few !]

Prémisses

La place St Pierre vide, les colonnades du Bernin, la facade polychrome de Carlo Maderno baignée de soleil.

Le petit craquement de la BD qu'on ouvre pour la première fois.

Les croissants sur la table du petit-déjeuner, dehors au soleil.

Les interférences dans les haut-parleurs qui précèdent de peu la sonnerie d'un portable.

L'orchestre qui s'accorde après que le premier violon a donné son premier coup d'archet.

Le délicat picotement au palais de la première gorgée de San Pé.

Le ting (ou tloc) du fer à repasser qui finit juste de chauffer.

L'étrange impression qui précède le réveil : retour à soi, émersion, descente ?

Les premières lumières bleues du jour qui se lève. Les lampadaires que s'éteignent, d'un coup. Une (nouvelle) journée qui commence.


[crédit photo : insecula & allez faire un tour là, c'est vraiment, vraiment dépaysant]

13 mai 2006

En héritage

Il paraît que je lui ressemble. C'est ce que me disait sa femme, c'est ce que me dit parfois sa soeur. Quelque chose dans la silhouette ou dans le maintien, j'imagine. De ces attitudes ou des ces expressions à la fois vagues et pourtant précises.

Moi, j'ai du mal à en juger. Je n'en sais rien. D'ailleurs, je ne sais pas grand chose de lui. Si ce n'est qu'il a été profondément aimé. Comme un mari par sa femme, comme un grand frère par ses soeurs.

Quelques photos. Ses carnets de campagne du printemps 1940. Et ce qu'il reste au fond des yeux - ce fond des yeux si près du coeur - de ceux qui l'ont connu. Et qui bientôt s'en seront allés. Et aussi, peut-être quelque chose dans une silhouette, une expression dans un sourire, un regard.

12 mai 2006

& go

Dernière validation. Dernier mail. Dernier coup de fil. Remercier, souhaiter un bon week end. Et plop.

stop

Envie de lire au soleil dans un parc, de discuter avec des amis sans trop d'idée d'une heure à laquelle...

Envie qu'il soit déjà un peu plus tard.

Finalement, une semaine de quatre jours, c'est court mais un vendredi après-midi, c'est toujours trop long.

stop & go

Commencer tôt. Ressortir prendre un café en terrasse au soleil. Reprendre de plus belle.

Vivre plusieurs journées en quelques heures.

11 mai 2006

wording & rewriting

Grandeur et servitude (comme ordre et contrordre l'étaient en leur temps).

Ca dure depuis huit jours... Drafter, valider, s'interroger sur l'opportunité d'un wording plus adéquat et se décider à rewriter. Etrangement, au final, on attend un produit clair, compact, précis et direct dans un français chatié. Etrangement...

Allez, je vous laisse, j'ai un draft a rewriter quickly pour une validation asap.


[ceci est un billet rapide de blog addict impénitent off pour encore quelques heures & la photo n'a pas grand chose à voir, à moins que demain après-midi...]

[crédit photo : insecula]

09 mai 2006

Le jour où j'ai décrété que j'avais un grand nez...

Un nez immense, monumental.

Je venais de lire... (je vous laisse deviner).

Malgré les dénégations répétées de ma maman (comment pouvait-elle être objective, c'est ma mère... et puis, elle, elle a fait un fixation sur la première chose qu'elle a vu de son premier enfant : mes pieds encore repliés qui m'arrivaient à mi-tibia si l'on en croit la légende familiale), je me suis persuadé que j'avais un grand nez. Un grand nez, c'est un peu court mais très pratique : orné d'une oblongue capsule que n'eut pas reniée un parfumeur en mal d'enseigne, je me Cyrano de Bergeracisait subrepticement à l'age de onze ans.

