Vivons heureux sans en avoir l'air
Petite chronique de la vie, comme elle est...

30 mars 2006

Le Financial Times comme on l'aime...

"Under Mr de Villepin’s CPE, young people start their careers in a US-style hire-and-fire labour environment for two years, after which they will either enjoy protection for life, or become unemployed. This is absurd."



Pas parce que je voulais vraiment en reparler, mais parce que j'aime assez ce petit côté cynique et décalé... bon, je vous fait pas une revue de presse internationale sur le sujet non plus, le CPE et le French bashing, vous en avez plein les bottes. Moi aussi. En revanche, l'humour british, on ne s'en lasse pas, n'est-il pas ?

[NdA : et de trois... mince, à ce rythme-là, il va falloir que j'attaque la cure de désintoxication sans tarder...]

Réponse à nos lecteurs et lectrices...

(enfin, ceux qui ont été prompts à réagir - et que je remercie de leurs réactions tout en m'interrogeant sur la timidité de la majorité silencieuse)

à la manière de Charles Péguy dans ses Cahiers de la Quinzaine (oui, le patronage est osé et oui, on peut dire que j'abuse)

Oui, le billet précédent est éligible à la série Random Quote. D'ailleurs, il aurait été baptisé de la sorte si j'avais su ce que j'allais écrire...

Et, oui, si c'était le 60ème anniversaire du Petit Prince aujourd'hui, je n'aurais pas manqué de faire un billet dessus. Mais il me semble que le Petit Prince de Saint-Ex a été publié pour la première fois à New-York dans une double édition française et anglaise par Reynal & Hitchcock, le 6 avril 1943. Enfin, je crois (et si Gallimard ne l'a publié qu'en mars 1946, qu'y puis-je...).

Enfin, je vous laisse... et, en ce jour d'éclipse (semble-t-il), je vous livre ma citation préférée du Petit-Prince :

Regardez le ciel. Demandez-vous : le mouton oui ou non a-t-il mangé la fleur ? Et vous verrez comme tout change…

[BO : du Fauré, la messe de Requiem et la messe des Pêcheurs de Villerville, tranquille sérénité pour poursuivre le travail...]

Nothing to blog, but addicted

Se disait-il devant son écran à l'heure de partir déjeuner...

C'est fou, j'ai besoin de mon billet quotidien, comme un junkie de sa dose. Mais celui-là, je ne sais pas ce qui en sortira.

Ce ne sont pas les idées qui manquent, plutôt le temps. Et puis, il y a aussi cette petite pression : essayer de vous faire rire, sourire, réflechir (et je l'avoue, vous faire revenir de temps à autre par ici, voire - soyons fous - vous faire exister ici) sans vous lasser, soûler, énerver ou vous amener à penser que finalement, tout ça est aussi vain que nombriliste ; bref, en un mot, vous captiver (à comprendre dans toutes ses acceptions...), c'est dur.

Bon, après cet aveu quasi psychanalytique, je vous livre une réplique du Visiteur (une pièce d'Eric-Emmanuel Schmitt sur Freud, ma lecture du moment - oui, je lis deux trucs à la fois, ça m'arrive souvent d'ailleurs !) lue ce matin, au cours d'un trajet en métro un peu surréaliste (je vous raconterai peut-être, ou peut-être pas, d'ailleurs) :

[V]ous l'embrasserez avec ce bonheur qui n'est pas loin du désespoir, avec ce sentiment que la vie ne tient qu'à un fil, un fil si étroit, si mince, et que le fil se trouve, provisoirement, retendu... c'est cette fragilité-là qui donne la force d'aimer...

29 mars 2006

Scènes de métro

Il n'y avait pas foule ce matin dans le métro. D'ailleurs, j'ai tout de suite trouvé une place assise et je me suis plongé dans Testament à anglaise de Coe (enfin, j'ai essayé puis j'ai commencé à penser à mon travail...). Bref, j'égrennais les premières phrases : Par deux fois déjà la tragédie avait frappé les Winshaw, mais jamais avec une telle intensité...

Absorbé par la lecture (ça n'arrive pas qu'aux autres), la rame arrive à Opéra. Enfin, j'enregistre sans lever les yeux quand...

Tiens, on dirait... on dirait du Bach. Le premier concerto pour violon & cordes, si ma mémoire est bonne. C'est ça. Et elle, elle joue, imperturable dans le va et vient des passagers pressés et des touristes perdus. Elle joue et la musique transforme imperceptiblement l'atmosphère, s'insinue dans l'espace et repousse le brouhaha du quotidien. Elle joue. Elle offre son art et elle change des vies, simplement, en faisant naître un sourire, un souvenir, une émotion. Elle joue, imperturbable, dans ce bout de couloir. Et elle change le monde, à sa manière.

Ca me rappelle un vieux souvenir londonien, souvenir d'un trompettiste à la sortie du Tube à Westminster, vers les quais de la Tamise*. Lui aussi, il jouait, là, comme si nulle autre place au monde, nulle occupation n'avait pu mieux lui convenir. Il était à sa place et le visage des passants s'éclairait en l'entendant. Sans qu'ils s'en apercoivent. Il était à sa place, il donnait le meilleur de lui-même et nos vies en étaient changées, en plus joyeuses, en plus légères. Il m'a fait envie et je me suis dit à ce moment-là que moi aussi, j'aimerais trouver ma place dans ce Capharnaüm que j'aime tellement. Alors je m'efforce, en souvenir d'un trompettiste londonien...

Concerto pour violon & cordes n. 1 en la mineur, BWV 1041, entendu à Opéra. Et dire que Bach n'aurait jamais pu imaginer...

* étrangement, pas très loin de la sortie du Tube qui figure en couverture du Cercle fermé de Coe ().

Regarder autrement

C'est un secret qui change la vie : apprendre à regarder autrement. Ne pas s'arrêter au premier regard. Ne jamais s'habituer à la première impression. C'est pour ça que j'aime beaucoup la photo. C'est pour ça que j'apprécie la compagnie de gens différents, éclectiques voire décalés. C'est pour ça que je lis. Et c'est aussi pour ça que j'aime mon métier d'économiste...

Parce que regarder autrement permet de mieux voir, de vraiment comprendre ou de saisir la réalité au plus près. Et surtout parce que, comme ça, on n'est jamais blasé.

Alors voilà à peu de choses près le monde tel que vous le connaissez :



Each territory's size on the map is drawn according to its land area.

Et le monde tel que vous ne l'avez jamais vu. La population mondiale aujourd'hui...

The size of each territory shows
the relative proportion of the world's population living there.


et celle des passagers aériens. Vous avez tous déjà pris l'avion, j'imagine ? Evidemment, eux, ce n'est pas le cas...

Territory size shows the proportion of worldwide aircraft passengers
flying on aircraft registered there.

Vous apprendrez aussi où sont les vieux, où vivaient nos ancêtres en 1500, qui sont les touristes et où vont-ils (en France et aussi un peu en Espagne) et mille autres choses (souvent farfelues, parfois inutiles)...


source : Worldmapper (University of Sheffield) via Marginal Revolution.

28 mars 2006

Quote I Came By

Le thème de cette série est à présent fixé...

Si vous voulez que la vie vous sourie, apportez-lui d'abord votre bonne humeur.
Spinoza

On being a happy few

[J'ai promis ce billet à quelqu'un il y a bien longtemps déjà et je sens que, pour des raisons qui vous apparaîtront évidentes, c'est vraiment le dernier jour, le dernier moment pour le publier... heureusement que je suis off cet après midi]

Je connais toutes sortes de gens (c'est le titre d'un recueil de portraits republiés par Philippe Labro il y a quelques années, et qui reprend entre autre, sous le titre le hussard et l'horloger, les portraits croisés de Dominique de Villepin et Olivier Schrameck qui étaient alors, comme secrétaire général de l'Elyssée ou comme directeur de cabinet du Premier Ministre, les chevilles ouvrières de la cohabitation - comme il le raconte dans Tomber sept fois, se relever huit, ce papier a surtout été pour Labro un moment important dans son retour de "là-bas").

Bref, je connais toutes sortes de gens... ce qui est parfois l'occasion d'aventures à caractère ethno-anthropologique. La dernière en date remonte au 1er mars. C'était un mercredi, enfin, je crois. J'avais reçu une invitation pour une avant avant avant première hyper private et totalement select (le film n'est pas encore sorti, c'est vous dire), en présence du réalisateur et à l'invitation d'une petite officine dont le business consiste à optimiser (dans tous les sens du terme) le patrimoine de quelques have and have more (and even some more for some others). J'avais été invité en qualité de je ne sais pas quoi (je veux dire que je ne suis pas encore une cible de ce genre d'officine) mais j'étais là bien décidé à explorer cet univers inconnu, à profiter d'une avant avant [...] avant première tout en goretisant les petits fours sans vergogne sans faire plus d'efforts que ça pour faire semblant de faire la conversation à je ne sais qui (oui, je suis un énorme mondain, en fait...) et, surtout, à accompagner Charlotte dans un immense moment de sa vie : sa première apparition à l'écran dans une comédie (il faut dire que je maîtrise hyper bien ce genre de chose : j'ai donné ma première interview pour Antenne 2 à 6 ans - je suis hyper vieux, je sais... - et mon premier direct le 14 juillet 2000 - un peu comme le président de la République mais moi, j'ai raconté des trucs vachement intelligents, si, si, je vous assure !).

La soirée avait bien commencé : mon nom n'était pas sur la liste et j'étais en avance (putain, je suis toujours en avance quand il ne faut pas et jamais à l'heure quand il faut, c'est une maladie chez moi !). Heureusement, lorsque j'ai laché que j'étais invité par Charlotte herself, je suis passé du rang de paria parasite à celui de parasite tout court et toujours trop en avance. Qu'à cela ne tienne, un buffet sophistiqué proposait aux parasites dans mon genre un peu de contenu pour peu à peu retrouver un peu de contenance.

C'est à ce moment que je me suis souvenu de la portée scientifique de mon entreprise. Délaissant l'exploration gastronomique (de toutes manières, c'est jamais très pratique les buffets de traiteurs tendance obligés à innover pour exister : c'est toujours immangeable dans le fond ou dans la forme et parfois dans le fond et dans la forme - et puis, rien ne vaut un bon dîner à table, manger debout, c'est dangereux pour la santé), délaissant donc l'exploration gastronomique, je me suis concentré sur l'aspect entomologique de la chose. Et bien, une conclusion s'impose : c'est finalement banal les évènements selects, complètement surfait. D'ailleurs, je suspecte fortement les vrais gens selects et richissimes d'avoir envoyé à la soirée en question, qui sa femme de ménage, son chauffeur, le neveu de sa maitresse, la petite amie de son fils ou ses parents montés à la capitale et dont il n'a ni le temps ni l'envie de s'occuper. Les vrais gens riches et selects ne devaient pas être là...

Et je les comprends, car La doublure [imdb] (le film présenté en avant avant avant [...] avant première - pensez, la première projection publique), ils n'auraient pas trouvé ça drôle, ça ressemble trop à leur vie.

C'est l'histoire d'un type (riche et select) qui trompe sa femme (riche, select et délicieusement fine et manipulatrice) avec une fille (select mais pas très riche quoique tellement belle qu'elle ne peut sortir qu'avec des types riches, ce qui compense). Mis à part le côté riche et select, l'histoire jusque là est assez banale. Les chose se compliquent quand un type pas riche et pas select (et pas super beau mais qui travaille pour un endroit où l'on ne trouve que des gens selects, riches ou beaux), qui est totalement amoureux d'une fille qui n'est ni riche ni select (mais quand même belle) et qui n'a rien à voir avec nos protagonistes initiaux, se retrouve coincé (la grammaire vous indique utilement à ce stade que je parle du type ni riche ni select ni beau ni rien mais amoureux) dans ce trio infernal sans avoir rien demandé à personne.

Bon, je vais pas vous faire le teasing. Veber nous met en scène le nième François Pignon (incarné cette fois par Gad Elmaleh, après Daniel Auteuil dans Le placard ou l'inénarrable Jacques Villeret dans Le dîner de cons), c'est drôle, ça fonctionne bien et on passe un bon moment. La comédie comme on sait la faire en France, avec Louis de Funès, Pierre Richard, la bande du Splendid, etc. Bref, vous pourrez le découvrir demain sur les écrans, allez-y. Moi, je suis un peu blasé... c'est de l'histoire ancienne, qu'est ce que vous voulez, je suis un happy few, qui connait toutes sortes de gens et qui ne voit plus les films qu'en avant avant avant première parce qu'il réussit à récupérer d'improbables cartons d'invitation pour aller squatter dans des soirées selects où il n'a rien à faire mais qui sont tellement squattées par des gens comme lui que les vrais gens riches et selects n'y mettent plus les pieds depuis longtemps...

Ah, et l'apparition à l'écran de Charlotte ? 9s 1/2, impressionante de maîtrise sur fond de rapports sociaux un peu tendus. Elle crève l'écran, si, si... elle réussit même à éclipser Daniel Auteuil (vers le milieu du film, une scène de négociation avec les syndicats, mais vous pourrez pas la rater de toutes manières, on ne voit qu'elle) [oui, bon, c'est vrai qu'elle me lit et que c'est elle qui m'avait filé l'invitation mais le film est bien, enfin, il y a moyen de passer un bon moment, sans blague :) ]

27 mars 2006

Re-pausé

Mais un peu fatigué quand même.*

L'après midi vient de filer... c'est fou. Je ne me suis rendu compte de rien (j'étais vraiment très absorbé par mon boulot, si, si !). Je me suis repris à vérifier l'heure une seconde fois en constatant qu'il était 7h passé**. (Et hop, pour ceux qui veulent vérifier quelle heure il est ou régler leur montre ou perdre leur temps, vous pouvez aller , à l'Observatoire de Paris pour avoir l'heure, la vraie, la bonne - c'est comme une horloge parlante qui parlerait pas mais qui donnerait quand même l'heure excate - et , c'est l'heure de Greenwich - GMT - pour les puristes qui n'auraient toujours rien de mieux à faire).

En fait, je me rends compte que c'est à cause de l'heure d'été tout ça : il fait toujours jour***, à 7h passé****. Et ça change la vie. C'est le troisième avantage de l'heure d'été. Le premier c'est que maintentant, on peut trouver midi à 14h*****. Le deuxième, c'est que samedi, les gardiens de nuit ont travaillé une heure de moins (et moi aussi !). Et puis, il paraît que ça sert aussi à faire des économies d'énergie... enfin, c'est ce qu'on dit. C'est Benjamin Franklin qui ne savait plus quoi inventer qui a raconté ça (dans un journal français en 1784, même si le texte en anglais). Et puis ensuite, eh bien... non, mais tout est .

C'est pas très important, mais c'est quand même plus réjouissant que d'apprendre que Pour l'amour de Max le chat, André a tué Jean (Le Monde, ce soir, par Pascale Robert-Diard) :

Finalement, on ne sait pas qui a tué Max. Ce que l'on sait, c'est qu'André Briquet a tiré sur Jean Bery parce qu'il était convaincu qu'il avait tiré sur Max. Max, c'est le chat. André Briquet était le voisin de Jean Bery. Le premier aimait passionnément son chat. Le deuxième aimait passionnément son jardin. Max, lui, aimait les deux, le pavillon d'André et le jardin de Jean.

Un soir de février 2003, il est sorti de l'un pour aller musarder dans l'autre. Et il en est ressorti "comme un bolide". André s'était étonné parce qu'en rentrant au pavillon, ce soir-là, "Max n'est pas venu voir son papa comme d'habitude et qu'il a filé à l'étage".

Debout dans le box des accusés de la cour d'assises de l'Essonne à Evry, devant laquelle il comparaît pour assassinat, jeudi 23 et vendredi 24 mars, André, 73 ans, se souvient parfaitement des jours qui ont suivi. Les yeux mi-clos, le visage aussi blanc que ses cheveux, il raconte Max qui grogne lorsqu'il le caresse et part se cacher sous le lit, Max qu'il emmène chez le vétérinaire, Max qui a du plomb dans l'intestin et qu'on opère d'urgence, Max qui souffre et puis qui meurt.

Dix mois plus tard, en fin d'après-midi, le 19 décembre 2003, André Briquet a pris son revolver, a traversé l'allée qui menait chez Jean Bery, est entré dans son garage et a tiré quatre balles. Deux ont atteint Jean Bery dans le dos et une troisième a traversé son thorax. Comment tout cela s'est passé, André ne se souvient plus vraiment.

Dans le journal de Max le chat, il a écrit : "L'amour d'un animal vaut mille fois mieux que la vie d'un connard." [...]


Si c'est pas à vous désepérer de la connerie humaine... [edit] Non, finalement, ça m'inspire plutôt une certaine compassion, c'est un malade, au sens propre...


* Oui, c'est de moi, c'est nul, comme d'habitude. Bon, en même temps, je suis pas Raymond Devos (d'ailleurs, il est mort ou pas ? non, parce qu'il y a quelques semaines, il n'était pas très en point et on se battait pour aller le voir à l'hopital - et aussi pour mettre la main sur ses droits, j'imagine, vous savez comment sont les gens...).