Moyen commode de m'installer dans un personnage laid et brillant (puisque la perfection n'est pas de ce monde). Parce que le destin tragique fait de renoncement, de fidélité et de poésie du fantasque Gascon me semblait à la mesure de mes aspirations et de mes peurs enfantines. Parce que Cyrano vivait en alexandrins souples et élégants (j'ai toujours été fasciné par la fluidité des vers d'Edmond Rostand), parce qu'il était aussi indispensable que caché, connu des seuls initiés. Et parce qu'en dernier ressort son amour enfin démasqué n'avait pas vécu mais survivait à sa mort.

Bref pour une somme de raisons obscures, je me construisais un masque de bretteur impénitent, de poète spolié et de "vieil ami qui vient pour être drôle". Mais un nez trop court dû finalement empêcher le masque de rester ajusté. Bien des années plus tard, il me faut me rendre à l'évidence, mon nez n'est pas si grand, je ne suis pas si laid et ni vraiment brillant (et la perfection n'est toujours pas de ce monde, un monde dans lequel les bretteurs impénitents n'ont pas vraiment leur place). Mais le vieil ami qui vient pour être drôle a survécu...

[crédit : Dupuis et Berberian / Monsieur Jean lisant - remarquez le nez...]

La mécanique du Doute

L'histoire est simple : l'Amérique des années 60, celle qui pleure encore JFK, dans une école catholique du Bronx, une mère supérieure, soeur Aloysius, fait régner un ordre strict et une vertu sèche. L'amour ce sera pour les autres, elle, il lui faut tenir cette maison où l'autorité (lui) semble faire défaut. Et ce jeune père Flynn, à qui l'on a confié le double enseignement de la religion et du sport, ne lui revient pas. Soupçonneuse, elle se persuade que le prêtre a un comportement libidineux avec l'un des élèves et, par petites touches, elle installe un doute qui ne l'effleure plus : elle tente de convaincre une religieuse plus jeune et en informe même la mère, une femme de couleur évidemment choquée par la nouvelle. Pour lui faire face, le père Flynn n'a à opposer que ses dénégations.

La pièce est rigoureuse, efficace. Elle installe les protagonistes devant une alternative qu'ils ne pourront pas fuire : oui ou non, le père Flynn est-il coupable ? La mise en scène sobre et un jeu comme en retrait qui expose sans pathos l'histoire plutôt que d'accentuer un drame qu'il se refuse, comme la pièce, à trancher. Rien ne nous permet de nous ôter d'un doute. Et nous d'osciller entre ces deux options avant d'être laissé, comme des jurés d'assise, avec une série de questions et quelques indices troublants en face de notre intime conviction. Mais si la vérité factuelle nous restera à jamais cachée, la mécanique du doute nous sera dévoilée dans sa logique la plus implacable.

Le projet était risqué (c'est vraiment le moins qu'on puisse dire) et, si certains, en mal de parti pris ou de certitudes, y verront une oeuvre un peu faible, on saluera pour notre part la réussite d'une pièce qui expose une mécanique et nous interroge finalement sur nos certitudes trop rapides, trop tranchées. Traitant d'un sujet pour le moins délicat, Doute trouve un ton juste, se gardant tout à la fois du pamphlet évident d'une condamnation plus calomnieuse et véhemente qu'objective et du relativisme médiocre d'une absolution facile.

Doute de John-Patrick Shanley (2004, texte français de Dominique Hollier), mis en scène par Roman Polanski avec Thierry Frémont, Dominique Labourier, Félicité Wouassi et Noémie Dujardin. Théâtre Hébertot, jusqu'au 28 mai 2006.

08 mai 2006

Les mots me marquent

Les mots et moi, c'est une espèce d'histoire d'amour...

Ca n'avait pourtant pas si bien commencé en CP. A en juger par la lecture de mes bulletins scolaires de cette lointaine année*, j'étais un peu lent et ma maitresse avait suggéré à mes parents de me faire lire durant les vacances d'été. Cet été là, nous étions chez des cousins dans la presqu'île de Rhuys. Une petite maison idyllique à quelques mètres de la plage. De grands cousins très impressionnants. Et un J'aime lire.