** On dit 7h passé ou 7h passée ? Non, parce que je sèche et que je me demandais et que comme je vous instructionne toujours sur mon blog avec des choses vachement intéressantes que vous en avez rien à foutre faire (nan, c'est parce que parfois, ma mère vient faire un tour par ici, alors, je dois faire un peu attention à mon niveau de langage) alors, ce serait sympa de me dire, si vous savez...

*** voir *, pas mieux.

**** Comme je disais en **.

***** Sans blague ! Bon, d'accord, elle n'est pas de moi... c'eut été trop beau. Et oui, 5*, c'est trop - c'est toujours trop, d'ailleurs, ici (où ça fait très moche) comme dans l'hotellerie (où ça fait très snob, mais ça doit pas être si désagréable que ça).

[note : ça fait plaisir de dire n'importe quoi n'importe comment après avoir pissé du paragraphe tout l'après midi dans une langue aussi châtiée qu'administrative, sans blague... Ah oui, et au fait, Raymond Devos, il est pas mort, apparemment. De toute manière, je crois qu'un type qui rend la Foi à Dieu, il est un peu immortel, non ?]

A quoi y sert ce billet ?

Ben, à rien, mais alors à rien du tout.

D'ailleurs, si vous pensez trouver ici quelque chose d'utile, soit vous avez fait fausse route, soit on vous a menti. Non, je dis ça, parce que le seul billet utile de ce blog date de "ya super longtemps" (le 22 novembre très précisement - le même jour que l'entrée en fonction d'angela Merkel à la Chancellerie en Allemagne ; c'est aussi la sainte Cécile au calendrier romain, la fête national au Liban, la date de l'assasinat de JFK à Dallas et l'anniversaire de Scarlett Johansson, mais c'est hors sujet... je précise, parce que je sais que j'ai des lecteurs que ça énerve/intrigue ce genre de digression). C'était un petite recension de liens orthographiques, lexicographiques et linguistiques divers et variés et parfois utiles intitulés Quelques références. D'ailleurs, je devrais ajouter Orthonet, un site qui a fait ses preuves, au billet en question, histoire d'être un peu plus complet.

Bon, bref, ce billet ne sert à rien, c'est juste que je me défoule deux minutes avant de retourner travailler. Et les doigts qui courent sur le clavier, c'est un étirement mental et un baillement intellectuel bien agréable, un peu comme on s'étire sur sa chaise, mains jointes, paumes vers le plaplafond [edit : désolé pour la faute de frappe, c'est juste qu'en deux minutes...] en inspirant un bon coup (si, si, essayez, ça fait du bien !).

D'ailleurs, un bonne partie de ce blog n'a pour unique objectif que ma détente et mon confort personnels... et quelques petits exercices salutaires de diariste et de chroniqueur en herbe.

Cher lecteur, à présent convaincu que ce billet ne sert à rien, je te salue bien bas et sur ce...

[note pour Charlotte (from London qui doit être à Brussel) : non, en commencant ce billet, je ne savais pas ce que je raconterai, c'est venu comme ça... et ça vaut ce que valent toutes les choses qui viennent comme ça. D'ailleurs, j'hésite à tirer la chasse.]
[note débile (un peu dans le même ligne que mon dernier billet) : tiens, c'est drôle, l'heure de ce post : 3:14... ça me fait penser à 3,141592653589793...]
[encore une note débile (dans la série les faux amis du jour) : il ne faut pas confondre cession et cessation, acmé et acné (qui n'a rien à voir avec l'haquenée - cheval ou jument de taille moyenne, d'allure douce, allant ordinairement à l'amble et que montaient les dames, dixit le Robert aka French Bob)...]

26 mars 2006

Des fois, faut pas chercher à comprendre

Pendant que Stata continue à travailler (et malgré un manque d'autonomie flagrant), je me promène... un peu par hasard, j'arrive sur le bd-blog de Lisa Mandel, . Et, en voyant "lundi 13 mars", je lis "la vie en 13 mots"... "lost"... des fois faut pas chercher à comprendre, comme dirait mlle B.

Cela dit, c'est drôle et ça me donne une idée de billet. Mais pas pour tout de suite, parce que Stata fait des trucs que je comprends pas et des fois... faut quand même chercher à comprendre.

[désolé pour le live blogging... je décompresse et la qualité s'en ressent]

[edit 5:11pm]
Comment dire...



On Air

On dit qu'il y fait toujours beau
C'est là que migrent les oiseaux
On dit ça de l'autre bout du monde...


L'autre bout du monde, Emily Loizeau

(Indétendance n. 26 [Fnac / Le Mouv'])

Plutôt l'autre bout de la nuit. Stata rules et pendant ce temps là, on explore pour vous...

Gotan Project (un classique, qui revient avec un album soigné, sensuel [Luntico, sortie début avril, en pre-listening sur le site]... L'Argentine d'aujourd'hui - un peu comme Neuf reines [imdb] excellentissime thriller argentin - el último tango)

Corinne Bailey Rae (une belle voix profonde et gaie, des mélodies enjouées, douces et rythmiques)
Anabase* (pop mélancolique et sensible, rock intimiste et lent, avec quelques accents de rage féminine - les plages en hiver ; souvenir du Pyla en février, il y a longtemps...)
Sonya Kitchell (toute jeune - 17 ans, même ma petite soeur est plus vieille - chanteuse plutôt pop jazz - en fait, comme Corinne Bailey Rae, j'ai du mal à classer - en tout cas, elle sort son deuxième album début avril [et idem, en pre-listening sur son site] et ça s'écoute - et la qualité des commentaires est fortement corrélée au poids de mes paupières...)
Holden (élégant, aérien, évident... quelque chose de Pink Martini pour l'inspiration et l'éclectisme textuel et musical et un je ne sais quoi de French Touch pour le reste, leur troisième album, Chevrotine est dans les bacs, dont acte... et par aussi)
Caroline, Where's My Love (inclassable opus d'une improbable chanteuse, born and raised in Okinawa, Japan, Caroline Lufkin c'est un peu Bjork, en plus léger...)
Griffin House (histoire d'avoir quelques voix d'hommes, song writing propre, acoustique, un peu country)
Bon, je résiste pas... c'est le précédent qui m'y a refait penser (ou fait repenser, oui, ben il est trop tard pour ce genre de choses), bref, on y retourne :
Thomas Dybdahl, (toujours aussi doué - mais les extraits sont, euh... un peu courts ; ambiance : écoute à la Fnac, c'est pas grave, on apprécie)

Les oiseaux qui chantent à 3h du matin, après la pluie... surréaliste et sympathique !

Pas mieux... j'arrête et j'achève. On rend l'antenne. It was the last night session, live from 2061. See you. :)

[mise à jour en ligne et en continu pendant que Stata travaille - en live des radio blogs du monde entier et des lieux les plus improbables - le billet qui passe en direct de 01:59 à 03:00, du coup, je lui colle un heure qui n'existe pas - rah, blogger veut pas, bon, tant pis... en même temps]

[update : myspace music]

25 mars 2006

From then to now : histoire d'une génération

[Comme promis, et surtout parce que j'ai sincèrement savouré ces deux romans... en espérant vous ouvrir l'apétit et en vous souhaitant un bonne dégustation.]

Birmingham, fin des années 70. Il y a quelque chose de pourri au royaume d'Angleterre.


Le pays sombre par pans entiers : usines qui ferment, économie en berne et inflation galopante, montée du racisme ordinaire, explosion de la question nord-irlandaise. Un naufrage qu'accompagne, à la manière d'une bande originale, la ringardisation d'un rock bientôt has been et l'émergence du punk : impasse de la sophistication, tentation du chaos. Trois ados inséparables, Benjamin Trotter, Philip Chase et Doug Anderton, assistent à la fin d’un monde ; moins concernés pourtant par les soubresauts politiques (l'échec du Labour façon Wilson ou Callaghan et l'émergence de Thatcher) que par ceux de leur adolescence. Bienvenue au Club.

Londres, fin des années 1990. Il y quelque chose d'étrange, de changé au royaume d'Angleterre.


Les députés New Labour, arrivés au pouvoir, s’habillent désormais en Gucci. Les moquettes épaisses sont l'humus d'un désenchatement cynique. Confusement, la rumeur du monde (le 11 septembre, la guerre en Irak) sert d'arrière plan à des histoires qui suivent leur cours, improbablement proches les unes des autres, comme un club trop exclusif. Quadra emblématiques de leur génération, Ben, Phil et Doug ont vieilli, ils n'ont pas changés. Les vies s'entrecroisent, se poursuivent, se continuent. Se répètent obstinément. Nos protagonistes sont à présent parents. Parents d'enfants qu'on pressent semblables et qu'on découvre très (trop ?) lucides. Boucle bouclée, Cercle fermé.

Jonathan Coe avait commencé son premier volume à Berlin en 2003 par la rencontre impromptue de Philip Chase et Lois, la soeur de Benjamin Trotter. Ou plutôt par la rencontre impromptue de leurs enfants, curieux de comprendre leurs parents. Le second s'achève au même endroit (même si l'on s'en doute, le procédé est élégamment tourné) et l'ensemble semble n'être qu'une longue digression pour tenter d'expliquer le devenir de la génération 61 (celle de l'auteur) et l'état de la société britannique.

Digression brillante au cours de laquelle Coe manie avec maestria la pallette des genres narratifs tout en tissant patiemment l'histoire de chacun. Rythme et minutie. C'est d'ailleurs toute l'ambition de l'oeuvre : capturer l'air du temps dans le récit enchevêtré de ces vies, récit à l'architecture précise et rigoureuse, servi par une écriture inventive. Le pari est osé, la manière originale. Et finalement, l'ensemble est plutôt réussi : il se dégage de ces deux livres une atmosphère et une vérité.


Certes, on pourra trouver convenues certaines des postures ou des critiques. Certes l'analyse sociologique n'est pas particulièrement ingénieuse ou originale. Certes... Mais il serait injuste de ne pas reconnaître à Coe la force narrative de ce diptyque et surtout l'élégance de l'exploration chirurgicale de la psychologie de ses personnages derrière laquelle on devine une véritable empathie. Et puis, ce n'est pas un essai, même si certains veulent y voir un roman politique. C'est peut être la critique désabusée de notre société mais c'est surtout le portrait efficace et fidèle de Ben, Claire, Doug, Philip, Lois, Paul... nés autour de 1960, à Birmingham, Royaume-Uni.

Regard lucide, sans complaisance mais, quelque part, compatissant sur une époque, une génération et, au delà, sur la nature humaine.

Dîners en ville


Hier, dîner en ville, dans le VIIème, comme il se doit. Convives brillants. Propos de table intéressants, littérature étrangère, politique intérieure, anecdotes et petits récits d'avant premières. Critiques de films, recommandations de bouquins. Juste ce qu'il faut de cynisme désabusé, d'opinions décalées et de digressions sérieuses.

Hier, dîner entre amis, décontracté. Rive gauche, tour Eiffel qui scintille et ponctue la soirée. Des invités agréables, un maître de maison aussi brillant derrière ses fourneaux que dans une conversation. Discussion éclectique. Revues littéraires, revues d'idées, idées de revues. Propos sur la grande politique, anecdotes sur la petite. Ambiance simple et conviviale.

Hier, dîner. J'étais là, enfin, je crois. J'ai même dû participer à la conversation, un peu trop peut-être. Mal à la tête ou mal au coeur. Je ne sais plus. Idées de livres, critiques de films. Propos de table parfois un peu abscons ou décalés.

Hier, dîner. Je ne sais plus lequel c'était.

Au fond, depuis quelques jours, mal à la tête. Mal à la France. Envie de partir. Se battre ? Rester ? Pourquoi ?

Au fond, hier, j'étais pas là. J'ai mal.

J'aimerais que la vie soit simple et qu'elle pétille (un peu plus, je veux dire). J'aimerais que tout ça ne m'affecte pas. Pourtant, je sais... et aussi que la vie est simple. C'est surtout une question d'état d'esprit. Et s'il pleut, qu'importe, chantons !

[crédit image : Gianpaulo Pagni / Le Monde]


bonus du jour : (je vous évite le traditionnel billet "On Air", hein... et qu'est-ce qu'on dit ? Merci, monsieur Jean. De rien...) découverte du dernier indétendances, Thomas Dybdahl dans un magnifique One day you'll dance for me, New York City, song writing délicat, mélancolie acoustique, un peu fatiguée mais pas triste... A la première écoute, on aime bien aussi Chromatic Birds (Saycet) et Everything (Jehro, déjà découvert chez Nova). Le reste...

24 mars 2006

Quote I Came By

Juste parce que j'ai pris l'habitude de les noter ici... et pour le titre ? Ca ne doit pas vouloir dire grand chose en anglais mais comme "Random Quote" a désormais un thème...

Life does not cease to be funny when people die any more than it ceases to be serious when people laugh.

George Bernard Shaw

Take Five

Cinq trucs pour que la vie soit plus enjouée... dans le désorde et sans idée d'exhaustivité :
- toujours avoir un bon roman en cours (après avoir fini Bienvenue au club et Le cercle fermé - petit billet à venir pour ce week-end... - j'hésite, Coe, Schmitt ou Capote... à suivre) ;
- savoir s'émerveiller des toutes petites choses de la vie (ce matin, découvert ou redécouvert un nouveau verbe : apparoir, il appert) et se souvenir des belles choses ;
- dîner, danser ou se promener avec des amis et surtout rire, oublier de prendre les choses au sérieux et profiter de ces quelques instants qui comptent vraiment, sans arrière-pensées ;
- se poser après le déjeuner pour discuter ou lire ou savourer un bon moment de musique... enfin, juste savoir se poser (partir en vacances comme d'autres vont la sieste) ;
- dormir, dormir bien et suffisamment ; et rêver, si possible... (et dire que dimanche après 01h59, il sera 03h00...).

Ah, et une sixième, éviter le genre remarque que je viens de faire à l'instant... Ah, et puis, si ça ne va pas, si le printemps n'arrive que trop doucement, regarder Singin' in the Rain, toujours très efficace.

Billet inspiré par l'intemporel et indémodable Take Five, de Paul Desmond, dans son interprétation par le Dave Brubeck Quartet. Ma wish list du moment, rien à dire, tout va bien. Billet anonyme perdu au hasard du réseau et que vous trouverez peut-être par accident. Rien à comprendre, rien à en retenir. Don't mind this is not useful. I'm just trying to be my self or a little better.

Ciao. So long. A bientôt... et portez-vous bien !

And now, ladies and gentlemen, the Glenn Miller orchestra playing In the Mood...

23 mars 2006

Portrait

Je ne sais pas d'où elle vient, mais elle est là tous les soirs.

Tous les soirs elle passe vider ma corbeille. Passe rapidement sa serpillère. S'assure que nous aurons, demain, du papier toilette et qu'il reste encore des essuie-mains.

Tous les soirs, elle passe doucement, discrètement dans le couloir. Tous les soirs, elle pousse son chariot, discrètement, doucement.

Je l'imagine qui vient des Maldives ou d'un comptoir des bords de l'Océan Indien. Elle est arrivée en France comme elle aurait pu aller aux Emirats. Sa vie n'a pas été facile. Sa vie n'est toujours pas facile mais elle ne se plaint pas.

Elle ne parle pas vraiment français. Mais elle sourit de tous ses yeux qui ont dû voir bien des choses. Bien des peines. Bien des années, des frontières. Et des galères.

Mais elle sourit, elle me sourit, tous les soirs.

Et tous les soirs, nous nous saluons. Même si nous n'avons jamais pu parler, il y a des sourires qui valent toutes les salutations.

Elle a le regard doux des mères, qui ont peiné, qui ont souffert, qui ont vécu. Et qui savent le prix d'un sourire.

Je ne sais pas d'où elle vient... mais, ce soir, je voulais vous en parler.

[Si je savais dessiner, si j'avais un scanner et si je pouvais encore poster des images, je glisserais dans ce billet un rapide croquis d'elle (à la manière des carnets de voyage), pour essayer de vous montrer sa douceur et sa dignité... si je savais.]

On Air

Tout petit billet, en cours de route... du bon rock indé US, acoustique et poétique (ça change du dictionnaire de code que je compulse frénétiquement...).


[...]
We live in a beautiful world
Oh all that I know
There's nothing here to run from
'cos yeah everybody here's got somebody to lean on
[...]
~
[...] God himself
Did make us into corresponding shapes like
Puzzle pieces from the clay
[...]
~
[...]
And it's a winding road
I've been walking for a long time
I still don't know
Where it goes
And it's a long way home
I've been searching for a long time
I still have hope
I'm gonna find my way home
[...]
It's a winding road
Still have hope
One day we'll find our way home
[...]

[miscellanée] Figures de réthorique

De battre mon coeur s'est arrêté.

Pour la plupart d'entre nous, il s'agit du
dernier film de Jacques Audiard (sur un scénario de Tonino Benacquista), un film beau et violent servi par une interprétation soignée, notamment portée par Romain Duris, et récemment revenu sous les feux de l'actualité après son triomphe lors de la dernière cérémonie des Césars. Je dois avoir un brouillon de critique quelque part (peut être un jour publiable et publiée).