C'est le premier livre que j'ai lu. Je veux dire vraiment lu, tout seul, de la première à la dernière ligne. Chapitre après chapitre. Un peu laborieusement mais il le fallait bien : nous n'allions pas à la plage tant que je n'avais pas fini mon chapitre. Alors je m'accrochais, pendant que mes deux petits frères** faisaient la sieste (enfin, j'imagine... oh, et c'est une reconstruction très crédible : selon toute vraisemblance, ils étaient censés dormir... après ça, je n'en sais rien et, même si je suis l'aîné, "suis-je [pour autant] le gardien de [mes] frère[s] ?").

Et puis, c'est venu, je ne sais pas comment... mais assez vite. Bientôt, je n'ai plus pu vivre sans lire. Je me demande combien de forêts j'ai parcouru, haletant, page après page. Oui, je l'avoue, je le revendique, je suis un serial killer d'arbres. Et mes victimes gisent aux rayonnages des bibliothèques municipales de mon enfance, aux étagères de la maison et partout sur les murs de ma chambre. Je me souviens du premier (l'histoire du fantôme Gus, si ma mémoire est bonne), mais je ne saurais faire le compte de tous ceux qui l'ont suvi.

Qu'est-ce qu'un livre ? La trame magique d'une histoire. Une sorte de boite où l'on enferme l'atmosphère, la musique et le rythme qui donnent à cette histoire un relief particulier, un visage bien à elle. Mais au fond, c'est d'abord une collection de mots.

Et mon amour des mots est plus mystérieux, plus profond encore que mon amour pour les livres. Acmé, superflu, il appert... En face d'un mot, je ne peux pas résister à essayer de comprendre d'où il vient, par quel détour de l'usage il nous est arrivé. Autant de voyages improbables, entre les langues et les époques. Itinéraires instructifs des techniques, des moeurs et (surtout) de l'histoire de la pensée...

Mais les petites surprises de l'étymologie ne remplaceront jamais le seul, l'unique, le véritable plaisir de voir jaillir sous ses yeux des sons silencieux. Comme le plaisir jubilatoire de mon premier mot : Jazz. Que j'ai lu j-a-zze. C'était un mot tout neuf, promesse d'un monde à découvrir. Un mot dont j'ignorais le sens et qui n'a jamais cessé d'exercer sur moi une sorte de magnétisme mystérieux, comme si lui et moi avions une histoire unique que jamais personne ne pourrait vraiment comprendre. Ce n'est pas vraiment la peine de chercher plus loin mon goût pour Louis Amstrong, Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Miles Davis, Charlie Parker, Glenn Miller ou Django Reinhart... au dela des arabesques instrumentales, des voix chaudes, tour à tour tristes et enjouées, des accords improbables et envoutants, il y a une histoire secrète : la rencontre de quatre lettres dans un gros livre vert et d'un petit garçon de cinq ans.

Les mots me manquent, parfois. Les mots me marquent, souvent.

* C'est une chose assez amusante de mettre à plat tous ses bulletins scolaires et de regarder grandir le petit garçon que j'étais, en connaissant la fin de l'histoire... J'ai dû le faire pour la dernière fois l'été de mon intégration en rangeant mes derniers bulletins scolaires mais je sens que je vais m'y amuser la prochaine fois que je retourne chez les parents.
** C'est incroyable de penser qu'elle n'était même pas encore, même pas du tout...

[crédit photo : le J de la méthode Borel Maisonny extrait de Bien lire, aimer lire de Clotilde Silvestre de Sacy dans son édition de 1963]

06 mai 2006

Les toutes petites victoires sur soi-même

Les toutes petites victoires sur soi-même, celles que personne n'imaginerait mais qui n'étaient pas (du tout) gagnées d'avance :
- se lever tôt le matin* et arriver complètement réveillé au bureau ;
- faire de longs trajets complètement inconnus et un peu compliqués, seul en voiture ;
- traiter rapidement des détails administratifs sans intérêt qui prennent du temps et la tête ;
- être assez libre de poster même les billets les moins réussis, simplement parce qu'on est assez libre, qu'on est chez soi et que, ben oui, je ne réussis pas tout ce que je fais ;
- se coucher tôt le soir** et dormir...
- ...