Les plus sensibles à la beauté du verbe auront été séduits par le rythme étrange de ce titre et par sa force.

Et les plus érudits auront reconnu une hyperbate*. A moins que ce ne soit une anastrophe ? Ce qui fournit en tout cas un sujet pour une conversation aussi mondaine que passionnante au cours de laquelle vous pourrez briller par
votre connaissance de la réthorique grecque et latine, votre capacité à transformer un sujet finalement assez commun (un bon film français, qui n'est pourtant pas un sujet franchement populaire ou vulgaire - de vulgus -, pour ça, il fallait lancer la conversation sur les Bronzés 3...) en une dissertation hermétique capable d'exclure voire d'exaspérer l'ensemble de vos commensaux et finalement par une inculture sans nom.

Car si certains prétendent que l'anastrophe est du ressort du grammairien tandis que l'hyperbate appartient au champ de la réthorique, toutes les deux désignant un renversement de l'orde habituel des mots (quoique l'hyperbate désigne plus précisemment une modification de l'ordre habituel des mots par une antéposition ou, le plus souvent, par une postposition, ou une disjonction de deux termes habituellement réunis, d'où la conclusion tirée par certains que l'hyperbate n'est pas exactement une inversion, mais, sur ce point précis, je suis dubitatif), un retour aux
sources (Quintilien** en l'occurence) nous permet d'affirmer qu'à propos d'hyperbate, "rien d’autre ne peut rendre rythmique la prose qu’une mutation opportune dans l’ordre des mots" tandis que lorsque "l’hyperbate porte sur deux mots, elle s’appelle anastrophe, une sorte de reuersio."

En bref, en clair et en toute simplicité, une anastrophe est une hyperbate, mais de deux mots.

Et voilà, il suffit de le demander... quand à la question de savoir pourquoi ce billet ? eh bien...

i. c'est tout de même moins soporifique ici qu'à table et mes commensaux me savent gré d'éviter ce genre de sujet...
ii. cependant, quand on me pose des questions, et comme je suis un garçon poli, je m'efforce de répondre (surtout quand j'ai pas trop d'idées de billet ou plutôt qu'elles mûrissent lentement).


PS : réflexion faite, ce n'est pas excatement le billet type de la série miscellanée (je ne vous ai pas entretenu des anaphores et des apagogies, ni des syllepses - il y en a une, au moins, dans ce billet... -, ni des exordes... Ah, j'aurais dû, vous m'auriez écouté...)

* Rien à voir avec les hyperblates rencontrées par Tonfa lors de son voyage en Bielorussie au pays merveilleux d'Alexander Lukashenko (imaginez, 7% de croissance, 2% de chômage, le rêve, hein ? - ah, oui, c'est vrai, le CIA factbook précise : "[s]ince his election in July 1995 as the country's first president, Alexander Lukashenko has steadily consolidated his power through authoritarian means." mais moi, je dis qu'il faut pas mégoter. En plus, les gens là-bas ils ont l'air très contents, ils l'ont réélu avec 82,6% des voix, un peu comme notre président à nous qu'on en est très content aussi et depuis 1995, tout pareil - sauf la croissance et le chômage, alors...).


** [petit résumé pour les flemmards et les pressés]

Quintilien, de son nom complet Quintilien de Calagarris, est un rhéteur et pédagogue latin, contemporain de Cicéron, qui vécu vers 30 à 100 ap. JC.

Après une carrière d'avocat au cours de laquelle il brille par l'éloquence de ses plaidories (pour ceux qui se demanderaient le différence entre plaidoyer et plaidoirie, il ne semble pas qu'il y en ait, simplement, plaidoyer est relativement tombé en désuétude), il fonde une une école de rhétorique qui va devenir parmi les plus courues de la capitale, rassemblant les fils de bonnes familles. Il devient le premier professeur de rhétorique rémunéré par l'état sous Vespasien.

Homme de confiance et ami de Pline l'Ancien, il compte parmi ses élèves Pline le Jeune, les neveux de Domitien, peut être Tacite. On perd sa trace après les années 98 mais certains supposent qu'il est mort sous Adrien, vers 120. Je mentionne Adrien ou Hadrien pour rappeler l'existence des Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, tour de force littéraire et historique absolument remarquable que j'aimerai relire, à l'occasion...

[cette dernière micro note personnelle, parce que je me disais hier que j'arrêterai de poster tant que je n'aurais rien de personnel à raconter, de peur que ce blog ne dévie de son but premier et nombriliste]

22 mars 2006

Monstres

Billet quotidien... petit instantané inutile.

Nuages de Django Reinhardt que je savoure après avoir enfin vu, il y a quelques jours*,
Accords & désaccords (Sweet and Lowdown) de Woody Allen avec notamment Sean Penn (non, je ne me fais pas la filmographie complète de Sean Penn...).

La même poésie impressionniste et la même délicatesse expressionniste que chez
Marcel Marceau [en] qui fête aujourd'hui son 86ème anniversaire alors que BIP (qui est à Marceau ce que Charlot est à Chaplin) fête par la même occasion son 59ème anniversaire.

Deux monstres. Rêverie, naïveté, poésie et l'art de revisiter les minuscules petites choses de l'existence. Billet du 22 mars, sous la pluie et un ciel un peu gris, live from earth.

[argh... plus moyen de poster une image sur mon blog... bon, bah, allez voir
BIP]

PS : le 22 mars, c'est aussi, en 1895, à Paris, la première séance de cinéma donnée par Louis et Auguste Lumière devant la Société d'encouragement à l'industrie nationale. On peut aussi noter un autre 22 mars, anarchiste et libertaire, prémice** de Mai 68.


* message personnel à Tonfa (c'est pas la peine de lire, ça vous concerne pas !) : Merci (même si je ne t'ai rien demandé...) et bon courage à vous deux ! (on vous avait dit de pas lire !!!)

** prémice et pas prémisse (qui désigne en logique une proposition ou affirmation entrant dans une démonstration et dont on tire une conclusion). Vous n'auriez pas fait l'erreur, moi non plus, mais c'est encore un de ces couples de faux amis finalement plus courants qu'on ne le pense ; mais je ne sait pas si ce sont de homophones ou des paronymes.

21 mars 2006

Heureux qui comme Ulysse...

...a fait un beau voyage.

ou comme cette pièce de 1€ que j'ai récupérée aujourd'hui. Hasard du commerce des hommes qui nous emmène par delà les frontières de la géographie politique et du temps. Si j'en crois mes souvenirs de collège*, cette chouette est le symbole de la sagesse, d'Athéna et de la cité antique d'Athène, l'un des foyers de notre Europe. Tout petit clin d'oeil, voyage immobile et occasion de réfléchir, comme la vie nous en réserve souvent, pour peu qu'on y prête attention.


* Monsieur Jean a fait du grec dans sa prime enfance et s'il n'a jamais été foutu de décliner correctement, il s'est repu de civilisation... d'ailleurs, c'est toujours un plaisir de faire parfois des excursions dans la mythologie - et j'en profite pour remercier quelqu'un qui se reconnaîtra pour cette mémorable visite du département des sculptures (sculptures françaises du XVIIIème) au Louvre.

Forcément, c'est pas évident

d'écrire quelque chose après mon dernier billet.

Je pourrais vous dire que j'ai fini par comprendre qu'Emile-Auguste répondait au nom de Chartier et était (beaucoup) plus connu sous le nom d'Alain (1868-1951), normalien, professeur de philosophie à H-IV (rien à voir avec un virus...) connu essentiellement pour son pacifisme et une philosophie marquée par le souci d'éviter les préjugés, de se méfier des opinions communes et des idées toutes faites , il exerça une influence notable sur nombre de ses élèves parmi lesquels on retrouve Raymon Aron, Simone Weil et d'autres encore (Georges Canguilhem, qui à son tour aura pour élèves et disciples des gens comme Michel Foucault ou Gilles Deleuze). Drôle de bonhomme, drôle de postérité... En revanche, l'identité de sans prénom reste une énigme.

A propos d'anonyme (et puisque certains hantent parfois les commentaires de ce blog), j'aurais aussi pu vous parler d'une statue vue un jour à Budapest (en image ici) : celle d'Anonymus, chroniqueur anonyme du Moyen-Âge, qui fût, semble-t-il le premier historien de la Hongrie. Bel hommage et curieuse postérité.

Finalement, ce billet aurait pu s'intituler "curieuse postérité" mais je ne crois pas que la sienne soit particulièrement remarquable. Juste l'occasion d'un diverticule* culturel. Billet écrit au fil du clavier... instantané de ce jour.

Rien à dire, retour à mon travail. Ciel gris et pluie.
On Air : April in Paris de Charlie Parker et Summertime de Syndey Bechet pour vous accompagner cet après midi (en forme de contrepoint ou de pied de nez).

[merci wiki]

* Puisqu'il ne faut jamais manquer une occasion de s'instruire, je me suis renseigné. Diverticule est d'abord un terme médical qui désigne une cavité normale ou pathologique, en forme de poche, communiquant avec un organe creux ou un conduit. Eventuellement, il peut aussi désigner un recoin. L'emploi du terme dans le jargon des GR (les chemins de grande randonnée) semble donc impropre ; comme l'est souvent d'ailleurs l'emploi dudit diverticule sur le GR en question... quoique parfois, ça se discute. Enfin, j'en connais qui, de toutes manières, finissent finit systématiquement en stop, alors la question des diverticules, hein... (euh, non, je ne donnerai pas de nom...)

20 mars 2006

Il y a 90 ans et 30 jours...

...commençait la bataille de Verdun. 300 jours et 300 nuits de combats. Du 21 février 1916 au 11 juillet, l'armée allemande est à l'offensive devant Verdun. Le principal de la reconquête française prendra fin le 18 décembre.

Entre temps, les 3/4 de l'armée française auront été engagés sur cette partie du front et l'on comptera 306 000 morts et disparus et 400 000 blessés, français et allemands, des millions de tonnes d'obus, incarnation de l'horreur de la Grande Guerre.

Verdun, symbole de la tragédie qui ouvrit le siècle qui peine encore à se clore (ou qui se clôt à peine, les historiens jugeront).

Pour ne jamais oublier l'absurdité de la guerre, pour ne jamais oublier ces milliers, ces millions de jeunes hommes, qu'ils soient français ou allemands, morts trop tôt et qui reposent pour toujours sous ces champs de croix blanches et ceux qui n'ont même pas de sépulture.

Parce que nous sommes leurs enfants, leurs héritiers, leur débiteurs. Parce qu'ils nous ont transmis cette patrie. Parce que nous la laisserons à nos enfants, nos héritiers, nos créanciers.

Pour se souvenir et parce que ce souvenir nous oblige, à chercher la paix et à poursuivre la justice.

In Memoriam


sources et liens : 14-18.org, Mémorial de Verdun, Ossuaire de Douaumont, Mémoire des hommes (hommage à la mémoire de celles et ceux qui ont participé ou donné leur vie au cours des conflits de l'époque contemporaine) et les Chemins de mémoire (la bataille de Verdun et ses cimetières).

A ceux qui se demanderaient : "pourquoi ce billet ?", il n'y a peut être pas de réponse. Juste le sentiment qu'il me fallait écrire ces quelques lignes, comme un hommage... et comme un cri de révolte ou de désespoir. Parce que nous oublions toujours. Parce que nous ne tirons que trop rarement ou trop mal les leçons de l'histoire. Billet vain, comme l'est un hommage rendu à ceux qui ne sont plus, comme l'est un cri dans la nuit. Billet vain, mais nécessaire.

Réveil

Ce matin, en sortant du métro
Chants d'oiseaux
Contrepoint de la rumeur de la ville

19 mars 2006

CPE, puisqu'il faut bien en parler...

...mais que :
i. je suis un gros flemmard ;
ii. je suis tenu à un certain devoir de réserve (je dis ça pour justifier i.) ;
iii. je me vois pas vous conseiller la lecture du rapport Cahuc-Kramarz (pourtant excellent) et que vous n'avez peut-être pas le temps de lire Le Chômage, fatalité ou nécessité ? de Cahuc et Zylberberg (que j'ai chroniqué par ailleurs, mais je n'arrive pas à remettre la main sur mon papier...) et que d'autres ont écrit avec assez de talent ce que j'en pense.

Je vous laisse en guise de pis-aller*, La possibilité des réformes, Le Monde, dimanche 19 mars 2006, par Eric Le Boucher (si je ne partage pas forcément l'ensemble des conclusions**, le diagnostic est le même) :

Une mauvaise réforme peut chasser les bonnes. C'est l'immense risque que fait courir le contrat première embauche à la France. A avoir si mal conçu, si mal expliqué son projet et à l'imposer à coups de matraques de CRS, Dominique de Villepin aggrave le cas des réformes au lieu de convaincre le pays de leur bien-fondé. Et il l'aggrave, de surcroît, auprès de la catégorie sociale qui souffre le plus de cette France en déclin et qui a le plus besoin de libertés, d'initiatives, de mouvements, bref, de réformes : les jeunes.

Quoi que fasse désormais le premier ministre, qu'il retire le CPE, qu'il parvienne à l'"améliorer" ou qu'il gagne sa bataille contre les facs en grève, le mal est fait. Non seulement il lui est interdit de tenter toute autre réforme dans les treize mois qui restent avant la présidentielle, mais, surtout, il aura nourri la France du non et de l'immobilisme en la relégitimant de la pire façon, l'idéologique.

Voilà le comble : les étudiants et les jeunes qui sont les exclus du monde du travail (ils sont les "out" des économistes) vont défiler avec les syndicats des "in", ceux de la fonction publique et de l'emploi à vie, qui bloquent toute évolution au nom d'une pseudo-résistance contre l'ultralibéralisme et la précarité. Les victimes et les responsables de concert : la France sociale est en pleine confusion. Bravo, Villepin ! Le premier ministre se met à dos la CFDT, le seul syndicat qui soutenait les réformes, et il renfloue FO et la CGT en leur apportant des renforts inespérés, alors qu'ils étaient en perte de vitesse. Dix ans après les grèves de la SNCF de 1995, devant lesquelles le président Chirac avait reculé par lâcheté et qui ont marqué l'entrée de la France en glaciation, son premier ministre remet ça, cette fois-ci par bévue, maladresse et orgueil démesuré. Bravo, bravo !

Le CPE est mieux qu'un stage et moins bien qu'un CDI. Il est bénéfique pour les faibles qualifications et il est éventuellement menaçant pour les diplômés qui avaient une entrée directe et entière dans l'emploi. D'où sa mal-construction, son ambiguïté, porte ouverte à toutes critiques, vraies et fausses, et à toutes les manoeuvres politiques.

Le marché de l'emploi a besoin de souplesse pour correspondre à un capitalisme nouveau. On peut en penser ce qu'on veut, mais on ne peut nier la réalité d'une économie où les grandes usines de masse ont laissé place à des petites unités mises en concurrence et à des services. Cette économie repose sur les personnes, il n'est pas illégitime de désirer les tester une à une. Les économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg rappellent que le marché du travail est devenu un grand va-et-vient "d'embauches et de départs simultanés" : tous les jours 30 000 personnes perdent leur emploi et 30 000 en retrouvent un. (Le Chômage, fatalité ou nécessité ? Flammarion.) Pour embaucher une personne, les entreprises en engagent trois et se séparent de deux.

La France a cru pouvoir freiner ce mouvement en sanctionnant les licenciements. Cette politique de conservation des emplois existants n'a pas ralenti la progression du chômage et elle a créé un marché dual, où ce sont les mêmes, les plus jeunes et les plus faibles, qui subissent toute la précarité du système et vivent de stage en stage.

La bonne stratégie consisterait, au contraire, à faciliter le jeu du marché du travail tout en veillant à ce que chacun ait ses chances et à ce que personne ne tombe au passage dans le fossé. La réforme, la vraie, impliquerait toutes les catégories sociales mises sur le même plan, elle simplifierait les dizaines de dispositifs existants et les centaines de pages du code du travail, pour étudier, essayer, évaluer et adopter un contrat unique, pour tous, intermédiaire entre le CDD et le CDI et dont les garanties augmenteraient avec le temps.

Un pays de fonctionnaires et de retraités

Le CPE est une initiative qui va dans ce sens, mais pressée, tarabiscotée et ne s'appliquant qu'aux jeunes, elle leur donne le sentiment qu'on leur réserve, une fois de plus, la précarité.

Pouvait-il en être autrement ? Si, forcément complexes, les réformes doivent être replacées dans une vision d'ensemble et expliquées, forcément douloureuses, elles doivent être menées par des équipes crédibles. Or les jeunes ne peuvent que mal prendre une initiative de ce pouvoir qui les sacrifie depuis toujours. Comment juger autrement un gouvernement qui découvre leur problème de chômage à la treizième heure ? Comment accorder crédit à un gouvernement qui accumule, comme ses prédécesseurs, une dette record laquelle pèsera sur leurs épaules ? Qui défend une politique agricole vieillie aux dépens de l'Europe de la recherche ? Qui craint le progrès, l'avenir et les sciences au point d'inscrire la précaution, et son principe, au fronton de la Constitution ? Qui ne s'inquiète pas de voir 300 000 Français, non qualifiés ou très qualifiés, partir à Londres parce qu'il n'y est pas interdit d'y réussir ?