Minuscules petites victoires qui changent imperceptiblement l'image qu'on se fait de quelqu'un que l'on n'a jamais vu mais que l'on connait trop bien.

Se découvrir sous un jour nouveau et s'arrêter 30 secondes pour regarder. C'est ça... un jour nouveau - parce qu'un jour nouveau, c'est tellement habituel (il y en a 365 par an***) mais aussi subtilement magique, quand on prend le temps de s'arrêter pour en profiter.


* Non, je précise, parce que se lever tôt l'après-midi, je suis j'étais super fort pour ça....
** Fallait-il préciser ?
*** Imprécision scientifique à mettre sur le compte de la licence poétique (je dis poétique, mais c'est plus pour la rime que pour la qualité de mes lignes, il ne faudrait pas surinterpréter mes propos).

05 mai 2006

Prémonition ou préjugés

J'en ai raf mais ça me fait rire (bon, et puis ça me détend à bon compte, parce que j'en ai un peu besoin quand même là, maintenant, tout de suite). A propos de l'affaire Clearstream dans le Monde de ce soir, les 3 questions et les 10 points pour pouvoir suivre les conversations et éventuellement en parler dans les dîners avec un air intelligent et inspiré avant d'aligner quelques banalités sur les affaires d'Etat, les coups bas en politique et l'état de notre démocratie (Affaire Clearstream : trucages, corbeau et enquêtes cachées, par Pascal Ceaux). On lit, au passage :

L'actuel premier ministre a modifié, le 4 mai devant la presse, la version qu'il avait défendue deux jours auparavant, le 2 mai, dans un entretien accordé à Europe 1, selon laquelle le nom de l'actuel ministre de l'intérieur n'avait pas été prononcé, le 9 janvier 2004.

J'aime beaucoup "l'actuel premier ministre", clairement pas indispensable pour la compréhension générale. Je suis sûr que Le Monde a déjà une copie de la lettre de démission du premier ministre... mais déontologiquement, ils ne se sentent pas de la publier ce soir. Bref, demain, pensez à acheter Le Monde daté du dimanche - lundi, il y aura des révélations croustillantes (et puis, après, il faudra attendre lundi pour acheter Le Monde daté de mardi et apprendre que Bernadette est nommée premier ministre - si, elle aurait plein d'avantages, c'est une femme, elle a une image rassurante de bonne mémère du XVIème et tout ça... - à moins que comme lundi c'est férié, il ne nous faille attendre mardi pour acheter Le Monde de mercredi et lire que Chirac démissionne aussi et demande l'asile politique au Japon...).

Putain, ce billet est nul, j'ai la tête en vrac et, sûr, il y a quelque de pourri... (si, ça sent très fort la fin de règne). Allez, il ne vous reste plus qu'a éteindre votre ordinateur et profiter d'un week-end normal... (oui, enfin, un peu allongé avec un double effet du lundi férié : ça rallonge le week-end et ça raccourcit la semaine, c'est pas cool, ça ?).

03 mai 2006

Je vous avais bien dis, mais vous vouliez pas me croire...

Economists are not boring.

C'est John Kay qui l'écrit dans le Financial Times d'hier.

[...] Few mothers are thrilled to learn their daughter is dating an economist. They expect that their prospective son-in-law (economics being the only social science in which male students greatly outnumber females) will be opinionated, boring and wrong. I dread admitting I am an economist. The cab driver quizzes you on what is going to happen to the economy, the dinner companion turns to talk to the person on the other side and the immigration officer says, with heavy sarcasm, that his country needs people like you.

There is a widespread misconception that all practitioners of the dismal science are engaged in what Paul Krugman, the Princeton economist, calls "up and down" economics – the bond yields are going up, the rupees are coming down. Economics would indeed be a dismal science if its main purpose was to forecast, inaccurately, the future course of interest rates and currencies. But few economists do this, and those who do are not well regarded, even if well paid.