Une moitié des départements français vit principalement des revenus de redistribution [...]. Où est l'avenir ? Les jeunes ont mille fois raison de se révolter.

[update : puisque j'ai remis la main sur ma recension...]

Et puis, si, vous devriez lire Le Chômage, fatalité ou nécessité ? c'est vraiment un très bon ouvrage de vulgarisation et après, vous ne verrez plus les choses comme avant... et vous comprendrez*** ce que je fais de mes journées ! Quant aux lecteurs pressés, ma fiche de lecture est .

[re-update : que personne ne lira, mais bon...]

Il n'est pas content Olivier Blanchard (il le dit sur telos-eu) et pourtant, on ne peut pas le taxer de gros connard ultra-libéral, il n'est pas con (il est Chair du département d'économie du MIT) et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il connait le sujet (ça doit faire 30 ans qu'il travaille sur le problème du chômage, notamment en France, voir cette petite synthèse fort intéressante).


* Oui, je parle une langue extrêment châtiée (et pleine de fautes d'orthographe)...
** J'ai failli écrire un billet polémique dont le titre aurait été : "Les manifs d'aujourd'hui font les révoltes d'hier".
*** Oui, je n'ai jamais été très doué pour vous l'expliquer. Mais j'essaie de faire des progrès, vous savez.

Le chômage, fatalité ou nécessité ?

Recension rapide (retrouvée quelque part sur mon disque dur... après quelques minutes d'archéologie informatique).

Essai rapide et incisif qui veut mettre à la portée du plus grand nombre les dernières avancées en matière d’économie du travail, ce livre renouvelle notre manière de penser le chômage. Partant du constat méconnu mais décisif, que "chaque jour en France, 10 000 emplois sont détruits… et 10 000 emplois sont créés", les auteurs bousculent quelques idées reçues :
- le chômage n’est pas une fatalité liée à la mondialisation et au capitalisme financier, mais il est au cœur même du processus de croissance ;
- le salaire n’est pas (toujours) l’ennemi de l’emploi ;
- la législation sur les licenciements ne protège pas l’emploi ;
- la formation n’est pas une bonne réponse au chômage ;
- le travail ne se partage pas ; etc.

Cet essai est intéressant dans le fond comme dans sa démarche.

Dans le fond, il apporte un éclairage nouveau à la compréhension du marché du travail. Le chômage est une préoccupation majeure du débat publique, à très juste titre. Mais il reste un sujet assez mal compris, à propos duquel les idées reçues abondent. Prenant volontairement le contre-pied d’une approche « anecdotique », les auteurs veulent d’abord faire connaître la réalité du fonctionnement du marché du travail. Et ils annoncent clairement : "la connaissance des faits et leur exploitation statistique sont les meilleures armes contre l’autosuggestion et les discours démagogiques. La vérité se trouve beaucoup plus dans l’inhumaine sécheresse des chiffres et des courbes que dans les témoignages "live" entendus à la radio ou vu à la télévision." (p. 14). Le propos peut choquer, mais le constat est exact d’autant plus que cette (re)connaissance du réel est un préalable à la décision politique.

Les auteurs sont deux économistes, spécialistes d’économie du travail, dont les travaux sont internationalement reconnus (ils ont publié un ouvrage de référence - Labor Economics, MIT Press - et quelques articles dans des revues de premier plan). Et il convient de saluer leur démarche : s’estimant responsables d’informer le public et d’éclairer le débat, ils ont fait (et réussi, je crois) le pari de vulgariser les dernières avancées (principalement empiriques) en matières d’économie du travail.
Un livre clair et éclairant.

Pierre Cahuc & André Zylberberg
Le chômage, fatalité ou nécessité ?
Flammarion, 2004,
199p., 18 €
(en poche dans la collection Champs, 197p., 7,50 €)

I Am Sam

Très très bonne soirée totalement improvisée avec AHA. Texto vers midi : dîner ? Coup de fil vers 14h : pourquoi pas ? Re-coup de fil vers 18h : bon, bah resto près de chez toi... Re-re-coup de fil vers 18h15 : euh, ça m'arrange pas trop finalement. Re-re-re... (j'ai pitié des mes lecteurs : j'abrège) Finalement, après un certain nombre d'hésitations, de contre-temps et de "bon, allez, on se décide, non ?", projection privée : I Am Sam (Sam, je suis Sam), 2001, de Jessy Nelson, avec Sean Penn, Dakota Fanning, Michelle Pfeiffer.

Originally, c'est Tonfa qui m'avait rebattu les oreilles de ce film : "la BO est extraordinaire, que des reprises des Beatles, total trop funky..." (je cite de mémoire)

Mais, je crois qu'il n'a jamais aimé que la BO et qu'il n'a pas du voir le film. Dommage. Pour moi, c'est une révélation. L'un des meilleurs films que je connaisse : justesse du ton, performances d'acteurs incroyables, photographie et montage soignés, BO originale* et plein d'autres choses encore. Et puisqu'on parlait de larmes dans les commentaires d'un billet récent, je l'avoue, c'est l'un des films qui m'émeuvent le plus...


Je ne vais pas vous faire une critique dithyrambique, mais j'aimerais tellement vous donner envie de voir ce film.

C'est l'histoire de Sam (Sean Penn) et de Lucy Diamond Dawson (Dakota Fanning). Sam est autiste et doit avoir huit ans d'age mental. A la naissance de Lucy, sa mère l'abandonne et Sam se retrouve seul pour élever Lucy et se débrouille tant bien que mal (voir par exemple une scène magnifique où Sam apprend à donner le biberon en se calant sur le programme télé pour ne pas rater une tétée) avec pour seul bagage un extraordinaire amour paternel et une bonne volonté qui ne peuvent pas pallier toutes les déficiences mais en font, quoi qu'on en pense, un père hors norme.

Et le jour du huitième anniversaire de Lucy, le drame. Lucy sera enlevée à son père et placée en foyer. Sam commencera par se battre, réclamant l'aide de la meilleure avocate (Michelle Pfeiffer) qu'il puisse trouver, une avocate "avec quatre noms", plus habituée à gérer des divorces où aucun parent ne veut de la garde de leur enfant qu'à défendre un attardé mental sans le sou. Oui, mais Sam a huit ans d'age mental et Lucy grandit et grandira encore...

Histoire d'un père et de sa fille, un film sur la condition de parent et sur la puissance d'amour des personne handicapées. Surprenant, magnifique et surtout extrêment juste. Triste, sans concessions, mais aussi, finalement incroyablement optimiste.


How can we be so different and feel so much alike?


By the way, les bonus (notamment le making of) sont aussi à regarder : passionnants et très instructifs.

* Oui, oui, il fallait la faire, je sais...
** On ne sait jamais où mettre le y de dithyrambique, et aussi, ne pas oublier le h ; non je précise, on ne sais jamais, des fois que vous aussi, vous vouliez écrire des choses compliquées... :)

18 mars 2006

En voie de disparition

Comme mon blog n'affiche que 100 billets sur la page principale (et que du coup, ce billet est sur le point de disparaître),

attendu que vous n'irez pas voir les archives du mois de novembre (d'ailleurs, vous n'auriez pas tellement de raisons d'y aller),

conformément à mon travers légèrement parano et ego-centré,

en vertu de mon absence totale d'imagination en ce moment (c'est plus ou moins vrai, mais bon...),

et parce que j'aime beaucoup ce dessin de Pancho paru dans Le Monde il y a quelques mois,

le 160ème billet de ce blog sera :






Et toujours pas mieux !

En même temps, c'est vrai, vous ne trouverez ici rien d'intéressant, pas grand'chose de drôle et à peu près autant de trucs tendance ou originaux. Juste une petite chronique de la vie, comme elle est... du moins celle d'un héros ordinaire & contemporain, encore en quête d'un certain équilibre et en route vers Battery Park...

PS : en plus (c'est plus simple que "de surcroît" qui fait tout de suite un peu pédant...), pour vous empêcher de faire semblant d'aimer mon blog avec force de dénégations outrées et hypocrites (c'est joli, ça : outrées-z-et hypocrites) en guise de commentaires, je ferme les commentaires de ce billet. Et toc ! :)

Espaces duals

Vous aviez déjà remarqué qu'on passe sa journée à changer de dimension à Paris ? On se déplace sur un plan de métro, on trajecte dans la géographie physique, on parcourt une topologie sociale, on se heurte aux frontières administratives, on arpente les Paris historiques. On court dans le Paris des Parisiens et on râle à propos du Paris des touristes.