The concerns of most economists are quite different. They are engaged in microeconomics, the study of households and businesses, markets and industries. Alfred Marshall, author of the first great economics text, Principles of Economics, published in 1890, defined his subject as the study of mankind in the ordinary business of life. [...Economists'] concern is not to predict the future but to interpret the world. [...] This is social science as it should be, the methods of science applied to issues of social concern.

[...] Incentives do matter, although the obsession of many economists with this idea can become tedious. It is important to stop short of the barmy extremes of some Chicago economists – who would get married to derive economies of scale in household production and commit suicide when the net present value of future utility becomes non-positive (after allowance for the value of future options to commit suicide, calculated using the Black-Scholes formula). They discredit the profession as much as the "up and down" economists do. The ordinary business of life must keep some room for love and soul.


Hein ? Il faut vous le dire comment, en chinois ?

Ben, il suffit de demander... (oui, je ne renoncerai pas à vous expliquer que je suis un MCDLP, un mec cool, quoi) :


几 个女儿学习母亲兴奋约会是一位经济学家. 他们想到他们准女婿(经济学才是社会科学,其中男生多于女生大)会自以为是、无聊和错误. 我承认我很害怕经济学家. 出租汽车司机的问答比赛你会有什么事情发生,对经济、晚餐同伴轮流交谈的人在对方和移民官说一声重,他的国家需要像你.

[edit : c'est quand même plus impressionnant quand la police chinoise est installée... et, euh, non, je ne parle pas de la police chinoise mais de la police chinoise (oui, évidemment, quelle question !).]

02 mai 2006

Roaring

Le moteur tourne au ralenti. Passer la première. Et...

Cette première journée, c'est un peu comme si j'avais relâché la pédale d'embrayage mais que la cylindrée avait changé. Du coup, ça part un peu plus vite que prévu.

Mais c'est bon de sentir un moteur au ralenti bien réglé qui n'attendait que ça, finalement. Même si ça décoiffe un peu, même si l'espace d'un instant, on se dit que cette voiture est un peu trop puissante et qu'on attaque le virage trop vite.

Anyway, la tenue de route est excellente.

[crédit : Averardo Ciriello]

01 mai 2006

Il y a aussi des jours sans...

Mais pas souvent. Des vrais jours sans...

Des jours sans téléphone ni mail. Sans journaux, sans radio ni télévision. Sans lunettes. Sans la rumeur de la ville. Sans réveil. Des jours sans programme. Sans internet (et sans blog, par la force des choses !). Sans autre envie que celle de profiter du calme et de la vie (un truc incroyable, la vie, si, si, puisque je vous dis !).

Perdu au milieu de la Touraine (dans un de ces derniers endroits que le cartel des opérateurs de téléphonie mobile n'a pas encore jugé dignes d'être transformés en prison - du coup, on y est libre d'oublier jusqu'à l'existence de son téléphone), je viens de passer quelques jours (à peine deux, pour être exact, mais tellement denses...) chez un ami. Non, avec un ami. Longues discussions, longues promenades. Longues histoires (le charme des amis historiens aussi curieux qu'érudits, et doués d'un inénarrable talent de conteur). Lumières de Loire (celles dont Prumtiersen régalait nos yeux fatigués de parisiens). Concerts d'oiseaux dans le parc. Notre anniversaire fêté dignement un jour tout à fait improbable (nous sommes nés tous les deux le même jour de novembre à quelques années d'écart - mais l'essentiel, c'est de fêter son anniversaire, la date n'est finalement qu'un détail bien accessoire). Bonnes bouteilles. Francs éclats de rire. Quelques silences aussi, de ces silences qui pèsent leur poids, pour dire ce que les mots ne sauraient exprimer. Deux jours qui valent bien une semaine de vacances...

Et ça fait du bien des "jours sans" comme ceux-là.


[crédit photo : Prumtiersen - Immemory]