On attend le métro devant le troisième porte du deuxième wagon ou la dernière porte de l'avant dernier wagon, au hasard des perspectives de changements. On remonte à roller les rue en sens unique. On traverse les carrefours en diagonale, d'un pas pressé. On rattrape le bus. On s'arrête 30 secondes sur le pont des Arts.

On se souvient. On se rappelle. L'histoire de France à chaque coin de rue. D'autres histoires, plus intimes, ici et là. Et là encore.

On oscille entre poésie et nécessité, entre histoire et actualité. On court, on respire, on arpente, on se promène.

Vivre à Paris, glisser d'un espace à l'autre. Et, parfois, saisir un instant éphémère. Vivre.



[crédit photo : écoute-moi via Joséphine]

A peine reposé*

Birmingham, novembre 1973 - mai 1979.

Promenade dans l'Angleterre des 70s au détour d'une galerie de portraits imbriqués. Des histoires d'adolescents qui, comme toutes les histoires d'adolescents, oscillent entre un définitif utopique et l'éphémère de trajectoires à peine engagées.

On retrouve beaucoup des choses qui font de l'Angleterre de la fin des années 70 ce pays tout à fait à part et absolument inclassable. Un pays en piteux état, en bordel, en vrac. Dangerously reeling on the edge of nowhere. La fin d'un monde. On retrouve les grèves tendues à l'extrême et les charges violentes des forces de l'ordre. La montée du racisme ordinaire. L'insouciance déjà presque fanée des années 60. L'irruption du punk. Fractures sociale, culturelle, politique, musicale, économique.

L'impression de fracture se retrouve jusque dans le construction du roman (en parties hachées, autonomes, alternant sans retenue les procédés narratifs), une écriture parfois fatiguante (la dernière partie "Sous bock vert" est un long soliloque de 50 pages en une page) mais qui crée une véritable ambiance.

L'histoire ne se raconte pas, ne se résume pas (et puis, la quatrième de couverture est faite pour çà !). Mais la grande réussite de Jonathan Coe, c'est de nous faire éprouver (presque physiquement), par l'intermédiaire de cette dizaine d'ados, l'atmosphère du changement d'époque, des pattes d’éph’ aux années punk, du travaillisme old school à Margaret Thatcher.

Pour moi, c'est déroutant ce récit. Un peu ce que qu'on doit éprouver, aujourd'hui à 20 ans, lorsqu'on entend parler de Tien An Men et de la Chute du mur de Berlin : sentiment d'une histoire trop proche, actualité des adolescents de mon enfance qui sera toujours pour moi de l'histoire écrite (et comprise) au passé.

Du coup, j'attaque Le cercle fermé avec un très gros a priori positif.

Dans un registre (très) différent, terminé aussi cette semaine Freakonomics**.

J'ai pas été vraiment convaincu : j'en avais trop entendu parler et, finalement,
j'en connaissais déjà la substance (bon, c'est vrai, je suis économiste...).

Si l'on peut saluer un certain talent didactique, ce n'est (à mon avis) ni le bouquin de vulgarisation le plus réussi ni le bouquin d'éco le plus original. Même s'il est encore trop tôt pour en juger tout à fait objectivement (puisqu'en l'occurence, je n'ai pas terminé le bouquin en question), je préfère (et recommande) The Undercover Economist (bientôt chroniqué ici - oui, j'arrête le teasing, trop des billets pré-annoncés : le piège des à-valoir).

* Le livre, pas le lecteur (qui va bien, merci...).

** Vient d'être traduit et publié en français chez Denoël ; la traduction française est assez catastrophique... (incentive - incitation - traduit par stimulation, c'est... bon, enfin, comme d'habitude.)

17 mars 2006

On Air

Dont le mémorable Live from Heart ou This Voiceless Cry...



Sometimes I wish the end had been different...

One more (random quote)

Et puisque le thème de la série est désormais fixé...

- Par amour ?
- Oui, je crois. Pour me révéler à moi-même. Et c'est bien
ça, l'amour, tu sais. C'est un état où... où les gens s'aident mutuellement à découvrir leur propre vérité.

Jonathan Coe, Bienvenue au club

[au hasard de ma lecture du moment, glanée dans le métro à midi...]

16 mars 2006

Small pieces of my life

Ma vie en jaune...






Bonus du jour : encore un truc débile, mais complètement surréaliste...

Breathing quietly


Not swallowed in the sea...


[...]

15 mars 2006

Almost drowned

Chercher à en sortir. Sortir la tête de l'eau. Cracher cette putain d'eau salée et sombre.
C'est où le haut ? Je cherche la surface. Elle est où cette putain de surface ? Et en plus j'ai froid. J'en ai marre. Je veux plus nager.


Get lost and then get found or swallowed in the sea...



I know something is broken
And I'm trying to fix it
Trying to repair it
Any way I can
~
... floating on a tidal wave...


[Espérance, esperanza, esperar, attendre & espérer...]


bonus du jour : Coldplaying (all about Coldplay)

14 mars 2006

Une histoire d'amour à partager

Je ne sais pas depuis quand.

Depuis quand j'aime les livres. Longtemps. Avant de savoir lire, ou juste après. La chronique familiale n'a pas gardé de trace très précise de ces premières amours. Juste, que je les aime. Immodérement.

Ma plus grande richesse, d'ailleurs, c'est ma bilbiothèque. Accumuler avec soin de petites perles. Dont certaines sont à present aussi introuvables qu'indispensables (La Désirade de Jean-François Deniau, par exemple). Une bibliothèque, c'est toujours très personnel, un peu soi, en livres, exposé. La mienne me ressemble, c'est d'ailleurs assez frappant : en y prêtant un peu d'attention, je me rends compte qu'elle en dit beaucoup sur mon état d'esprit ou mes états d'âmes du moment (comment est-elle rangée ? comment ai je acheté mes derniers livres ? lesquels attendent encore dans le mûrissoir ? etc.).

Je crois entretenir avec les livres une forme de rapport pathologique : j'aime l'objet dans toutes ses dimensions et pas seulement son contenu. J'apprécie autant l'ordonnancement des tranches et l'espèce de sérennité qu'elles dégagent que de reprendre la lecture au beau milieu d'un livre comme on retrouve une vieille connaissance. Je goute une belle couverture ou l'équilibre d'une édition comme je prends plaisir à lire à haute voix, pour le plaisir de l'oreille. L'ensemble fait comme un paysage famillier que l'
on regarde à nouveau et qu'on découvre toujours doué du même magnétisme.

J'aime les cycles, par thème ou par auteur, le plus souvent. Lire comme on entreprend un voyage. En prenant le temps, en se donnant le temps de s'accorder au pas de l'auteur. Pour explorer une écriture, se familiariser avec le fil d'une plume ou un univers mental et apprendre à décrypter les mouvements plus intîmes derrière les lignes. Ces derniers mois, j'ai ainsi entrepris de savourer Zweig, Kessel, Capote ou encore Schmitt. Au gré de mes envies, sans vraiment savoir pourquoi (même si, dans le fond, je crois qu'on lit rarement par hasard...).

J'aime aussi les découvertes (premiers romans prometteurs, succès littéraires, expériences ou défis personnels), sans parler des essais vraiment mind provocative, qui nous obligent à réfléchir et font le terreau d'un réflexion plus personnelle.

Et j'aime par dessus tout faire partager le plaisir de quelques belles pages. D'une intrigue bien nouée. D'un verbe fort, dur et puissant. D'un point de vue surprenant et tellement juste. D'une belle lecture, plus génériquement.

Je vous ai lu in extenso le premier chapître d'Une pièce montée, en espérant faire revivre en vous cette émotion douce d'une narration si bien vue ("c'est tellement ça...."). Je me suis emballé à propos de La part de l'autre et du journal d'écriture de E.-E. Schmitt avant de vous soutenir que Quand j'étais une oeuvre d'art est certainement son roman le plus audacieux et dérangeant. Je vous ai sournoisement aiguisé l'appétit en digressant sur le roman historique pour mieux placer mon coup de Jarnac (Fouché de Zweig). Et la force du verbe de Kessel ? On en a déjà parlé ?

J'espère que je ne vous ai pas trop saoulé avec mes lectures, mais si vous saviez comme j'aime les livres, vous feriez preuve d'une indulgence magnanime.



Et pendant ce temps là, Django égrenne des accents de Marseillaise, Echoes of France...